Traqué dans Chicago (City that never sleeps) (1953) de John H. Auer
Voilà un film noir "classique" à défaut d'être absolument classieux - mais du potentiel, oui du potentiel - puisque l'intrigue se passe l'espace d'une nuit dans les rues de la ville du crime, Chicago. Une ville qui d'ailleurs se la pète un peu car c'est elle-même qui prend la parole lors de la traditionnelle intro censée nous présenter la ville dans laquelle va se dérouler l'intrigue. Chicago a une voix métallique qui lui sied guère - aurais plutôt vu une "voix de brique" mais je ne suis pas non plus ingénieur du son - et va au passage nous introduire quelques-uns des
principaux caractères. Même si on suit en grande partie les pas d'un flic (Gig Young (! Ouais c'est pas le casting de méga vedettes, on est d'accord) is Johnny Kelly - ça sonne irlandais, n'est-il pas ?), on pourrait presque parler de film choral tant l'ami Auer se plaît à multiplier les seconds rôles : l'incontournable danseuse de cabaret pour laquelle craque notre héros marié, le père de celui-ci, également flic et qui a la bonne idée de s'appeler pareil (ce qui va provoquer un quiproquo plutôt bêta), un con de mime qui reste en cage toute la nuit, un magicien-malfrat (c'est pas banal, nan, et c'est William Tallman qui s'y colle avec sa tronche de l'emploi), un procureur véreux, sa femme vénale... Une foule de personnages mais également une grande diversité de lieux comme si Auer se faisait un malin plaisir de nous faire visiter le moindre endroit (des endroits de plaisir ouverts aux bureaux fermés) et la moindre impasse de la ville, autre véritable héroïne du film. Une musique jazzy à la coule vient se faire entendre aux moments cruciaux de cette intrigue qui pourrait paraître à première vue un poil alambiquée mais dont les pièces s'imbriquent peu à peu avec une grande fluidité. Faut dire que le scénar est assez malin en ce qu'il nous permet de nous familiariser d'abord avec chacun des personnages, des personnages que l'on finit presque tous par retrouver lors du dénouement final.
Johnny est donc splitté en deux : rester avec sa femme qui l'écrase un peu (elle gagne plus d'argent que lui, la honte putain) ou se barrer avec cette donzelle aux bien jolies jambes (Mala Powers, enchanté). Son cœur balance, mais il semble bien décidé à sauter le pas au bout de la nuit : il est prêt à réaliser un coup foireux pour 5000 dollars, à démissionner des forces de police et à recommencer à zéro avec la chtite Mala. Celle-ci, même si elle a une petite faiblesse pour ce con de mime, ne demande que ça (c'est clair de toute façon que quand tu habites à Chicago, ça fait moins guignol de dire que tu es avec un flic qu'avec un mime - mon mari, mime, pffff...)... Mais les nuits de Chicago ne sont jamais ultra reposantes et notre flic pourrait bien changer son fusil d'épaule à l'aurore, s'il ne s'est pas pris une balle perdue... On sent que Auer aime particulièrement les "ptits détails" pour donner l'impression que les nuits de Chicago foisonnent de surprises : il y a les agressions au couteau, les femmes battues, les balles qui volent et les cadavres qui pleuvent mais aussi des naissances, Johnny accouchant son troisième bébé du mois ; il y a également ces nombreux "douzièmes rôles" qui apportent une touche de réalisme à l'ensemble, de ces vieux gardiens d'immeuble un peu patauds à ces femmes insomniaques qui appellent les flics au moindre suspect qui rôde...
On en fait des kilomètres dans cette ville qui ne dort jamais : du cabaret luminescent aux couloirs glauques des métros, c'est à une balade rondement menée que le gars Auer nous convie. Alors c'est indéniablement bien foutu, mais cela manque peut-être au final de véritables "surprises" ou encore de scènes véritablement originales ; il y a bien ce curieux personnage de sergent qui accompagne Johnny tout au long de la nuit - personnage réel ou totale création de l'esprit un chouille perturbé de Johnny ? Hum, hum... - mais faut reconnaître qu'on a parfois l'impression d'être un peu trop sur un terrain jalonné - à l'image de cette poursuite finale le long des rails... (bien aimé tout de même la réflexion d'un flic qui fait un jeu de mot foireux sans le vouloir : "Johnny ne va point abandonner tant que son adversaire ne sera pas tombé"... En parlant de tomber... ben ouais). Pas déplaisant donc que cette visite gratuite du Chicago nocturne des fifties, juste un tantinet attendu. Et l'aurore se lève, et notre Johnny court se réfugier dans les bras de sa douce et... Easy, man...





