07 juin 2009
Etreintes Brisées (Los abrazos rotos) de Pedro Almodóvar - 2009
Vu le résultat des élections européennes, j'ai bien fait d'aller me taper un peu de beauté juste avant. Oui, parce que le dernier Almodóvar est beau. Comme tous les autres, direz-vous, et je réponds oui. Ca tombe bien : Etreintes brisées n'est ni moins beau, ni plus beau que les précédents films du maître. Emouvant, réalisé et écrit à la perfection, rempli d'acteurs impeccables et magnifiés par la mise en scène, soutenu par une belle musique, glamour et mélodramatique, drôle et profond... il est tout ça, mais presque comme d'hab. Force m'est une fois de plus de reconnaître que Almodóvar, ça n'est pas vraiment pour moi, malgré le respect infini que j'ai pour ses films absolument irréprochables.
Quand même, celui-ci est particulièrement réussi. Le scénario est ample et savamment distillé, faisant se dérouler une histoire foisonnante et très touchante sur le thème du regard, ou plutôt du regardant et du regardé. En suivant la petite Penelope Cruz dans ses passions (pour le cinéma, pour l'amour, pour le réalisateur de son film), Almodóvar décline avec un beau classicisme cette thématique, surenchérissant sans arrêt dans la profondeur des symboles qui émaillent cette trame romantique. Depuis l'homme qui apprend que sa femme le quitte par un savant dispositif de doublage de film en direct, jusqu'au personnage principal, un réalisateur aveugle ; depuis les nombreuses allusions au Peeping Tom de Powell jusqu'au personnage du voyeur obsessionnel qui finit par mettre une ceinture de sécurité à sa caméra ; depuis ce puzzle de photos sensé secréter la vérité de l'amour jusqu'à ces dizaines de plans sur des regards qui s'échangent ou qui se fuient, on assiste à une véritable "grammaire de l'oeil" (c'est d'ailleurs le très beau plan inaugural du film),
mais qui ne débouche jamais sur une trop grande cérébralité : Almodóvar est avant tout un sentimental assumé, et transforme la théorie en fulgurances poétiques parfois magnifiques (ces mains qui caressent l'écran qui projette la femme aimée). Quant au dernier quart-d'heure, il finit de vous tordre le coeur, en usant d'un biais qu'on n'attendait vraiment pas (je ne dirai rien, ce serait dommage).
Il faut sans aucun conteste se précipiter sur le Almodóvar 2009, comme il faudra se précipiter sur le suivant. Impossible de ne pas aimer ça. Voilà tout ce que je peux en dire.
23 décembre 2006
Volver (2006) de Pedro Almodovar
Je crois que j'ai un réel problème avec Almodovar : je suis le premier à trouver que c'est un immense cinéaste, je suis le premier à me précipiter à tous ses nouveaux films, je suis un grand admirateur du gars... mais ça ne me touche pas. A deux ou trois exceptions près (La Mauvaise Education ou En chair et on Os), ses films ne me font rien. C'est dit, et croyez bien que j'en suis le premier désolé.
Volver est donc un film magnifique.
La direction d'acteurs (d'actrices en fait) est au petit poil, avec une mention sublime à l'inattendue Penelope Cruz, qui nous avait plus habitués à des merdasses minaudières : ici, elle est non seulement belle à mourir (elle a des yeux de manga qui lui bouffent la figure entièrement, avec des pupilles d'un noir abyssal), mais elle est très émouvante, dans un personnage de femme qui doit affronter toutes les merdes d'une existence à la fois. Almo la filme amoureusement, très près, la costume de couleurs éclatantes et toujours originales, la fait pleurer ou rire ou taper des mains en l'aimant comme un fou, et la fait chanter (seule scène assez moyenne du film, alors qu'il aurait pu atteindre là une émotion inoubliable ; mais Penelope est mal doublée, la chanson est moyenne, trop courte, et mal montée). Les autres comédiennes, cela dit, sont au diapason, toutes superbes et drôles et profondes.
La mise en scène est comme toujours parfaite, avec un montage tout en subtilités, en gros plans nets et
francs, en rythmes doux, fluide et musical. A ce propos, le montage images/musique est particulièrement réussi, ça rappelle le travail Herrmann/Hitch dans l'espèce d'osmose entre les deux arts.
Le scénario, un peu trop léger peut-être à mon goût, est pourtant joli aussi, et aborde sans en avoir l'air des thématiques lourdes et graves (les rapports maternels, la mort, la maturité, le matriarcat, la difficulté de vivre...). Sous des airs de "polar" matiné de fantômes et de joie de vivre, ce film-là ne faillit pas aux thématiques du grand Pedro. Le plan final (une vieille femme qui sort du champ pour partir vers sa solitude) est là pour nous rappeler qu'Almodovar est loin d'être un simple amuseur.
Même le générique final est un des plus beaux qui soient (Bass n'est pas mort).
Mais voilà, comme toujours, je ne suis pas totalement convaincu, je ne suis pas bouleversé, je ne suis pas touché à 100%. Quelque chose me manque, et ce qui est ballot c'est que je ne sais pas ce que c'est. Ce ne sont pas les deux-trois "erreurs" du film (l'humour prout, bof ; la critique de la télévision, mouaif ; les rebondissements un peu trop appliqués du scénar, admettons). Ce n'est pas non plus cette impression que Almodovar fait toujours le même film, je trouve au contraire qu'il mûrit très bien, que ses films sont de mieux en mieux, qu'il porte un regard enfin adulte sur le monde. Non, je crois que c'est une pure question de style général. Almo et moi avons des univers différents, que voulez-vous que je vous dise. J'ai du mal à être ému devant ses thèmes, devant ses personnages, devant ses élucubration baroques... Voilà : je n'ai absolument rien à reprocher à ce film, allez-y, et aimez-le. (Gols - 12/06/06)
Je dois avouer en choeur avec mon co-blogueur avoir été déçu mais alors là déçu par ce nouvel opus almodovarien - d'autant que j'étais déjà complétement mais alors là complètement passé à côté de La Mauvaise Education. Que l'univers de ce film soit à deux ou trois personnages près entièrement féminin, ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Que le regard de charbon de la Pénélope soit aussi abyssale que les mines d'Hoffman, grand Dieu oui, et on est prêt à y tomber... mais sinon? Que se passe-t-il vraiment? Deux femmes ont été abusées par leur père ou leur beau-père et ceux-ci ont fini par périr par le feu ou dans le sang... A partir de cette base ultra dramatique et tragique (c'est une manie ou une malédiction?), peu de réels rebondissements et le film se traîne gentiment en longueurs. Il y a bien ce joli personnage de "fantôme" de la mère qui est ruiné dans le plan suivant en la faisant passer pour une aide-coiffeuse russe (il a pas arrêté la dope, le Pedro, je veux pas le croire... Ca sort d'où cette idée à deux pesos, fusil?). Bref, peu touché également au long de ces deux heures, et la fin est tellement cousue de fil blanc qu'on la voit venir de très très loin; aucun mystère ne plane sur le récit, deux types ont morflé en l'ayant bien cherché, emballé c'est pesé. Seul petit moment titillant tout de même, à la fin, dans ce dialogue entre la mère et la fille enfin réunies:
- J'ai tellement besoin de toi, maman. J'ai toujours eu besoin de toi.
- Ne dis pas des choses pareilles, Raimunda, j'ai les larmes aux yeux; les fantômes ne sont pas censés pleurer.
Bon là je dis pas. (Shang - 23/12/06)