Fantastic Mr. Fox (2009) de Wes Anderson
On n'a pas été vraiment emballés par les derniers films de Wes Anderson, et j'avoue que ce sympathique Fantastic Mr. Fox ne va point totalement, pour ma part, inverser la tendance. Même si finalement, en passant par l'animation, cette oeuvre semble presque plus vivante que ses dernières productions un peu sclérosées, en dehors de quelques gags charmants (le renard super zen qui lorsqu'il mange ne se contrôle plus (une fois aurait suffit pour qu'on comprenne, cela dit)) , l'intérêt fait long feu; mêmes les scènes "d'action" (l'animal sauvage aiment à creuser pour s'enfuir loin des hommes) - il en faut pour ne pas que les enfants s'endorment - sont également terriblement répétitives. L'histoire donc, très simpliste (mouais, c'est un conte pour enfants à l'origine, ça tombe bien): un pauvre renard, voleur de poules malgré lui - il a bien tenté de se corriger pour sa chère et tendre (Mr Fox, Clooney, Mme Fox, Meryl Streep, un casting osé (hum)) en devenant journaliste, mais c'est bien connu chez le renard comme chez le cheval, chassez le naturel, il revient au galop - décide de faire le casse du siècle (avec l'emprunt qu'il a sur le dos, le bougre, il a plutôt intérêt). Notre Fox va donc attaquer, avec son ami l'opossum, trois méchants géants de l'alimentation (le gros, le nain, l'hargneux : on est bien dans le stéréotype primaire)) avant que ceux-ci, excédés, se rebellent contre la sale bête : ils deviennent du coup po gentils gentils avec tous les animaux sauvages, détruisant au passage la nature... Même Nicolas Hulot a parfois fait preuve de plus de subtilités dans son discours écolo (le renard et le loup qui font le geste du "black power" vers la fin, mouarff).
Anderson nous ressert son topo habituel sur la famille zarbi - le fils mal aimé plein de défauts et le cousin parfait adoré - sans vraiment apporter beaucoup de nuances dans les caractères, à l'image de ce Mr Fox, forcément rusé comme un renard, qui dicte littéralement à chacun ce qu'il faut faire (faut dire un oppossum, un castor ou un lapin, c'est un peu con comme animal, quand même). On retrouve ce fameux "style andersonien" qui consiste à filmer la plupart du temps ses "personnages" face caméra, à plat, comme si le type avait beaucoup de mal avec la profondeur de champ - et de la pensée ? (roh, ne me faites pas dire ce que...). On est donc dans un bon vieux manichéisme de base et seul le rat un peu pervers (interprété par... mais oui, Willem Dafoe, bravo - c'est un casting Disney) ferait presque plaisir à voir - mais, il meurt, justement, comme par hasard.. comme un rat, d'ailleurs. Sans avoir la dent trop dure, c'est divertissant un moment avec les quelques pointes finaudes d'humour à froid - chouette animation également, notamment dans celle des gros plans (beaucoup moins réussie sur les plans d'ensemble) et les pitits effets de fourrure -, c'est, dans le fond, simple comme bonjour (alors là, eux, ce sont les méchants, tu vois) et c'est, au final, loin d'être fantastique. Du Wes Anderson, quoi, classique. (Shang - 24/02/10)
Complètement d'accord avec mon éminent camarade. Pas grand-chose à ajouter à son désintérêt, puisque le film est à peu près privé d'intérêt lui-même. Je n'ai jamais compris ce statut d'auteur culte qu'on fait revêtir à Anderson, et si Fantastic Mr Fox est à tout prendre son meilleur film depuis longtemps, il n'en reste pas moins terne et mollasson. J'ai bien aimé pourtant la technique, cette animation à l'ancienne qui rappelle (une fois encore, me dira-t-on) la grande époque de Starewitch ou de Svankmajer. L'image-par-image donne à la fourrure des personnages, ou à l'herbe dans les champs, une formidable texture artisanale à l'ancienne, un peu comme dans le premier King-Kong : on sent les petits doigts des marionnettistes qui ont patiemment sculpté tout ça, c'est très joli. L'aspect "poupée" est magnifique également dans ces plans d'ensemble que j'ai trouvés, contrairement à Shang, adorables par leur amateurisme assumé.
Pour le reste, franchement ça manque de piment, c'est fade comme tout. Ni drôle ni profond, le film déroule sa trame sans intérêt sur un rythme poussif qui devrait endormir la plupart des jeunes spectateurs à qui il s'adresse. C'est manifestement un film pour très jeune public, le manichéisme binaire relevé par mon camarade étant effectivement poussé à bout. Les personnages ne sont pas attachants (et les voix des acteurs américains sont pour beaucoup dans cette sorte de froideur statique et désincarnée), les situations jamais intéressantes ou tendues. En gros, on ne tremble jamais devant le danger, on n'applaudit jamais aux instants de bravoure, se contentant d'assister à un (auto?)portrait d'enfant délaissé par son clan et sa famille, qui ne porte vraiment pas loin. Le petit renard légèrement "geek" abandonné au profit de son cousin brillant, mouais, c'est intrigant sur les premières minutes ; mais Anderson construit tout là-dessus, et sur la trahison du paternel quant à ses responsabilités familiales, et on aurait aussi aimé un peu d'aventures, de rythme, d'énergie. Là, c'est comme si tout était vu de derrière une vitre, étouffé, sans relief (le son est d'ailleurs bizarrement lointain, et les couleurs souvent en demi-teintes automnales). Anderson, décidément, c'est sans moi. (Gols - 04/03/10)
A bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited) (2007) de Wes Anderson
Tout content de voir en avance - sortie en France le 19 mars - la dernière mouture de Wes Anderson, et un peu dépité lorsque le film s'achève. On retrouve pourtant un humour très à froid dont je suis généralement fan, le même thème générique de ses précédents films (à savoir la famille : ici, trois frères qui se retrouvent et tentent à la fois de renouer contact avec leur mère et de faire le deuil de leur pater), le même soin dans les décors et les cadres, mais franchement pas de quoi s'extasier devant cette pseudo quête spirituelle qui tourne court et tombe un peu à plat.
Il y a en avant-programme un court-métrage signé du même Anderson intitulé Hotel Chevalier (un genre de "première partie" de Darjeeling) qui met en scène les retrouvailles entre l'un des frères et sa femme dans un hôtel
parisien : c'est assez convenu jusqu'à une scène sexuelle un peu sauvage, scène que l'on retrouvera dans le long métrage entre le même personnage et une Indienne de feu (mieux que sur la photo d'ailleurs); on pense alors qu'Anderson va lâcher un peu les chevaux, mais cela tourne court. Pourtant, dès le début du long, on assiste également à une course hilarante derrière un train avec l'inénarrable Bill Murray qui se fait griller par Adrien Brody. On déchantera tant la suite manque de pêche et de rythme. Pourtant le trio des trois frères formé de Jason Schwartzman, Owen Wilson et Adrien Brody est sur le papier assez tentant en Pieds Nickelés qui décident le temps d'un voyage en Inde de faire la paix. Si le mot d'ordre est de "tout se dire" et "de se faire confiance", on assiste rapidement à un chapelet de mini-trahisons et de vannes qui fusent. Si les trois compères semblent prendre leur pied dans ce jeu de massacre, on se sent malheureusement un peu exclus. Ils passent leur temps à faire des mines dépitées, assis en rang d'oignon face à la caméra, mais on se lasse un peu de ces expressions un peu forcées. Leurs aventures dans le train sont loin d'être aussi drôles qu'ils ne le pensent, et lorsque le film tourne au drame - ils ne parviennent pas à sauver un gamin indien de la noyade - on tombe carrément dans un tristounet qui apporte bien peu d'émotion. Nos trois clowns blancs vont certes finir par se réconcilier, mais là encore on aurait voulu partager avec eux un peu plus de bon temps pour aboutir à ce final attendu. Je serais un peu moins dur que Gols sur La Vie Aquatique, mais il faut avouer que ce film lui donne un peu raison, tant Anderson se complaît dans les mêmes recettes un peu convenues (même l'affiche n'est pas vraiment originale, exactement dans les mêmes tons que la précédente); son film est loin d'être d'un très haut niveau burlesque, malgré le mal que se donnent ses acteurs.
Une ballade indienne certes pas désagréable, mais un peu trop facilement oubliable. Pitite déception, clair. (Shang - 25/02/08)
Rien à ajouter à ce qu'écrit mon camarade, qui fait bien le tour de toutes les déceptions qu'on rencontre au cours du film : pas drôle, pas touchant, joué de façon pépère, une sorte de ton légèrement barré sans jamais déborder qui soûle, on s'ennuie à mort devant ce tout petit film plat et faussement profond. On voit bien où Anderson veut en venir, dès cette première scène (hilarante, dit mon gars Shang... ah...) où un quidam se fait piquer sa place pour monter dans un train : le Darjeeling Limited va se vouloir une métaphore sur l'existence elle-même, qui emmène des gens, en laisse d'autres sur le côté. C'est d'ailleurs la seule scène réussie du film : elle montre l'alléatoire du récit, nous faisant croire qu'on va suivre le destin d'un personnage (Murray) alors que c'est un autre qui lance le récit in extremis (Brody).
Après cette ouverture intéressante, on se rend compte que le projet s'arrête là : la trame choisie est bien peu passionnante, l'inspiration de Anderson se limitant souvent à placer nos trois compères dans un espace X (l'Inde est jolie, on est d'accord) ou à trousser des micro-évènements aussi désolants les uns que les autres (un serpent s'échappe dans le train, 2 minutes de gagnées ; deux frères se battent, 3 minutes ; etc.). Pour tromper son ennui grandissant, le cinéaste travaille sur ses cadres, et réussit une belle esthétique de cinémascope. Le film est agréable à regarder (très belles couleurs également), et vide comme une outre en plein désert. La métaphore truffaldienne du train comme condensé
de la vie fait long feu, l'existence des trois héros étant aussi peu intéressante qu'une page blanche. Mais que voulez-vous, c'est encore une fois fashion à mort, ça doit figurer dans la vidéothèque de tout petit malin victime de la mode, alors on se tait. Ca confirme en tout cas mon impression sur La Vie Aquatique (corroborée aujourd'hui même par un de nos lecteurs, la révolte s'organise) : Anderson n'a rien à raconter, rien à montrer, mais a le mérite d'être où il faut (au coeur de la hype) quand il faut (aujourd'hui). (Gols - 08/01/09)
Bottle Rocket (1996) de Wes Anderson
Ce premier long-métrage du gars Anderson coécrit avec Owen Wilson ne manque indéniablement pas de charme. C'est, comment dire, résolument frais, voire candide, diablement rythmé, doté d'un humour froid qui a fait la marque du type, les dialogues fusent du début à la fin sans aucun temps mort et, même si cela finit par tourner un peu à vide (hum), on ne passe pas un mauvais moment avec cette brochette de branle-manette.
Anthony (Luke Wilson, le ptit frère) sort tout juste d'une "cure de repos" dans un hôpital (on l'a retrouvé marchant dans le désert... il semblerait avoir buggé après qu'on lui ait proposé de faire du ski nautique...) et retrouve ses potes Dignan et Bob - ce dernier ayant une caisse et de la thune. Ils achètent des flingues et mettent en place un plan totalement foireux pour braquer une librairie - le pire, c'est que cela fonctionne et voilà nos trois compère en train de se la couler dans un motel; Anthony tombe amoureux d'une femme de chambre paraguayenne - parle po un mot d'espagnol mais leurs regards en disent long... -, Bob retourne à la casa pour détruire ses plantations de marijuana dans le jardin, et le Dignan s'ennuie à mourir en allumant des pétards dans un champ... Ils vont finir par rentrer chez eux et monter le plan le plus foireux de la galaxie pour dévaliser un coffre avec un certain Mr. Henri (James Caan), un roublard. Bon, dit comme ça, cela donne peu le ton, l'essentiel reposant sur un humour assez décalé et des discussions à l'emporte-pièce entre les trois gaziers. Ils parlent comme pour meubler les silences, finissent souvent par se frictionner et donnent surtout méchamment l'impression d'être les trois types les plus irresponsables de l'hémisphère. Si tous les petits truands étaient comme eux, il n'y aurait même po besoin de flics (pas plus mal). C'est une comédie bon enfant - on se roule pas par terre, juste un malicieux petit rictus aux coins des lèvres qui part rarement - à conseiller en priorité... aux amateurs de la Wes Anderson's touch. C'est, reconnaissons-le tout de même, d'une parfaite maîtrise formelle (surtout pour un début) - le gars n'est pas rat en mouvements de caméra (des plans d'ensemble qui finissent tranquillement en gros plans) - mais ne risque point de laisser un souvenir impérissable... Frais, c'est ça.
La Vie Aquatique (The Life Aquatic With Steve Zissou) de Wes Anderson - 2004
La Vie Aquatique est rigolo. Non, vraiment, franchement, c'est rigolo : un ton décalé et abscons qui fait merveille, des dialogues tout en vides et en absurdités, des situations improbables et imaginatives, des acteurs très bons... Bill Murray nous sort son numéro habituel, qu'il fait très bien mais qui commence à lasser au bout de 456 rôles identiques ; Dafoe est parfait dans sa bêtise solennelle et naïve ; Winslet est très bien aussi, et Anjelica Huston très modeste et très classe. Bien, ça c'est fait.
Le seul souci, c'est que le film est
déjà démodé. Qu'est-ce que vous voulez : on ne peut pas faire un objet aussi délicieusement fashion sans en payer plus ou moins les pots cassés. Et s'il y a bien une chose qui agace, c'est de s'apercevoir que derrière la caméra, il n'y a pas un cinéaste, mais un petit malin légèrement arriviste. Un truqueur, même talentueux comme l'est Anderson, reste un truqueur. On est donc prêt à se mettre à genoux pour lui extorquer un soupçon de sincérité, un micro-gramme de sensibilité, un chouille d'inspiration authentique. La Vie aquatique est donc un joli écrin totalement vide, habillé en roublard des belles chansons de Sigur Ros et de David Bowie, de décors astucieux, d'un réel savoir-faire dans la technique cinématographique, et d'une bonne tenue dans les couleurs et la photo. Alors que demander de plus ? Ben, rien, juste un peu de cinéma...









