25 février 2008
A bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited) (2007) de Wes Anderson
Tout content de voir en avance - sortie en France le 19 mars - la dernière mouture de Wes Anderson, et un peu dépité lorsque le film s'achève. On retrouve pourtant un humour très à froid dont je suis généralement fan, le même thème générique de ses précédents films (à savoir la famille: ici, trois frères qui se retrouvent et tentent à la fois de renouer contact avec leur mère et de faire le deuil de leur pater), le même soin dans les décors et les cadres, mais franchement pas de quoi s'extasier devant cette pseudo quête spirituelle qui tourne court et tombe un peu à plat.
Il y a en avant-programme un court-métrage signé du même Anderson intitulé Hotel Chevalier (un genre de "première partie" de Darjeeling) qui met en scène les retrouvailles entre l'un des frères et sa femme dans un hôtel
parisien: c'est assez convenu jusqu'à une scène sexuelle un peu sauvage, scène que l'on retrouvera dans le long métrage entre le même personnage et une Indienne de feu (mieux que sur la photo d'ailleurs); on pense alors qu'Anderson va lâcher un peu les chevaux, mais cela tourne court. Pourtant, dès le début du long, on assiste également à une course hilarante derrière un train avec l'inénarrable Bill Murray qui se fait griller par Adrien Brody. On déchantera tant la suite manque de pêche et de rythme. Pourtant le trio des trois frères formé de Jason Schwartzman, Owen Wilson et Adrien Brody est sur le papier assez tentant en Pieds Nickelés qui décident le temps d'un voyage en Inde de faire la paix. Si le mot d'ordre est de "tout se dire" et "de se faire confiance", on assiste rapidement à un chapelet de mini-trahisons et de vannes qui fusent. Si les trois compères semblent prendre leur pied dans ce jeu de massacre, on se sent malheureusement un peu exclus. Ils passent leur temps à faire des mines dépitées, assis en rang d'oignon face à la caméra, mais on se lasse un peu de ces expressions un peu forcées. Leurs aventures dans le train sont loin d'être aussi drôles qu'ils ne le pensent, et lorsque le film tourne au drame - ils ne parviennent pas à sauver un gamin indien de la noyade - on tombe carrément dans un tristounet qui apporte bien peu d'émotion. Nos trois clowns blancs vont certes finir par se réconcilier, mais là encore on aurait voulu partager avec eux un peu plus de bon temps pour aboutir à ce final attendu. Je serais un peu moins dur que Gols sur La Vie Aquatique, mais il faut avouer que ce film lui donne un peu raison, tant Anderson se complaît dans les mêmes recettes (même l'affiche est pas vraiment originale, dans les mêmes tons que le précédent) un peu convenues et tout bêtement pas d'un haut niveau burlesque malgré la mal que se donnent ses acteurs.
Une ballade indienne certes pas désagréable, mais un peu trop facilement oubliable. Pitite déception, clair.
30 juillet 2006
La Vie Aquatique (The Life Aquatic With Steve Zissou) de Wes Anderson - 2004
La Vie Aquatique est rigolo. Non, vraiment, franchement, c'est rigolo : un ton décalé et abscons qui fait merveille, des dialogues tout en vides et en absurdités, des situations improbables et imaginatives, des acteurs très bons... Bill Murray nous sort son numéro habituel, qu'il fait très bien mais qui commence à lasser au bout de 456 rôles identiques ; Dafoe est parfait dans sa bêtise solennelle et naïve ; Winslet est très bien aussi, et Anjelica Huston très modeste et très classe. Bien, ça c'est fait.
Le seul souci, c'est que le film est
déjà démodé. Qu'est-ce que vous voulez : on ne peut pas faire un objet aussi délicieusement fashion sans en payer plus ou moins les pots cassés. Et s'il y a bien une chose qui agace, c'est de s'apercevoir que derrière la caméra, il n'y a pas un cinéaste, mais un petit malin légèrement arriviste. Un truqueur, même talentueux comme l'est Anderson, reste un truqueur. On est donc prêt à se mettre à genoux pour lui extorquer un soupçon de sincérité, un micro-gramme de sensibilité, un chouille d'inspiration authentique. La Vie aquatique est donc un joli écrin totalement vide, habillé en roublard des belles chansons de Sigur Ros et de David Bowie, de décors astucieux, d'un réel savoir-faire dans la technique cinématographique, et d'une bonne tenue dans les couleurs et la photo. Alors que demander de plus ? Ben, rien, juste un peu de cinéma...

