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16 décembre 2008

Zabriskie Point (1970) de Michelangelo Antonioni

Juste avant de se rendre en Chine pour livrer un portrait tout autant désillusionné du "modèle communiste", Antonioni avait déjà réglé son compte au "modèle capitaliste". Tourné à la fin des années 60, le film capte au départ l'atmosphère protestataire qui règne sur les campus : sa caméra se balade lors d'une assemblée générale où blacks et petits blancs discutent à n'en plus finir sur les moyens de résistance contre le flicage généralisé; la discussion tourne vite au brouhaha et notre héros de quitter ce petit monde sur ces paroles laconiques : "Je suis prêt à mourir mais po d'ennui" - réaction purement individualiste ou réelle lucidité (?), notre Mark se procure quoiqu'il en soit un gun pour faire face aux C.R.S locaux... Lors de l'attaque des forces de l'ordre sur le campus, il est témoin du véritable meurtre d'un étudiant black par un de nos amis policiers et à peine a-t-il le temps de réagir que le flic est abattu à son tour. Notre Mark de prendre ses jambes à son coup et de tenter de quitter ce Los Angeles infernal. Tout comme un Godard de l'époque, Antonioni nous montre, avec une certaine maestria dans le montage, la pollution visuelle (pubs et enseignes de magasins tous les 2 mètres) mais aussi sonore des lieux. Si se faire un trip, c'est se permettre de prendre de la distance par rapport aux choses, rien de mieux alors que de chourer un avion...

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Le film prend de la hauteur et notre Mark de trouver enfin de l'air pur en pilotant un petit coucou. Parallèlement, au sol, une bien joulie donzelle Daria, se balade en caisse : elle doit se rendre à Phoenix où l'attend son boss qui s'occupe d'un projet immobilier en plein désert; en route, elle s'accorde un petit détour dans un bled pour rencontrer un type, sûrement pour... euh... méditer. Elle ne trouve qu'un bar de vieux cow-boys décatis et conservateurs (ambiance véritablement lynchienne) et des gamins plutôt sauvages que l'on a apparemment "délocalisés" des rues de la ville... Reprenant la route, sa bagnole se fait littéralement draguer par l'avion du Mark, qui a dû être marqué par la vision de La Mort aux Trousses... Sauf que là ce sera plutôt l'amour... (rires) Nos héros feront ami-ami et se retrouveront lors d'une séquence mythique en plein désert, roulage de pelles, roulades dans le sable qui dégénère en gigantesque partouze primitive... Ambiance pipe Floyd. L'Antonioni, toujours aussi génial lorsqu'il laisse parler les images, livre un grand moment de cinoche totalement libéré et libertaire, loin de la cohue urbaine. Déjà, là, on soupire d'aise.

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Notre Mark peinturlurera ensuite son petit navion avec les couleurs et les slogans hippies de l'époque mais plus dure sera la chute. Le cinéaste semble se faire d'ores et déjà guère d'illusion sur la fin de ce mouvement, comme si l'atterrissage était programmé... Notre pauvre Daria se retrouve comme deux ronds de flan et se rend comme une âme en peine au meeting. Après quelques plans purement antonioniens (un parfum d'Eclipse), on assistera à une vision apocalypto-atomique comme une volonté de faire péter une bonne fois pour toute ce monde capitaliste de pacotille. Antonioni tutoie les anges et on reste coi.

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Discours engagés, violence urbaine, road ou plutôt desert-movie, érotisme orgiaque,... Zabriskie Point, derrière ses allures de film maudit, vaut on ne peut plus le détour. Une musique, ultra vintage, au taquet, des cadres du maestro à se flinguer, des ambiances toujours subtilement décalées (les discussions des gros capitalistes, l'apparition des touristes dans le désert, ce bar au milieu de nulle part...),... bref, belle idée que de ressortir ce DVD en ces temps troublés par les perturbations financières... et climatiques (une pensée pour nos amis de Lozère qui se retrouvent à la bougie... plutôt chiant pour voir des films).

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29 avril 2008

La Nuit (La Notte) de Michelangelo Antonioni

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Il y a toujours quelque chose de déliquescent chez Antonioni, une infinie tristesse qui donnerait presque envie d'aller rejoindre les poissons rouges dans l'aquarium. Tout se délite comme ces murs qui partent en lambeaux, tout sonne faux comme ces bâtiments modernes sans âme, tous les personnages semblent rechercher quelque chose comme pour oublier qu'ils ont déjà tout perdu. Ce n'est pas forcément le film qui met le plus la patate, mais c'est aussi celui qui traque au plus près toutes les petites dégradations d'un couple qui n'ose même plus s'avouer que tout est terminé.

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Mastroianni et Jeanne Moreau rendent visite à l'hôpital à l'un de leurs meilleurs amis mourant. Ce dernier ne se fait plus guère d'espoir et ironise sur ces hôpitaux qui ressemblent de plus en plus à des boîtes de nuit, chambre tout confort, champagne à volonté, infirmière-hôtesse, comme si même la mort avait perdu toute sa dignité. Jeanne Moreau ne peut supporter plus longtemps cette mise en scène et part se perdre, erre, dans la banlieue de Milan, pose son regard sur des immeubles mourants ou une pendule cassée (c'est presque du Bergman), aguiche ici ou là des types dans la rue comme pour se donner l'impression d'être bien en vie. Mastroianni, lui, se laisse embarquer dans la chambre contiguë à celle de son ami par une nympho qui semble vouloir grappiller quelque ultime moment d'amour; chassé par les infirmières, il finit par rejoindre la Jeanne, peu fier de sa mésaventure qu'il ose à peine avouer. Il passe l'après-midi dans une fête qui célèbre le dernier livre de l'auteur, et si le bouquin est partout, il semble bien le dernier souci des invités. Le soir, avant de rejoindre une soirée organisée par un milliardaire, ils expriment la volonté de se retrouver un peu seuls pour boire un verre; cela tourne vite en eau de boudin, le Mastroianni n'ayant d'yeux que pour la sublime contorsionniste black qui fait son numéro sur la scène. Le couple finit par se rendre à la soirée (terrible réplique de Jeanne Moreau "on doit faire quelque chose" qui semble sortie tout droit d'En attendant Godot) où chacun se retrouve entraîné dans son coin, la Jeanne se laissant séduire presque malgré elle par un richissime gazier qu'elle finit par repousser, le Mastro se laissant subjuguer par la divine Monica Vitti, plus tentatrice que jamais, flirtant de plus en plus avec cette nouvelle "découverte". Un parfum de vacuité, d'inanité flotte sur cette soirée (il se met d'ailleurs à pleuvoir, ouais nan c'est po drôle - les riches s'emmerdent grave et c'est pas même rassurant...), Mastroianni se laisse prendre pour un temps dans les filets du milliardaire qui lui fait une proposition pour venir travailler pour lui... Le couple finira malgré tout par se retrouver, avec cette scène définitivement déchirante où Mastro n'est plus même capable de reconnaître une ancienne lettre d'amour qu'il a écrite à la Jeanne.

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Antonioni passe un couple sur le déclin au scanner et le constat a rarement été rendu avec un tel désespoir. Ses personnages transitent dans la nuit comme des ombres, cherchant ici ou là un quelconque divertissement pascalien, mais au final ce sont surtout les pleurs de quelques rombières effondrées qui finissent par résonner. Mastro tente de s'accrocher coûte que coûte à la Jeanne dans un dernier ébat amoureux mais personne ne semble vraiment dupe de ce brusque sursaut d'intérêt. Antonioni capte cette atmosphère délétère avec une grande maestria, fait boire à son couple la coupe d'un amour amer jusqu'à la lie. A voir résolument avec un gros moral.   

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16 mars 2008

Les Vaincus (I Vinti) (1953) de Michelangelo Antonioni

post_2033975_1194419029Plus néo-réaliste que jamais, Antonioni se propose de montrer à notre jeunesse fugueuse que le crime ne paie point et que les envies de grandeur et de réussite à tout prix, si elles font bien sur les premières pages de journaux ou remplissent les écrans de cinoche, ne sont finalement que sordides. Aucun héroïsme chez ces jeunes gens prêts à tuer pour de l'argent ou la célébrité, uniquement un triomphe de l'ego, de l'individualisme qui sonne comme une déchéance. En trois récits situés en France, en Italie et en Angleterre, il tente d'illustrer le destin de ces fils de bonnes familles qui se brûlent les ailes pour rien et retombent à terre comme un paquet de linge sale.

Le premier récit suit quatre jeunes gens qui jalousent un de leurs amis (Jean-Pierre Mocky himself, 24 ans, tout pimpant) qui parade avec des poches pleines çacomme de biffetons. Ils montent un plan à deux balles pour le flinguer et le détrousser, une charmante jeune fille allant jusqu'à le draguer impunément pour que sa disparition paraisse normale - il lui écrit un mot comme quoi il part aux Etats-Unis. Si l'un des jeunes hommes tire lâchement dans le dos de son ami, il ne trouve dans ses poches que des billets de Monopoly. Bon, on ne peut pas lui en vouloir de descendre Mocky, il aurait rendu un grand service au cinéma français (je déconne), mais le Jean-Pierre est un dur à cuir, et le "tueur" sera rapidement, lui, alpagué. Ce premier épisode est noyé de dialogues comme si ces jeunes gens se saoulaient de leurs propres mots, ne rêvant que de grosses bagnoles américaines et de vie facile. L'illusion tourne court et la redescente sur terre les laisse groggy. Beaucoup de vivacité et de mouvements tout au long du film qui tranche avec la démarche de statuaire du garçon conduit au poste de police.

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La seconde histoire est celle d'un jeune homme qui trafique des Camel, se fait surprendre par les douanes et tue bêtement un homme dans sa fuite. Lorsque pour s'échapper il saute d'un pont, le choc est brutal (se révèlera même mortel), et après un bref évanouissement, il semble prendre enfin conscience de son acte... Il erre alors dans les rues de Rome jusqu'au petit matin, croise sa petite amie qui est à se damner (beau gâchis, bravo), et lui avoue à la fois son crime et ses motifs : se faire un max de blé pour vivre pleinement sa vie à vingt ans; ouais ben ce sera uniquement sur ses dernières heures alors... L'introduction est assez prenante avec ces parents réveillés en pleine nuit par les voitures de police qui filent sur le lieu du trafic; ils réalisent que leur enfant a découché, et lorsque leur angoisse prendra fin à son retour, elle ne sera que de courte durée, le gamin trouvant la mort dans son propre lit; belle construction narrative autour de ce jeune homme qui aurait mieux fait de rester chez lui. Encore une fois, la démonstration de ce destin brisé fait mouche, le "je veux tout, tout de suite" du héros laissant sa place à un être effrayé par son crime, à la démarche fantômatique, conscient qu'il a commis l'irréparable sur un coup de sang.

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Le dernier court, s'il parle d'un homme prêt à tout pour être célèbre (l'homme commet un meurtre puis raconte à un journal comment il a découvert le corps de la victime - il écrit lui-même l'article et il a droit à une belle photo de lui-même en prime) fait presque le procès de cette presse à scandale qui fait ses choux gras de ces histoires morbides, avec les "héros" d'un jour. Le patron du journal qui a laissé ce quidam raconter "sa découverte" finit par se rendre compte de sa propre responsabilité dans ce meurtre, fait uniquement pour la gloriole. Le récit s'attache à ce blondinet assassin d'un jour, sans ami, avec une petite copine qui l'envoie paître, et qui, poète à ses heures, rêve de gloire. Après un début en fanfare - tout lui réussit (les journaux, la thune facile, le jeu...), la réalité devient vite plus terne - ah ben nan la copine veut plus de lui - jusqu'à son procès qui évoque son crime dans une atmosphère ultra glauque. Ah ben ouais, lui aussi il a tout gagné, dirait ma grand-mère.

Tout en faisant oeuvre "morale", Antonioni évite le pensum moralisant, concentrant sur une journée la trajectoire de ces jeunes en courbe de Gauss (j'ai fait des maths quand j'étais jeune, c'est tout ce qui m'en reste); si le summum est atteint lorsque ces jeunes gens s'y voient déjà, la chute après leur acte meurtrier est immédiate et irrémédiable. J'avais toujours dit de toutes façons que les films américains de gangsters étaient bidonnés.

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15 janvier 2008

Chung Kuo, la Chine (Chung Kuo - Cina) (1972) de Michelangelo Antonioni

37244544_d627ac79d7Après une entrée en matière assez choc (une femme qui accouche sous césarienne, sans anesthésie, grâce à l'acupuncture - glourps!), ce documentaire d'Antonioni relativement long (3h30 tout de même) nous amène de Pékin à Shanghai en passant par une ferme collectiviste dans le Henan, la ville de Suzhou et les rives du Hangpu. Antonioni limite son commentaire au minimum, prenant le parti, même dans les sites touristiques, de se focaliser surtout sur les gens, l'expression des visages, des regards plus ou moins fuyants. Aucune hostilité, comme il le note, même dans certains des coins les plus reculés, tout au plus une attitude "pétrifiée" devant la caméra. Bien qu'il ne filme que ce qu'il a l'autorisation de filmer (à part quelques rares passages, notamment sur un marché où des agriculteurs vendent leur propre production), le film provoqua à l'époque des réactions critiques très vives en Chine comme s'il s'était complu à filmer les endroits les plus pauvres. Si les commentaires du réalisateur restent humbles (il cite un proverbe chinois: "Il est possible de décrire la fourrure d'un tigre mais pas ses os", en un mot son documentaire, il en est conscient, reste en surface), il est évident qu'il reste à l'affût de tout ce qui peut paraître "mécanisé" dans cette société encore sous l'ère Mao. Ce n'est pas un hasard si le premier volet se referme sur des Pékinois qui applaudissent à tout crin devant un concert joué par des automates, la seconde partie sur des petites nenfants qui défilent bien sagement ou qui chantent des airs révolutionnaires classés au top 50 chinois, et la dernière sur le cirque de Shanghai et ses numéros au millimètre. On n'a pas que l'impression que ce soit l'éclate totale, et il semble bien que les mots d'ordre demeurent : "sois bien discipliné mon fils" (cela me fait penser à un truc sur lequel je suis tombé cette semaine en zappant : ils organisent dans les écoles des courses où une vingtaine d'ados sont attachés l'un à l'autre par une jambe et où il s'agit d'arriver le plus rapidement tous en ligne 50 mètres plus loin - voilà ce qu'on appelle un vrai sport collectif...). Bon cela dit, je ne pense point qu'il y ait de quoi crier au scandale dans les images d'Antonioni (qui n'en revient toujours pas que les Chinois aient tout inventé, même les fetuccine), son reportage restant, 35 ans plus tard (comme moi, et ouais), surtout une illustration de la vie urbaine à Pékin et à Shanghai, villes qui se sont un poil modernisées depuis... (l'on reconnaît heureusement certains endroits actuels, mais bien rares quand même). Le plus étonnant reste peut-être le trafic qu'il y avait sur le Huang Pu, le fleuve qui traverse Shanghai, où il y avait encore des multitudes de sampans et semble-t-il dix fois plus de bateaux qu'aujourd'hui (mais bon je passe pas non plus mon temps sur le Bund à compter les bateaux). Je n'ose même pas parler de Pudong (la partie moderne actuelle avec 3000 gratte-ciel) qui à l'époque faisait grise mine avec ces industries d'un autre âge. C'était il y a bien bien longtemps semble-t-il déjà (je fais pas si vieux moi quand même?)   

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15 novembre 2007

Femmes entre elles (Le Amiche) (1955) de Michelangelo Antonioni

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Lion d'or à Venise pour ces desperate housewives, pas forcément mariées mais définitivement bourgeoises, à la sauce italienne. Elles ont des sujets de discussion relativement variés: les hommes, les hommes et les hommes - et ça papote une Italienne, meo dio. Ce tourbillon féminin, ce monde de superficialité et d'apparence, reste l'une des oeuvres les plus accessibles du père Antonioni qui a décidé de se faire la malle cet été.

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Clelia vient à Turin pour ouvrir une boutique de mode: résidant à l'hôtel, elle découvre le corps inanimé  de sa voisine de chambrée -petite overdose de somnifères sans gravité- et fait la connaissance de l'une des amies - Momina - de cette jeune suicidaire - Rosetta. Elle se retrouve rapidement adoptée par une ruche de vieilles copines qui l'entraînent avec elles dans leurs petites histoires de bonnes femmes. Si au début, elle trouve ces tromperies dans le dos des amants, ces flirts et ces multiples baisers échangés dans les coins plutôt amusants, il faudra la mort de Rosetta (se jeter dans la rivière ça marche mieux) pour qu'elle finisse par se rendre compte que tout ce petit monde est fondamentalement vain, sentimentalement vide... Momina semble orchestrer tout ce petit monde de marionnettes où aucun engagement véritable ne se prend, chacun jouant au plus malin, entre deux portes ou dans une chambre d'hôtel.

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La scène sur la plage est à ce sujet remarquable,  chaque couple semblant s'envoler dans le vent avant de finir allongé dans le sable à se baisouiller; au niveau du montage et de des mouvements toujours très fluides de la caméra, on reste éberlué devant une telle maîtrise qui ne fait aucunement défaut de bout en bout. Si dans le fond, toutes ces discussions de gonzesses font beaucoup de bruit pour pas grand-chose, elles sont menées tambour battant par des comédiennes, il faut le dire, non seulement bellissima mais surtout excellentissima (tiens, bizarre, ce mot n'existe po d'après mon ordinateur). On peut certes se retrouver parfois un peu noyé, tout comme Clelia, parmi ces couples qui ne cessent de se former et de se séparer (j'ai bien mis 30 minutes, et encore, à mettre un nom sur chacune et chacun) d'autant que tout cela tourne méchamment en rond. Mais bon ça tient bien le cap et on comprend vite où Antonioni veut en venir. Seule Rosetta - dont l'amour est sincère - fera les frais de l'hypocrisie de ce petit monde et Clelia préférera partir et laisser tomber son nouveau petit amoureux à la cool plutôt que de tomber dans cette petite bourgeoisie de province, pimpante mais creuse.  Antonioni n'en a pas fini de régler ses comptes avec cette société où les mensonges sentimentaux règnent, comme lui, en maître. 

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21 janvier 2007

La Dame sans Camélia ( La Signora senza camelie) (1953) de Michelangelo Antonioni

a2_1_Joli portrait de femme qui tourne essentiellement autour de la délicieuse Lucia Bosé. Sans avoir la beauté plastique des chefs-d’œuvre d’Antonioni, l’on sent l’attachement du cinéaste à nous proposer un destin de femme qui, partie de rien, finira par se brûler à ses propres illusions.

Clara Manni (La Manni…), découverte par le producteur Ercole alors qu’elle n’était qu’une simple petite vendeuse à Milan, se voit proposer rapidement le premier rôle dans son second film, après être apparue en chanteuse de charme dans le premier. Croulant sous les baisers d’Alain Cuny dans les premières scènes qu’elle tourne, elle échauffe Ercole, petit homme expérimenté, qui la piège rapidement en lui proposant le mariage. Ce dernier ayant fait venir les parents de la fille pour leur faire sa demande, la Manni se retrouve au pied de mur et accepte ce mariage forcé. Cependant, sitôt la lune de miel consommée, Ercole, par pure jalousie, refuse de lui faire tenir des rôles de midinette à demi-nue ("C’est ma femme, merde, quand même" – traduction libre) et arrête la production du film. Il se prend à rêver en voulant lui faire tourner un grand fi01_1_lm artistique et décide d’adapter la vie de Jeanne d’Arc – moins porno, à part La Marche de l’Empereur, y’a pas. Le film est une catastrophe critique et financière et la Manni commence, en désespoir de cause, à prendre un amant. Si le scénario semblait relativement cousu de fil blanc jusque-là, la grande idée d’Antonioni sera de pratiquer un virage à 180 degrés dans la dernière partie du film ; car la Manni après son premier succès populaire –l’échec du second film ayant tendance à retomber sur les épaules de son plan-plan de mari -a tendance à se sentir un peu pousser des ailes : escapade amoureuse avec un jeune consul, lettre de rupture à son mari et volonté d’apprendre véritablement à jouer la comédie en prenant des cours pour montrer de quoi elle est capable. Seulement le petit papillon a oublié que ses ailes étaient de coton (Rimbaud, poème non publié) et va vite se rendre compte qu’elle s’est un peu emballée. Personne ne lui propose de rôles vraiment intéressants, la cantonnant à des rôles légers ; en désespoir de cause, elle se tourne vers son ex-mari (après une tentative de suicide raté, suite à leur rupture, il a décidé de reprendre le chemin des plateaux) signora_senza_camelie_1_qui prépare une grosse production avec une star américaine. Celui-ci l’éconduit gentiment. Se retrouvant face à elle-même – elle ne va tout de même pas redevenir une chtite vendeuse - elle finit par accepter un pauvre rôle dans une production de genre « le harem d’Ali Baba », un truc à 2 roupies. Elle se rêvait star adulée avec amant acidulé, elle ne sera jamais qu’une petite starlette abandonnée par les gens qui l’aimaient. Dur retour à la case départ alors que le personnage plutôt antipathique d’Ercole, au début, a su trouver un second souffle. Sans son « créateur », la créature n’est décidément po grand-chose.

Beau retournement de situation, Antonioni nous rappelant au passage que le cinéma n’est vraiment qu’un monde d’illusions fait de rêves transparents.

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27 avril 2006

Profession : reporter (1975) de Michelangelo Antonioni

profession16_1_1Un film où il fait bon se perdre pendant 2 heures, jusqu'au plan-séquence final de toute beauté... Enigmatique... oui... mais comme dirait mon ami Bibice "Et la vie, elle est comment, hein?... bon!".

David Locke (Jack Nicholson dans sûrement l'un de ses plus grands rôles) en a ras le bol de sa vie de reporter, frustré par les gens qu'il rencontre, les infos qu'il glane après 12 h de marche dans le désert et quand son 4x4 s'enlise il lache un cri de desespoir ("Mais y a personne là-haut, y a personne..." comme dirait le Gégé dans Jean de Florette) auquel dans un joli panoramique lui répond le silence du dposter2_20michelangelo_20antonioni_20professione_20reporter_20passenger_20dvd_20review_20_1_ésert.

A son retrour à l'hôtel, il se rend compte qu'un mystérieux compagnon de voyage ici pour business est mort, il décide sur un coup de tête de prendre son identité et de se lancer dans cette nouvelle vie... de trafiquant d'armes. Les premiers moments excitants passés à livrer des armes aux rebelles et à empocher l'argent, il se retrouve rapidement traqué (aussi bien par des membres du gouvernement du pays africain où il trafique que par son ex-femme qui cherche à contacter la dernière personne l'ayant vu vivant). Au hasard d'une rencontre, une jeune personne l'accompagnera au gré des routes espagnoles et s'il trouve quelques secondes fugaces de plaisir auprès d'elle, sa fuite en avant semble le perdre de plus en plus...

C'est du Antonioni... sublime dans la forme (le plan-séquence du début où David est filmé à la fois au "présent" et en "flash-back" est magnifique, comme toutes les scènes au début dans le désert qui illustrent son enlisement, moral et physique), dans l'agencement de l'histoire (si celle-ci, après tout, n'est pas l'essentiel, la façon dont certains éléments nous sont donnés peu à peu est du grand art)  et... ouais super lent, c'est pas Badlands, c'est encore plus becketien... En deux heures le personnage de Nicholson semble se dissoudre peu à peu et nous avec...

Si Antonioni ne s'attarde pas vraiment à nous donner certaines clés, à chacun de bien vouloir suivre la trace des personnages... Putain, décidément, rien est simple.

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22 février 2006

Le Cri (1957) de Michelangelo Antonioni

images_24_1lecri_1_1Ayant revu récemmemt L'Avventura et L'Eclipse qui m'avait visuellement et stylistement laissé comme deux ronds de flan, je m'étais emballé et avait été jusqu'à regarder Par delà les Nuages en espérant que peut-être S. Marceau avait fait deux bons films dans sa vie (avec Police de Pialat). Mais, en effet, je m'étais emballé.

Le Cri est présenté comme un film de transition dans la carrière d'Antonioni entre sa veine néo-réalisme et celle qu'on pourrait appeler plus "formelle"... Je crains ces soi-disant "films de transition" annoncés au dos des jacquettes... ca sent toujours l'arnaque... Et ben j'avais tort, Le cri est un excellent film... A la fois néo-réaliste (on est loin du monde des petits bourgeois des films suivants) puisque l'on suit les errances d'un homme qui s'arrête au hasard des routes. des petits boulots et surtout des femmes qu'ils rencontrent; et puis classique puisque la fin, notamment avec ses ruines industrielles qui illustrent parfaitement les désillusions du héros (il n'arrivera jamais à oublier son premier amour), et la déshumanisation du monde moderne: c'est un cliché (je me fais un peu pleurer en me relisant) mais la scène finale où le héros monte en haut d'une tour dans raffinerie de pétrole désaffectée et dans un brouillard blafard (sous les yeux de son premier amour... je vous dévoile pas la fin mais il y aura bien un cri...) porte en elle l'essence (hum) du travail futur d'Antonioni... Que faire aprés la perte d'un être aimé...??? Partir, tenter d'oublier, recommencer... ben non, po possible pour le Tonio.

Je veux pas non plus finir sur cette note tristoune d'autant que dans le film, il y a de très jolis moments, notamment toute la séquence pendant laquelle l'homme s'arrête chez une pompiste interprétée par... Dorian Gray (!)... je sais pas si ce sont mes yeux ou si son gilet est taille 2 mais elle a un tour de... c'est pas possible que ce soient mes yeux... bref leur liaison s'achève dans un terrain vague où ils feront l'amour (un décor qui fait étrangement penser à celui des films d'Ozu en 1930... ce doit être ces grosses bobines de fils électriques...) sous les yeux de la fille du personnage principal... scène très belle, très pure mais qui provoque rapidement la détresse du héros lorsqu'il remarque le regard apeuré de l'enfant... comme si chez Antonioni les instants de grâce ne pouvaient rester que des instants. (Putain on dirait du Studio...)

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