27 février 2011

Kaboom de Gregg Araki - 2010

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Est-ce qu'on aurait pas droit là à un des meilleurs Araki tout simplement ? Le compère a pu agacer par le passé avec ses films superficiels et légèrement crétins ; il se montre avec Kaboom beaucoup plus intelligent que prévu, et c'est pas dommage. A priori pourtant, rien de bien malin là-dedans : un teenage movie clasique, avec blonds baraqués et surfeurs, histoires de cul à outrance, recherche d'identité sexuelle et coups d'un soir à la clé. La veine artificielle et légère d'Araki est de ce côté-là entièrement respectée, on a toutes les étapes obligées de ce type de production, habillées d'ailleurs d'un vernis pop absolument superficiel. A chaque plan une couleur primaire, en gros, dans des cadres qui souvent effacent totalement l'arrière-plan pour plaquer les visages sur des fonds unis (Warhol est 10 fois mieux compris ici que dans le clicheteux Les Amours imaginaires de Dolan). Même si le film n'était que ça, ce serait déjà suffisant : c'est fun, super drôle, réellement libéré sexuellement et verbalement, enlevé, rythmé au millimètre, recouvert d'un vernis musical excellent (The XX, Interpol, Yeah yeah yeahs). On sourit devant les audaces, qui sont nombreuses, autant au niveau du langage (il y a une bonne trentaine de phrases culte, et la façon pleine de santé d'aborder les choses du sexe fait plaisir à voir) que de la mise en scène, qui n'a peur de rien : les transitions entre les scènes se font avec des effets à hurler de ringardisme (l'image qui éclate en morceaux, ou qui disparait dans un effet "flaque d'eau" : on dirait que Araki vient d'acheter sa caméra à la FNAC et qu'il teste les possibilités du truc). Ca fonctionne parce que c'est totalement décomplexé, assumé, frontal, naïf presque. L'adolescence, les années-fac, pour Araki c'est une longue hallucination plus ou moins fantasmatique (les clichés du beau mâle sur la plage, du triolisme, etc.), plus ou moins cauchemardesque (les délires paranoïaques, assez impressionnants), plus ou moins rigolote aussi.

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Mais Kaboom n'est pas qu'un film de collège. Car, autant que sous l'égide de John Hugues et ses ados débridés, Araki se place sous celle de David Lynch ou de John Waters. Le film fait des détours de plus en plus fréquents vers le fantastique, vers l'étrange, jusqu'à ce que ceux-ci viennent carrément interférer sur le roman d'éducation sentimentale qui se développait jusqu'à maintenant. On comprend bien vite que ce qui compte, c'est le passage de l'âge adolescent à l'âge adulte. Sur ce thème rebattu, Araki tresse une symphonie premier degré et très dessinée autour de la violence, de l'Apocalypse, de l'explosion de l'identité, etc. Avoir 19 ans, pour le personnage principal, c'est non seulement expérimenter le sexe avec des partenaires multiples et experts, mais c'est aussi faire l'expérience de l'écroulement d'un monde (son anniversaire marque une sorte d’Armageddon dans un final ahurissant), de la remise en question de son passé (la mère, très lynchienne, et d'ailleurs interprété par Kelly... Lynch, détentrice d'un secret trouble), c'est comprendre que le monde va maintenant se liguer contre notre liberté (ce complot dans lequel tous les personnages sont plus ou moins impliqués). La dernière bobine est un grand n'importe-quoi paranoïaque qu'Araki traite avec toute l'ironie dont il est capable : sans en dire trop, disons qu'en 3 minutes chrono, il réécrit la Genèse et l'Apocalypse, tout en faisant des cascades de bagnole. C'est ridicule, mais très fun parce que ça ne se prend pas au sérieux, et que tout ce barnum ne sert qu'à une chose : faire passer un jeune garçon dans le monde des adultes, dans le tourbillon de la vie, dans la responsabilité et le temps présent. Le monde est dangereux mais fascinant, incompréhensible mais fun à mort, voilà ; et que Araki ait lâché un peu ses pétards (qui devenaient fatigants à la longue) pour livrer ce film déjanté, halluciné et adulte, fait vraiment plaisir. (Gols 28/11/10)

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J'ai jamais été un grand fan du Gregg, je le concède, et ce film ne va, pour ma part, guère me réconcilier avec le bonhomme. Une image lisse comme pour une pub pour Gillette, une histoire qui s'émousse aussi vite que leurs trois lames et un film qui au final fait plus "ploc" que "kaboom". C'est clair qu'au niveau du "fun", on a notre lot de gros clichés de base (je rêve d'être le responsable du casting d'un film d'Araki) et même si quelques répliques (trente, c'est abusé, je dirais, à vue de nez, quatre et je compte pour deux la petite phrase sur Mel Gibson) arrachent une petit sourire, on fait vite le tour de l'histoire de ce "pauvre ado" qui nique comme un beau diable et qui "badtrip" sur des personnages sortis tout droit d'une B.D.  L'ami Gols a beau sortir une belle armada de références sous-jacentes, les références "culturelles" directes se limitent tout de même à L. Ron Hubbard (coup bas, c'est vrai...). On se demande bien d'ailleurs en quoi consiste vraiment leurs études (en dehors de celle qui s'amuse avec du fil de fer et de la référence vite balancée en début du film au Chien Andalou...), nos ados passant autant de temps à lire ou à voir des films que Jean-François Copé. Le passage de l'adolescence à l'âge adulte comme un monde qui s'écroule, ouais, enfin vu les bases philosophiques poussées de nos jeunes gens, leur certitude et leur questionnement ontologique (je suis beau, je plais ou non ?) ils ne risquent pas de perdre beaucoup de temps à balayer les gravats de leur enfance pour se reconstruire. Ce final, en forme de grand n'importe quoi, histoire de réunir tout le casting a fini de m'achever, ce kaboom conclusif résonnant presque comme une délivrance. Araki est peut-être un "roi" dans le second degré (je mets les guillemets de circonstance), il me semble quand même prendre beaucoup de plaisir à se repaître du premier. C'est fun, c'est speed, c'est fresh, c'est young, cool, mais on attend toujours son premier vrai film adulte... (Shang 27/02/11)

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20 mai 2008

Smiley Face de Gregg Araki - 2008

18811356_w434_h_q80Cette fois, c'est raté. A force de s'amuser avec les icônes flashy de notre bonne vieille société contemporaine, Araki tombe dans la légèreté toc la plus complète. Il veut nous montrer un film délicieusement pop, mais n'en garde que la superficialité. Smiley Face manque gravement de courage, ce qui est bien dommage chez un auteur pourtant souvent audacieux.

L'histoire : une journée infernale vécue par une jeune nana défoncée, qui va de catastrophe en catastrophe. Araki nous montre le monde vu à travers ses yeux, c'est-à-dire effrayant, hostile, absurde, mais aussi coloré et naïf. Bon. Ce qui pourrait passer pour une belle prise de risques (faire d'une junkie hébétée et un peu crétine une héroïne contemporaine) fait long feu : Jane n'est que grimaces, hystérie et surface. La comédienne, la plupart du temps, semble issue d'un de ces sitcoms outrés vus à la télé, et ne smileyface250trouve jamais de vérité ou de sincérité dans ce personnage. Mais il faut dire qu'il y a pour elle peu de place pour s'exprimer, tant son caractère est clicheteux, sur-écrit et caricatural. Du coup, les aventures de la donzelle sont privées d'enjeu ; on a l'impression qu'elle vit de toute façon dans un monde parallèle, sans prise avec la réalité, et on se fout un peu de ses ennuis. Un peu comme si on voyait un Pee-Wee sous acide. Les quelques idées sympathoches de scénario (le premier quart d'heure, marrant, ou la séquence-climax où les feuillets du Manifeste du parti communiste volent au-dessus du peuple américain (oui, ça serait trop long à raconter)) sont noyées sous ce manque de sincérité et d'inspiration.

18753172_w434_h_q80Quant à la mise en scène, elle se contente la plupart du temps de recycler une imagerie déjà usée jusqu'à la trame. Outre le fait que Araki est très hésitant quant à la personne qui raconte l'histoire (on est soit dans le regard de Jane soit dans une distance humoristique trop marquée), le film est rempli jusqu'au bord de milliards d'idées, qui ne restent que des idées. Incrustation de mots sur l'écran, flash-backs foutraques, torsions des images, voix off directement actrice de l'action, musique illustrative... Araki tape dans tous les sens, sans maîtrise, sans but, et tant de volonté de nous éblouir finit par lasser. Les rires des premières séquences sont vite oubliés, et le reste se suit assez péniblement. Laborieux et creux, frileux et oubliable. Mais bon rigolo, disons...

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16 mai 2008

Nowhere de Gregg Araki - 1997

doomgeneration9On ne peut pas dire que Araki y aille de main morte quand il s'agit de faire du style. Nowhere est une énorme patisserie colorée et bruyante, le genre de film qui pourrait gaver en moins de deux, et qui a bien failli le faire avec moi. Dans les premières minutes, on est agacé par ce "sur-style", par cette façon trop voyante de se mettre en avant, d'évacuer les personnages et la trame au second plan pour briller : un montage hyper-saccadé et parfois maladroit, un aspect "trop produit" de chaque élément (sons, voix, costumes, lumière), des cadres qui se refusent à être simples, des ombres de personnages... On se dit qu'Araki n'est pas dans le bon rythme, et on cherche un peu ce qu'il a envie de nous raconter (mis à part qu'il est un génie de la mise en scène fashion). Une sorte de Danny Boyle érotique, quoi, et là, prêtez-moi deux doigts.

nowherePourtant, il y a déjà là quelques trucs qui intriguent, qui font préssentir un vrai regard : comme ce tout premier plan, qui montre un écran immaculé avant d'opérer un travelling pour cadrer le héros nu sous sa douche, comme perdu au milieu de l'immensité du cosmos, bien vu ; ou comme cette façon crue mais sensible de parler de la sexualité, par des corps jeunes qui se heurtent, se frottent, se suggèrent des choses, voire plus si affinités. Araki sait filmer la jeunesse, pas de doute, sait rendre compte de cette énergie, sait s'effacer devant les codes vestimentaires ou comportementaux étranges (une partie de cache-cache considérée comme le fin du fin de la tendance actuelle). Petit à petit, passé la surface de ce film quand même très superficiel, le coeur du discours perce avec intelligence : plus que Boyle, c'est finalement Easton Ellis qu'on reconnait, pour ce portrait d'une jeunesse désabusée, abandonnée à la jouissance et malheureuse comme tout ; ou Selby, pour cette morale qui sous-tend de nombreuses actions, représentée par un prêcheur télévisé de la plus belle eau. On est bien là dans ce portrait de l'Amérique livrée au sexe, à la drogue, à la fête à tout prix, au meurtre même. Quelques scènes bluffent par leur audace : des parents qui parlent à leur fils dans une langue étrangère et avec un sourire béat, un clown macabre qui traverse l'écran (avec un chien mort dans les bras, d'ailleurs, le dealer d'Araki est un bon gars), un viol qui se permet d'être drôle dans la violence, une fête toute en décadence magnifiquement rendue, un final très étrange...

untitledLe film s'imprègne petit à petit de motifs pop-art bien signifiés, même si souvent lourdement amenés ; il y a même un assassinat à coups de boîte de tomate, merci Andy. Araki filme ces icônes, ces motifs sans profondeur, et en use les représentations à force de les vider. Nowhere devient une pure forme où tout est permis, à l'instar de ses personnages nihilistes. Dès lors, le fantastique peut surgir, comme la violence, comme la farce la plus improbable, et le gars ne se prive pas de pulvériser toutes ses pistes à coups d'aliens visqueux, de massacres sanglants ou de saillies de mauvais goût. La trame explose, et seuls priment en fin de compte le rythme, l'énergie, et la forme du film. La rapidité des plans, finalement, s'impose avec une belle force, comme les personnages, comme la mise en scène spectaculaire. Ca reste très poseur, mais après tout comment parler d'une société totalement livrée au spectacle et à l'artificiel sans adopter soi-même ces codes ? Ca ne dit rien de plus que ça : la jeunesse est incompréhensible et abandonnée, mais ça le dit avec éclat et personnalité. Araki est décidément bien intéressant.

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02 juillet 2007

Mysterious Skin de Gregg Araki - 2004

mysterious_20skinVoilà un pur trésor qui redonne confiance dans l'existence d'un cinéma américain "narratif" intelligent. On en vient même à douter de la nationalité de ce film : qui sait aux Etats-Unis, filmer avec cette subtilité et cette pudeur, surtout dans le champ du ciné indépendant qui nous assène toujours la même esthétique, et toujours la même fausse sensibilité (voir The Squid and the Whale par exemple) ?

Araki est pourtant bien dans la lignée de quelques-uns de ses glorieux prédecesseurs, disons entre Larry Clark (mais sans la provocation forcenée) et Gus van Sant (mais sans le côté expérimental). En filmant frontalement cette histoire de pédophilie qui déclenche une série de troubles psychologiques chez ses jeunes victimes (de la prostitution outrée à la perte d'identité, du fantasme au délire, du besoin d'amour compulsif à l'autisme), il aborde un sujet sur lequel tout le monde se serait méchament pêté les dents. Or, Mysterious Skin est miraculeux d'intelligence. Araki trouve toujours l'exacte distance, sentant avec un instinct impeccable ce qu'il peut mmysteriousph2ontrer et ce qui doit rester caché. Sans jamais tomber dans la crânerie provocatrice, son film frappe très fort, avec une audace et une prise de position radicales. Terrassant, très dur, ce truc est pourtant étonnamment doux, malgré les pics de violence et la noirceur totale du fond. Les scènes de viol pédophile, écueil infranchissable, sont traitées avec un calme impérial, et avec un courage total : on a l'impression qu'Araki nous montre tout, sans pourtant jamais sortir de la seule évocation. Voilà un gars qui a compris la valeur d'un hors-champ, la force que peuvent prendre un simple plan sur un visage ou un son. Le mot mysteriousph9"pudeur" n'est pourtant pas le bon, puisque ces scènes sont d'une crudité totale, et gênent vraiment. On a envie de détourner les yeux, alors que, justement, on ne voit rien, rien d'autre en tout cas que les troublants élans amoureux de pédophiles aussi malheureux que leurs victimes. Choquant dans le fond, mais hyper-sensible dans la forme, Mysterious Skin ne cesse jamais de nous balader dans ce trouble malsain sans jamais nous indiquer quoi penser. Et ça c'est magistral.

Ajoutons que, malgré une photmysteriousph5o et une bande-son pour le coup trop repérées "Sundance", ce film est très agréable à regarder, notamment grâce à des jeunes acteurs impeccables, des sous-trames assez drôles (une histoire d'OVNI improbable, ou les rapports de fascination du héros et de son copain), et un humour trash très bien amené (Araki rit, quoi... désolé). Sur ce sujet épineux, un film nécessaire, peut-être le seul à avoir su injecter de la réflexion dans ce thème propre à déclencher l'hystérie. Remarquable.

Posté par Shangols à 09:09 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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