Il importe d'être constant (The Importance of Being Earnest) (1952) d'Anthony Asquith
My Gosh, ce que j'ai pu m'ennuyer devant ce vaudeville théâtralisé à mort - même si le film commence avec un lever de rideau et qu'on joue à fond la carte de l'excès dans l'interprétation, cela devient très très rapidement unbearable. J'ai rien contre le cinéma anglais en particulier, mais... mouais, enfin si peut-être, en fait... Passés les quelques aphorismes du sieur Oscar Wilde qui n'est jamais le dernier dans la petite répartie spirituelle et amoureuse ("On divorce au paradis, on se marie..."), on se demande bien ce qu'on va finir par arriver à piocher dans ce gentillet marivaudage à l'ère victorienne. Ok, au niveau de l'accent british c'est une leçon de prononciation et cela ne peut po faire de mal à mon franco-chinise enklich. Sorti de là, le jeu outrancier de Michael Redgrave et du tête à claque Richard Wattis m'a laissé rapidement de glace, les deux donzelles qui minaudent à mort m'ont gélifié grave, quant à l'interprétation de la rotonde Edith Evans, elle m'a carrément transformé en grêlon. J'ai serré, malgré tout, et les dents et les fesses pour tenir jusqu'au bout - un coup de théâtre final, deux, trois, n'en jetez plus, par pitié - et les comédiens de prendre des postures figées comme s'ils compatissaient avec moi... Les sales couleurs vintage (on oscille entre le mauve, le marron et le rose, un cauchemar pour daltonien) n'arrangent rien pour faire passer cette réalisation qui semble dater, dans l'histoire du cinéma, de l'âge préhistorique. Bref, vous l'aurez compris, not my cup of tea at all. Honestly, Earnest.
L'Ombre d'un Homme (The Browning Version) (1951) d'Anthony Asquith
Ce qui surprend de premier abord, c'est qu'au bout d'une heure on se dit, "Bon, ok mais c'est quoi l'intrigue? Qui va être assassiné?"... Ben en fait non, justement, tout le don du réalisateur anglais est de ne s'intéresser qu'à ses personnages, sans avoir besoin d'aucun fil narratif pour tenir les spectateur en haleine; et ça c'est quand même po commun et assez fort de café, de thé plutôt. (c'est la déconne, il pleut à saut).
Le personnage principal, Crocker-Harris dit le Croc pour ses étudiants, voire Himmler pour ses collègues (...) (Michael Redgrave, énorme) est prof de grec-latin dans un lycée à l'anglaise comme eux-seuls savent en faire; son signe particulier? Tout le monde le hait; pour ses élèves c'est le roi des pète-couilles, pour ses collègues, c'est the king of the discipline, pour sa femme c'est un gros con, elle qui d'ailleurs ne se gène pas à poursuivre une affaire avec le prof de physique; tout au court du film, on suit son abattement en se disant qu'il faut quand même être fort pour faire autant l'unanimité: alors qu'il doit partir pour raison de santé pour un autre établissement,
ses collègues l'ignorent volontiers, sa femme (rarement vu depuis Le Chat une telle haine au sein d'un couple, s'il est lourd, elle est sans pitié aucune, une vraie chienne pour être franc) n'a de cesse de le remballer grave et ses étudiants poussent des soupirs de soulagement en se disant que le prochain prof a l'air beaucoup plus à la cool - faut dire que dans le genre méthode traditionnelle, il remporte le morceau; tous ses étudiants, sauf un, qui bien qu'il se moque de lui dans son dos, a un certain respect pour le pépère et il fera craquer son armure en lui offrant pour son départ une traduction d'un super vieux livre grec, la fameuse version Browning du titre. Devant ce simple cadeau, le Croc s'effondre en larmes: il se rend compte que toute sa vie est partie en lambeaux ce sur lequel il n'hésitera point à revenir dans un discours d'adieu sans concession pour lui-même. Certes, c'est un peu mince en tant que fil narratif mais c'est justement tout l'intérêt de ce film qui se concentre uniquement sur les individus tels qu'ils sont.
Film super écrit (il y a bien 34 mots et expression anglaise qui me semblaient venus de nulle part... ah c'est po le voc limité à 50 mots des films américains), voire très littéraire mais joué parfaitement par des acteurs de grande classe. Redgrave est impressionnant dans le rôle de cet homme qui a tout donné pour son travail et qui sur la fin réalise son échec total. Sans jamais tomber dans le pathos, ni dans le pathétique, Asquirth parvient à petites touches à nous montrer toute la cruauté et les petitesses de la vie... Et oui mon bon. Les affrontements entre le Croc et sa femme sont d'un réalisme qui dresse les poils, sa caméra se fait suffisament discrète pour qu'à aucun moment il ne prenne partie pour l'un de ses personnages et c'est sûrement la marque des grands. Passé l'attente d'un début d'intrigue, on se plonge complétement dans ce micro-milieu des écoles anglaises et l'absence de quelconques rebondissements scénaristiques nous fait toucher du doigt le part d'(in)humanité de chacun. Po rien.



