26 octobre 2009
Fish Tank d'Andrea Arnold - 2009
Très forte, cette Andrea Arnold : elle utilise les plus grosses ficelles du monde pour construire son mélodrame, et parvient malgré ça à nous cueillir comme des gosses. Fish Tank est profondément émouvant, de cette émotion qu'on peut ressentir par exemple devant les mélos de Von Trier : on voit comment c'est fait, on peste qu'on nous prenne pour des cons, et pourtant ça nous chavire le coeur. Pourtant, ce ne sont même plus des gros sabots que chausse la réalisatrice ; on peut plutôt parler de chaussures à crampons. Elle situe son histoire, nationalité anglaise oblige, dans les bas-quartiers désargentés, peuplant son décor de petites gens bioen entendu incultes et crétins, vulgaires et misérables. On rencontre donc une famille trash, la mère alcoolo et encore ado beuglant des insanités à ses filles, une cadette déjà sur la voie de la délinquence injurieuse, et l'aînée, héroïne du film, bloc de colère toujours en train de balancer des insultes. On soupire dans les premières minutes, en craignant le film social anglais comme il en existe 15000. D'autant qu'on voit venir la bougresse très en avance : l'arrivée de l'amant de la mère, beau garçon qui accorde enfin un peu d'attention à l'adolescente, homme parfait qui va la fasciner, annonce bruyamment une rédemption à base de dialogue renoué et de lumière cachée dans ce petit coeur de brute. Les soupirs se transforment en désespoir.
Mais, allez comprendre, on sent aussi que derrière ces schémas attendus, il y a une vraie cinéaste, un vrai regard. La mise en scène d'Arnold est belle, tout simplement, qui ne lâche jamais son héroïne d'une semelle, épousant son énergie, rendant compte de chacun de ses souffles, dopant chacune de ses aventures urbaines par un rythme de filmage parfait. Arnold regarde la jeune fille avec un amour total, toujours à son niveau, toujours à la bonne distance (c'est-à-dire à deux millimètres d'elle). Du coup, on s'arrête un peu plus sur elle, oubliant la trame elle-même, convenue, pour ne s'intéresser qu'à un comportement, une manière d'être. Et là, grand plaisir : non seulement la jeune actrice est plus que parfaite (Katie Jarvis, une actrice dardennienne impressionnante), mais en plus son personnage est beau à mourir. Arnold va creuser au plus profond de son caractère pour mieux nous la faire comprendre, et lui oppose des personnages très crédibles, forts, touchants (Michael Fassbender excelle dans l'ambiguité). Au milieu des péripéties trop prévisibles, le film sait ménager de vraies surprises, notamment dans les 20 dernières minutes absolument bluffantes : sans dévoiler l'intrigue, il y a quelques séquences avec une petite fille dans la campagne qui sont terribles par leur crudité, leur violence. Fish Tank
ne refuse rien de ce qui fait la beauté du mélodrame classique (la danse comme révélateur des sentiments, l'utilisation des enfants pour déclencher la petite larme...), mais y adjoint une sorte de réalisme social et psychologique qui rompt avec l'école classique.
On sort du film tout chose ; conscient de s'être fait chopper, au fait des recettes qu'Arnold a employées pour ce faire, mais tout chose quand même. A croire que la réalisatrice a du talent. En tout cas, son petit personnage reste en tête comme une vraie trouvaille, aussi bien que la splendide musique hip-hop qui rythme le film (il faut absolument que je déniche cette version de "California Dreamin" par Bobby Womack (et que je m'achète le même poster nostalgique de palmiers)).
22 mars 2007
Red Road (2006) d'Andrea Arnold
Prix du Jury à Cannes (je me suis fait une spéciale aujourd'hui... rattrapage) Red Road est un film qui prend le temps d'installer son intrigue et de suivre son héroïne. Evitant dans la mesure du possible tout effet choc (quoique la scène "d'amour", qui revêt un intérêt central dans le film, soit montrée dans toute sa... nudité, ou disons sa crudité), Arnold parvient à créer un certain suspens - on pourra peut-être reprocher quelques longueurs au final, mais bon, on plonge ou on s'ennuie...
Jackie n'a de cesse de traquer un homme qu'elle reconnaît sur les écrans vidéo dont elle a la responsabilité - en gros à Glasgow, où que vous alliez, vous êtes filmé... dure, notre époque [à ce propos sans tomber dans la paranoïa, notre bon vieux site shangols semble s'être fait blacklisté en Chine... impossible depuis plusieurs jours d'y accéder directement, bref]. Si on comprend, en rassemblant les morceaux du puzzle, que cet homme, qui sort juste de prison, libéré en avance pour "bon comportement", est impliqué dans le meurtre de son mari et de sa fille, on a du mal à savoir le but qu'elle pourchasse réellement en s'obstinant à le suivre partout et en allant jusqu'à s'introduire chez lui pour le draguer... Vais po raconter le pourquoi du comment, simplement que la revanche couve et que la rédemption et le pardon sont toujours possibles.
A l'aide d'une caméra aux aguets, scrutatrice, qui n'évite pas les flous, on suit cette traque dans les moindres recoins (c'est pas Jack Bauer non plus, po de satellite...). Ce système de surveillance oppressant va de pair avec le côté jusqu'auboutiste de Jackie qui ne lâche rien. Jolie correspondance entre la forme et la fond même s'il manque peut-être une chtite pointe de palpitation.
