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30 octobre 2009

Whatever Works de Woody Allen - 2009

whateverworksofftopicsSi on considère que dorénavant chaque nouveau film est une parenthèse entre deux projets ambitieux (on attend le projet ambitieux depuis pas mal de temps), Whatever Works est à classer dans les parenthèses charmantes. J'aime assez que Woody revienne dans son cher New-York, sur des bases qu'il connaît par coeur (décors, dialogues, comédie sentimentale et jazz démodé), ça change un peu de ses voyages exotiques en Espagne ou en Angleterre et nous fait retrouver le bon vieux gars d'avant. Ce film n'apporte strictement rien de plus à la carrière de Woody, mais on s'y promène avec délice au milieu de motifs reconnaissables au premier coup d'oeil, et c'est agréable.

Si, quand même, une petite nouveauté, dans le ton même du film : le personnage principal est un misanthrope grincheux, excessif, très amer et revenu de tout, que Woody pousse assez loin. Le film en prend un aspect assez noir dans sa première partie, et on n'attendait pas le compère dans un cynisme aussi frontal. Le scénario semble ne ménager aucune sortie, définitivement, cette fois, abandonné à la vision désespérée du monde de whatever_works_davidWoody. On jubile, dans les premières minutes, de découvrir ce personnage odieux, qui n'aime rien, et on aimerait presque que le film reste dans cette veine pessimiste inattendue. Mais Allen étant un grand sentimental (et finalement un grand amoureux du happy end), il retombe (trop) vite dans un humour plus doux qu'amer, sauvant au final ses personnages de ce nihilisme qu'on aimait bien. On y gagne en joie de vivre, on y perd en impolitesse. En tout cas, avant de retomber dans la douceur, on a eu droit à quelques scènes assez méchantes, comme ces moments franchement poilants où Boris Yelnikoff conspue de pauvres mômes trop mauvais aux échecs pour se mesurer à lui ; on aimerait vraiment que ça aille plus loin, et que Woody laisse sa gentillesse aux vestiaires et pousse le bouchon.

A part ça, c'est vraiment pépère et confortable. Il y a de mignons dialogues rigolos, des personnages hauts en couleurs, une jolie vision de New-York par temps gris, et surtout une actrice impeccable dans sa façon whatever_works19d'aller au bout de la logique de son personnage : Evan Rachel Wood joue une écervelée adorable, et elle est sublimement idiote. Elle ne s'empêche aucun excès, et elle est vraiment hilarante. Dommage que ça manque de répondant en face : le personnage principal, omniprésent ou presque, est mal tenu par Larry David. Il est censé être un énième clône de Woody, mais n'en a pas le talent rytmique, le sens du gag, la présence. Dans les scènes où il s'adresse directement au spectateur en long plan-séquence (on pense forcément à Annie Hall), on le sent mal à l'aise, cramponné au prompteur, récitant sans esprit les bons mots de Woody. Manque de corps, manque d'énergie, manque de vraie drôlerie, il traverse le film sans y être, peu concerné, et fait échouer beaucoup de bonnes vannes ("On a peut-être un président noir, mais aucun chauffeur de taxi n'accepterait de le charger") ou de situations rigolotes.

whatever_works_2009_2_gLe film est de plus beaucoup trop long, fonctionnant comme souvent chez Woody sur une seule idée (un intellectuel grincheux rencontre une idiote sublime) qui n'arrive pas à faire un film complet. Quand les nouveaux personnages font leur entrée, ça devient laborieux, attendu, bancal. Ca reste souvent drôle, mais on sent que Woody enfile les scènes pour faire les 90 minutes obligatoires, et qu'il a laisé tomber son film depuis longtemps. Il faut bien sûr voir Whatever Works avec un oeil bienveillant ; pour avoir un vrai grand film, attendons le prochain (d'ici un mois ou deux, normalement).  (Gols 05/07/09)


On a clairement vu le même film avec mon collègue, ce qui est  finalement assez rassurant et prouve qu'il n'existe bien qu'une version de ce film. On se dit au départ que l'approche de la mort (regardons les choses en face, Woody Allen n'est pas éternel) rend le gars beaucoup plus acerbe, et qu'il va y aller rondement dans sa vision pessimiste de l'humanité (je savais bien que les théories marxistes avaient du bon, à l'origine). Une grande partie de l'humanité est faite de "crétins", d"'imbéciles" et les gamins sont aussi cons que leurs aînés : on pense que Woody, via cet intermédiaire dégarni et en effet pas vraiment à l'aise, est lancé. Nous tombe alors du ciel une ravissante blonde qui arrive tout droit de sa province, et vu les habits moulants qu'elle porte on s'étonne que le chauve ne bénisse pas le ciel d'entrée de jeu, Dieu ou non. Nous voilà reparti dans l'éternelle comédie allenienne manhattanesque, si ce n'est que Mariel Hemingway en avait dans le citron alors que celui d'Evan h_4_ill_1210999_whatever_works_bisRachel Wood semble déjà bien pressé - mais les paroles de son mentor sont pour elle d'or et elle s'en (em)pare à la moindre occasion. Rien de nouveau, on est en terrain connu. C'est clair qu'ensuite - disons après 30-40 minutes -, le film part en vrille, et Woody accumule les personnages bourrés de "clichés" - un terme utilisé à foison dans le film. Il nous sert notamment un couple qui a toutes les tares de l'humanité - ils ont dû voter Bush deux fois pour résumer - qui se transforme tout d'un coup (c'est même plus un coup de baguette de magique à ce niveau-là, c'est un miracle tellement grossier qu'il laisse sans voix) en personnages incroyablement tolérants : la femme artiste qui vit avec deux types, le mormon qui devient homo; rarement vu une telle fainéantise dans la définition des personnages (ils doivent avoir une fiche avec deux lignes chacun)... La réunion finale est ridicule à souhait, comme si Woody croyait que tout le monde se retrouve ensuite au paradis pour faire niaisement la fête - il va virer catho, vous allez voir, sur ses vieux jours. La mise en scène dans l'appart de Larry est également terriblement paresseuse - on se croirait parfois dans un épisode de Friends - c'est filmé tout à plat - dont il a dû d'ailleurs piquer des éléments du décor... "Whatever works", enfin tout de même, faut pas nous prendre complètement pour des buses parce qu'il y a trois fois plus de dialogues que dans un film américain moyen... Heureusement, en effet, que You Will Meet a Tall Dark Stranger - le prochain opus du Woody - va sortir bientôt et nous fera oublier rapidement jusqu'au titre de celui-ci.  (Shang 30/10/09)

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05 octobre 2009

Escrocs mais Pas trop (Small Time Crooks) de Woody Allen - 2000

Sans_titrePas grand-chose à raconter sur cette petite farce mignonette du gars Woody, qui passe le temps agréablement mais n'atteint jamais à plus que ça. Pour cette fois, Allen explore le monde des classes défavorisées, et endosse le rôle d'un crétin gentil, véritable looser rigolo embarquant avec lui une bande de bras cassés pour un braquage improbable. La première demi-heure est la meilleure, qui montre les laborieuses entourloupes de ces cousins du Pigeon de Monicelli creuser des tunnels ou se comparer à Bogart : c'est enlevé, les répliques marrantes fusent, les situations sont burlesques comme il faut, et les personnages, même hyper-caricaturaux, sont attachants. Woody semble revenir à ses premières amours pour le gag premier degré, et sait encore les utiliser avec un sens du rythme impeccable. Dans cette partie, il y a aussi de savoureux dialogues de couple avec Tracey Ullman, qui n'est pas en reste pour envoyer la réplique à un Woody en sur-régime. C'est toujours agréable de voir une actrice qui n'hésite pas à se placer à sa hauteur, et Ullman, à la suite de Keaton, remporte le morceau (lui : "Qu'est-ce que tu dirais si je te disais que tu avais épousé un génie ?"; elle : "Je dirais que je suis probablement bigame").

small_time_crooks_2000_1Ensuite, le film s'effiloche un peu, peut-être parce que le scénario bifurque trop brusquement, mais peut-être aussi parce que Woody semble un peu condescendant avec cette classe défavorisée qu'il filme. Certes, le film garde toute sa tendresse aux personnages, montrant un monde raffiné et cultivé de façon très amère, exposant avec fiel toute la vanité des riches, en opposition avec ses petits personnages peut-être incultes mais hauts en couleurs. Mais tout de même la charge est lourde pour se gausser de ces petites gens : on songe souvent au Molière du Bourgeois Gentilhomme, Woody ayant la même tendance à alourdir le trait de la crétinerie pour mieux nous montrer qu'il est du "bon" côté du manche (entendez ceux qui ont le savoir). Dans sa volonté maladroite de s'instruire, Frenchy apparaît comme une gourdasse vaniteuse : c'est très drôle, on est d'accord, mais aussi un poil hautain, même si, encore une fois, les bourgeois en prennent aussi pour leur grade. Il n'empêche que le film ménage quelques bons moments de bêtise, notamment avec ce personnage small_time_crooksde cruchasse au QI d'huitre à qui on conseille de ne parler que météo pour ne pas dévoiler sa crétinerie. C'est joyeux et innocent, joliment filmé dans des plans-séquences bien construits, joué avec visiblement beaucoup de plaisir, et ça ne va pas plus loin qu'un divertissement raffiné de samedi soir. Déjà ça de pris pour un lundi.

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30 septembre 2009

Comédie Erotique d'une Nuit d'été (A Midsummer Night's Sex Comedy) de Woody Allen - 1982

vlcsnap_2009_09_30_21h53m45s176Le titre laisse augurer un film 100% Woody, qui mèlerait Tchekhov, Shakespeare et Bergman ; eh bien c'est ça, mais malheureusement c'est aussi un film du coup un peu privé de fil conducteur, qui nous fait passer agréablement par plein de styles différents sans vraiment parvenir à trouver le sien propre. Tout est charmant pourtant là-dedans, depuis la photo désuette jusqu'aux acteurs, depuis les petits dialogues fins jusqu'à la romantique musique de Mendelssohn. Woody trouble subtilement sa comédie de drame bourgeois, ou peut-être est-ce l'inverse, et réussit à nous entraîner dans sa petite musique nostalgique avec beaucoup de bonheur. On est toujours emballé par sa science du dialogue, sachant aussi bien amener de longues scènes intimes et très mélancoliques et des séquences enlevées pleines de gags. Quant à la mise en scène, elle est très élégante : beaucoup aimé ces deux ou trois plans larges très éloignés des personnages, où on suit des dialogues comme si on était tout près d'eux. Cet effet étrange nous fait ressentir avec précision la somme de minuscules sentiments intimes au milieu de la belle nature, et c'est réussi.

vlcsnap_2009_09_30_21h54m36s173Oui, parce que cette fois (la seule fois de sa carrière, malgré quelques tentatives), Woody filme la campagne. Et le plus drôle est qu'il la filme avec le même nombre de clichés assumés que Manhattan : hilarante petite parenthèse qui ouvre véritablement l'histoire, à un quart du film, sur des animaux totalement fantasmés que Woody monte sur la musique énergique de Mendelssohn : petite biche bondissante, chouette, lapins, c'est un festival d'a-priori champêtres. Mais il faut reconnaître aussi que le gars sait éclairer la nature, toute la fin dans la nuit montrant une forêt magnifiquement lumineuse, presque ensorcelée, pleine de mystères, de fantômes et de satyres courant dans les bois. C'est le décor idéal pour filmer son vaudeville Belle Epoque, où chacun poursuit la chacune du voisin entre les arbres. Woody arrive à toucher à un fantastique enfantin proche du conte, si bien qu'on a presque l'impression, s'il n'y avait de fréquentes récurrences sexuelles dans les situations, d'assister à un film jeune public. Woody campe d'ailleurs un inventeur fantasque avec une candeur touchante, explorant une veine de sentiments qu'on ne lui connaissait pas : ce n'est plus lui le mysanthrope du groupe, et il préfère prendre en charge la partie naïve de la chose, dans laquelle il excelle également.

vlcsnap_2009_09_30_21h54m49s49Mais malgré toutes ces qualités, qui font que A Midsummer Night's Sex Comedy se suit quand même avec beaucoup de plaisir, on reste un peu dans le doute au bout du compte : on ne sait pas trop ce qu'on vient de nous raconter, une comédie de boulevard rafraîchissante ou un drame nostalgique sur la perte des amours. Le cul entre deux chaises, ce tout petit film n'est qu'une parenthèse dans la carrière de Woody, et c'est dommage car il y avait de quoi livrer une chose belle et profonde. On se lasse assez vite du ballet des amants, d'autant que les personnages manquent un peu de relief, sont traités un peu d'un bloc. Mise à part la fondante Mary Steenburgen, dans le rôle complexe de la femme ordinaire en quête d'émotions, les autres se contentent de symboliser les archétypes du genre, homme à femmes, vieux beau, femme fatale ou écervelée craquante. Même Mia Farrow est un chouille en retrait dans ce rôle où on ne lui demande que d'être belle. Oubliable donc, mais presque volontairement puisque manquant clairement d'ambition.

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05 juin 2009

Manhattan (1979) de Woody Allen

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Je considérerai toujours Manhattan parmi les plus grandes réussites du père Woody. Ce film est un pur enchantement au niveau de la mise en scène de New-York, de la musique somptueuse, de l'image noir et blanc à la fois velouté et jouant, sur le noir, avec merveille, du gars Woody qui sort une craque toutes les trente secondes au milieu de ces trois femmes fabuleuses - Meryl Streep qui ne joue pas encore trop à l'actrice est d'une beauté frauduleuse, Mariel Hemingway titille déjà de sa jeunesse le maître dans sa quarantaine, Diane Keaton en adversaire de choc en terme de discussion culturelle ou psychanalytique. C'est une féerie qu'il est bon de revoir le plus souvent possible.

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Plus Woody semble désarçonné - son ex-femme qui l'a quitté pour une autre femme... et qui écrit un livre sur sa relation passée avec notre hurluberlu; Mariel Hemingway, tout juste 17 ans - ce qui est mal (...); Keaton qu'il déteste au premier abord par ses avis tranchés sur tout ce qu'elle évoque et par laquelle il va se sentir inexorablement attiré -, plus il tente de sauver la face avec ses éternelles piques humoristiques qui parfois viennent de nulle part ("Ses amis semblent sortir d'un film de Fellini"; "Si elle avait continué à critiquer Bergman, je lui aurais brisé ses verres de contact"; "Un moustique m'a pris tout le sang de la jambe gauche..."- c'est un véritable festival qui provoque un rictus toutes les minutes : il signe bien là en effet l'une de ses partitions les plus inspirées notamment au niveau des dialogues. Balloté constamment entre ces trois - types de - femmes, il tarde à voir la vérité en face et sa course finale dans les rues New-Yorkaises est à couper le souffle. Entre-temps, il y aura ces fameuses séquences qui gardent encore et toujours une poésie indémodable : celle, à l'aube, dans un léger brouillard, au pied du pont de Manhattan, celle, encore, dans le Planétarium où chaque plan est une magnifique idée de mise en scène, chaque décor cosmique servant miraculeusement de toile de fond à cet amour qui s'éveille, ou celle, encore, où, allongé, se psychanalysant tout seul il fait une sorte de bilan des raisons pour lesquelles la vie vaut d'être vécue. Il y a une richesse terrible dans ces mots qui fusent mais également de nombreuses petits trouvailles - dont l'on retrouvera plus tard dans son oeuvre des variations - comme ce plan fixe sur le couloir de son appart où il ne cesse d'aller et venir entre les différentes pièces, laissant la plupart du temps le champ désert alors que les mots continuent d'affluer à un rythme incroyable...

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Bref, en un mot comme en cent, Manhattan n'est vraiment que du bonheur - 30 ans déjà et pas une ride quelle qu'elle soit...

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03 juin 2009

Harry dans Tous ses Etats (Deconstructing Harry) de Woody Allen - 1997

deconstructing_harryDès le générique de début, on est surpris par ce Deconstructing Harry : on n'a pas droit aux lettres blanches sur fond noir habituelles, mais à un plan hyper-découpé, qui revient 5 ou 6 fois, sans signification. Tout de suite après, cut, et on se retrouve dans un pique-nique buccolique qui se transforme en partie de jambes en l'air dans la cuisine, puis, cut, une scène de scène de ménage, puis, cut, un flash-back... L'Allenophile acharné a du mal à y retrouver ses petits : Woody change clairement de mise en scène, dans un séisme stylistique assez proche de ce que furent Stardust Memories ou Husbands and Wives en leurs temps. Et puis, doucement, par minuscules touches, on se surprend à rentrer avec facilité dans cette nouvelle musique, et on se rend compte que la métamorphose n'est pas si radicale que ça. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, ce Woody est une pure merveille d'introspection, qui mèle en un seul mouvement les hantises les plus profondes du compère avec ses vannes, sa veine comique avec son goût pour le mélodrame.

deconstructingharry1Il s'agit de dresser le portrait d'un homme, Harry Block, écrivain nombriliste et assez odieux, obsédé sexuel, juif refoulé, égoïste indécrottable. Pour ce faire, Woody choisit une construction hyper-complexe, en forme de puzzle presque warholien. Les angles d'attaque sont innombrables : scènes dans le présent, flashs-back, insertions de fiction dans la vie de Harry, fantasmes, cauchemars, avis des autres personnages, extraits de ses livres... Tout est bon pour attaquer le personnage, le polir, et dessiner en prenant tout son temps ce caractère névrotique et associal. La mise en abîme est déjà vertigineuse quand on se rend compte que la création fictionnelle de Harry le décrit bien mieux que sa vie concrète, et quand ses personnages de papier se mettent à pénétrer dans son quotidien ; mais elle le devient encore plus quand on se rend compte qu'avec ce film, Woody réalise son autoportrait le plus amer, celui d'un homme qui ne vit plus que par l'art, dont la vie sociale et affective est 011943423jw0définitivement médiocre. Il y a une grande honnêteté dans ces scènes qui ne lui épargnent rien, notamment sur ses frasques sexuelles obsessionnelles (il fait une fixation sur les pipes qui finit par étonner), sujet courageux quand on connaît la biographie de Woody sur ce chapitre. Même s'il s'en tire souvent par l'humour, même si au final Harry est un personnage attachant et pardonnable, l'auto-critique est sévère, et dépressive.

La construction vertigineuse du scénario va de pair avec la mise en scène : ce système de plans morcelés qui rayent plusieurs séquences dans leur déroulement, qui donne l'impression d'un disque qui saute ou d'un film abîmé, est magnifiquement trouvé. Il coupe les répliques, et se permet même d'annuler les fameux bégaiements de Woody (qui sont encore très nombreux, rassurons-nous) ; il permet surtout d'augmenter cet aspect puzzle, cette violence dans la frontalité du deconstructing_harryportrait, et charge le film d'une urgence superbe. D'autres scènes sont plus classiquement alleniennes, dans ces vastes travellings élégants qui longent les décors d'intérieur, dans ces plans-séquence qui laissent toute leur place aux acteurs (distribution impressionnante d'ailleurs, avec toujours l'immense Judy Davis dans une scène d'anthologie), dans ce montage au taquet qui amène une vie magique dans les "petites" scènes quotidiennes (le voyage en voiture avec un môme, un cardiaque et une pute). Et puis il y ces grandes idées que sont l'homme flou (Robin Williams, qu'on ne voit jamais net, il fallait se le permettre), la Mort qui vient chercher le mauvais mec, la visite en enfer, ou le final fellinien dans lequel Harry rencontre tous ses personnages de fiction en chair et en os. Derrière la façade de comédie, Deconstructing Harry est bouleversant, non seulement parce qu'il est d'une intelligence de forme et d'écriture que Woody a rarement atteinte, mais aussi parce qu'on y voit un artiste face à lui-même, et finissant par accepter tristement ses faiblesses. Le dernier vrai grand Woody ?

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03 mai 2009

Annie Hall de Woody Allen - 1977

annie8Annie Hall fait partie de la poignée de films de Woody où on est tout à fait prêt à utiliser le mot de chef-d'oeuvre, pourtant traité avec mépris par le gusse lui-même. Franchement, où trouver un tel charme parmi les comédies américaines, toutes époques confondues ? Woody est en plein dans la tradition du genre, celle des Cukor et des Capra, mais il ancre profondément son film dans le monde actuel et confère à son couple une aura légendaire : Annie-Alvy, c'est THE couple des années 70, comme le furent Hepburn/Tracy à leur époque.

Le film est glamour comme c'est pas permis, romantique et hilarant (j'étais très honnêtement plié en deux pendant 1h30, il y a une vanne excellente toutes les 10 secondes), mélancolique et profondément touchant. On dirait que Woody a trouvé la "note bleue", ce charme indicible qui fait la marque des grands films. D'abord parce que son duo avec Keaton fonctionne AnnieHoofdmagiquement. C'est certes lui qui s'octroie toutes les vannes (au point que quand son partenaire Tony Roberts en lâche une, c'est un évènement), mais Keaton ne lui laisse absolument pas accaparer la vedette : même si elle n'a aucune "one-line joke", elle utilise sa dégaine et sa frimousse avec un humour constant, elle est éclatante de drôlerie. La scène où elle s'enfonce dans sa maladresse toute troublée par le Woody est un sommet dans l'art allenien, en ce qu'elle montre un Woody fasciné qui s'efface devant plus fort que lui : une actrice immensément photogénique, qui lui oppose fermement un jeu hilarant par la seule puissance de sa diction et de ses postures au taquet.

C'est aussi un film marquant en ce qu'il fait enfin entrer Woody dans la cour des grands metteurs en scène : il y avait quelques promesses dans Love and Death ou dans Sleeper, mais là, c'est une métamorphose. Le film déborde d'idées audacieuses tra0646544775575288itées avec une belle simplicité : les discours face caméra inscrits au sein même d'une scène, le split-screen pour montrer en parallèle un couple qui ne se comprend plus, des sous-titres qui montrent le sous-texte d'un dialogue en train de se jouer, des flashs-backs insérés dans le présent (idée bergmanienne que Woody utilisera souvent), c'est un festival de trouvailles. Ma préférée reste cette séquence dans l'école, où Alvy demande à ses camarades de classe ce qu'ils sont devenus : ce sont les enfants eux-mêmes qui répondent, j'ai failli m'étrangler avec mes Monster Munch (la fillette boutonneuse à lunettes qui dit "je suis devenue très cuir"). Le film est d'une magnifique légèreté ; même dans les scènes plus classiquement montées, il y a un dynamisme et une joie qui font merveille, qui mènent le tout dans une parfaite cohésion, en ligne droite malgré les sinuosités de la construction.

annie_hall12Et puis surtout il y a ce mystère allenien, qui fait que brusquement, au détour d'un gros gag ou d'une réplique imparable, l'émotion surgit, une mélancolie qui serre la gorge. Mine de rien, Annie Hall est une très belle autopsie d'un couple et de ce que la vie fait pour séparer les gens qui s'aiment. Les dernières scènes, plus sérieuses et tristes, vous rongent le coeur : elles sont universelles, chacun reconnaîtra cette douceur nostalgique, cette tristesse profonde qui est le lot de quiconque a aimé. C'est fait avec la politesse des rois, sans bruit, dans une intelligence constante. Une merveille.

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09 avril 2009

Melinda et Melinda (Melinda and Melinda) de Woody Allen - 2004

MelindaMelinda1Triste date dans la carrière allenienne : Melinda and Melinda est définitivement son plus mauvais film à ce jour. Pratiquement rien à sauver dans ce naufrage inquiétant, ni les acteurs ni le scénario, ni même la mise en scène, même si cette dernière est grosso-modo la même que d'habitude.

Niveau acteurs, donc, on est effaré : où est passée la jolie direction de Woody dans ces comédiens grimaçants, gênés, qui n'arrivent pas à rendre crédibles leurs personnages. Will Ferrell en fait des tonnes et se croit dans un film de Japatow ; Sevigny est toute effacée, retenue, transparente ; quant à l'héroïne, Radha Mitchell (qui, Dieu merci, n'a pas fait grand-chose depuis), elle est tout bonnement nulle, surtout dans la partie dramatique du film, où elle minaude en se prenant pour Gena Rowlands. C'est un échec total, et l'interprétation sombre dans le ridicule achevé.

18867714Les acteurs sont d'ailleurs peu aidés par un scénario strictement sans intérêt : 15 ans après Crimes and Misdemeanors, Woody s'interroge à nouveau sur les frontières entre comédie et tragédie. Mais là où le premier film mêlait avec brio les deux inspirations, celui-ci est une succession de scènes autonomes qui ne font jamais un film. Le compère a beau construire un jeu de correspondances entre ses deux parties (des décors communs, des petits détails de personnages, des coiffures, etc.), ça ne suffit pas à donner un quelconque sens à cette réflexion bêta ("après tout, rire de la vie ou en pleurer, on fait comme on veut", nous dit la dernière scène, et on soupire, tout ça pour ça). Plutôt que de s'embêter à écrire une véritable histoire qui serait en même temps drôle et tragique, comme il l'a réussi à maintes reprises, Woody réalise deux films et les entremèle : les deux sont ratés. La partie tragique est souvent si mal tenue qu'elle en devient presque drôle (qui croira à ce destin bergmanien de Melinda, endossé par une blondinette aussi épaisse qu'un pigeon malade ?) ; la partie comique est si poussive qu'elle en devient pénible. Du coup, les célèbres petites réparties alleniennes résonnent dans un silence glacial, même les réussies ("Comment tu veux que je quitte ma femme ? J'ai même pas viré mon podologue qui m'a opéré le mauvais pied").

00857384_photo_melinda_et_melindaWoody tente de compenser en nous servant du romantisme glamour réchauffé, à grands coups de petits bristrots français, de dîners aux chandelle et de musique doucereuse. Mais ça ne suffit pas, et ça reste au niveau du marivaudage sophistiqué, et ces aventures d'alcôve infinie semblent arrachés des pages "courrier du coeur" de Marie-Claire. Woody démissionne complètement de ce film anonyme et ennuyeux. Il lui fallait peut-être ça pour se relancer aussi bien l'année suivante (Match Point).

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26 février 2009

Anything Else de Woody Allen - 2003

anything_else_bd_4Emouvant petit film, qui ne figure certainement pas dans les grandes réussites de Woody, mais qui possède un charme délicieux. On se coule dans cette élégance et dans ce romantisme touchant avec plaisir, on regarde des acteurs attachants se donner la réplique, on constate que le jeu de Woody est toujours aussi précieux, et on se laisse aller sans trop de questions.

Même si ce n'est qu'à moitié réussi (une histoire un peu floue, une sensation de déjà-vu, quelques scènes assez inutiles, des longueurs...), Anything Else possède quand même quelques particularités qu'on n'attendait pas chez Woody, et qui remportent le morceau. L'aspect le plus attachant, c'est la thématique du passage de relais que le scénario traite avec beaucoup de tendresse : on assiste aux relations entre un jeune écrivain et un vieux de la vieille qui lui donne des conseils, qui tente de le guider dans la vie. Au-delà de la trame, on se rend vite compte que Woody joue son propre rôle, et qu'il va anything_elses'évertuer au cours du film à transmettre ses idées au jeune acteur qu'est Jason Biggs. Transmission non seulement de son humour (quelques vannes allenissimes) et de sa philosophie, mais aussi des hantises qui ont toujours accompagné son personnage (qui virent ici à une paranoïa aigue). C'est magnifique de regarder cet héritage se faire en direct, et Biggs est superbe quand on le voit, petit à petit, adopter le tics gestuels de son mentor (cette façon de rester face caméra alors qu'un autre personnage lui parle, et de traduire ses sentiments par des gags physiques joués uniquement pour le spectateur). Conscient d'être en fin de carrière peut-être, Woody semble signer avec ce film un testament, mais un testament qu'il laisse dans la sérénité, qu'il transmet à la jeune génération d'acteurs.

Sans_titreLe personnage interprété par Woody est beaucoup plus tourmenté que dans la plupart de ses autres films. Ses névroses, ici poussées à l'excès, débouchent sur une vision de la vie nihiliste qu'on n'attendait pas chez lui. Ses habituelles vannes sur son judaïsme virent ici à une série de sorties de moins en moins drôles, de plus en plus inquiétantes : Dobel est obnubilé par la Shoah, persuadé que les nazis sont encore dans les parages et qu'ils vont recommencer. Il n'y a plus cette façon légère de se moquer des atavismes de sa religion, et le personnage devient étonnamment sombre au fur et à mesure du film. Toujours sur le fil, Woody se construit des dialogues assez renversants, capables de balancer un bon vieux gag sur les Juifs et dans la phrase suivante de redevenir très sérieux. Un ton inhabituel chez le bougre. Même si le film reste d'une belle légèreté, on sent un Woody préoccupé, plein de doutes, et plus tellement enclin à la rigolade.

Pour contrebalancer cette relation troublante (et assez mal gérée d'ailleurs, le couple Biggs/Allen étant peut-être trop improbable pour vraiment fonctionner), il y a la partie comédie romantique, dans laquelle Woody est anything_else_bd_1_posterbien sûr particulièrement à l'aise. Toujours aussi bien photographiée (des couleurs d'une superbe élégance, des décors magnifiques, des costumes fins et inspirés), cette partie repose beaucoup sur le personnage joué par Christina Ricci. Pas vraiment allenienne à priori, elle se sort très bien de ce personnage de bombe sexuelle ("Ses hormones pourraient servir d'arme chimique au Pentagone") hystérique et insupportable, et pour le coup ses scènes avec Biggs sont d'une complicité évidente. Grâce à elle (qu'on peut voir comme une première tentative de Woody pour sexuer ses films, comme une première étape vers Scarlett Johansson), on a droit à une des premières scènes de cul direct dans le cinéma allenien : le gars avoue enfin ses fantasmes et ne se prive pas pour regarder ce corps sous toutes ses coutures.

Pour le reste, c'est très agréable, délicieusement vieillot, drôle et plaisant comme une petite brise. Un Woody sous-estimé en tout cas, qui, malgré ses défauts, reste dans les très bons moments du gars.

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12 janvier 2009

Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen - 2008

vicky_cristina_barcelona_vicky_cristina_barcelona_05_09_2008_2_gAllez, je suis bien luné ce soir : Vicky Cristina Barcelona est un Woody sympatoche, qui n'apportera absolument rien à sa gloire, qui sera chassé par le suivant, mais qui fait ma foi passer 90 minutes rigolotes et bon-enfant. Il faut se faire à l'idée que la carrière du gars est derrière lui, et se contenter désormais de ce cinéma vieillot et doux-amer qui donne parfois de bonnes choses.

Parce qu'il reste quand même des bribes de grande classe dans ce film; à commencer par une photo absolument géniale, qui plante des ambiances glamour en une seconde, qui laisse toute sa place aux paysages de carte postale de cette Espagne fantasmée et regardée par le petit bout de la lorgnette. Fidèle à sa hantise de l'extérieur, Woody ne va pas fouiller bien loin dans Barcelone, se contentant de regarder ce que lui indique son guide touristique, et complétant avec sa vision étriquée d'Américain pure souche : Gaudi, Miro, quelques plans de campagne 2008_vicky_christina_barcelona_005ensoleillée, les vieilles églises et l'amour libre. Ca pourrait souler, mais ce travail sur l'image magnifique compense ce manque de curiosité, et convainc même par son côté "j'assume mes clichés". Dans ce pays de rêve, Woody pose deux Américaines sexy en diable, et laisse s'exprimer les poncifs : le voyage en Espagne des deux donzelles traversera tous les a-priori possibles, depuis le peintre romantique jusqu'à la maîtresse hystérique, depuis la poésie catalane (intraduisible, insiste Woody, ce qui en dit long sur son manque d'ambition) jusqu'aux airs de guitare éternels.

Vicky Cristina Barcelona est un joli auto-portrait de l'artiste en agoraphobe : à travers ces demoiselles en fleurs fascinées par le romantisme espagnol, mais complètement incapables d'assimiler ou de comprendre cette culture, se cache le petit Woody terrorisé par l'altérité, et compensant cette peur par une accumulation de clichés. Il a beau faire le fier avec son discours caustique sur les ambitions avortées et l'inadaptation de ses personnages, on le sent lui-même bien effrayé, voire bien fasciné, par ce monde inconnu qu'est l'Europe. C'est là que le film touche le plus, dans cette reconnaissance de son identité définitivement américaine.

vicky_cristina_1Totalement dépourvu de gags ou de répliques vraiment drôles, le film est pourtant très plaisant dans ses situations. Les acteurs sont tous parfaits dans la subtilité de leurs dialogues, et s'amusent visiblement beaucoup à camper ces archétypes : la Palme revient selon moi à Scarlett Johansson, encore une fois extraordinaire dans ses changements de registres constants. Abominablement sexy, elle sait aussi se faire ridicule, névrosée, emmerdante, faussement provocatrice, et son rôle pourtant peu intéressant y gagne en profondeur. Woody semble projeter sur elle tous ses fantasmes de papy priapique, échangisme, bi-sexualité, émancipation sexuelle. Les scènes de sexe entre elle et Bardem, et surtout entre elle et Cruz (un baiser mal assumé par cette dernière) sont des exemples mal dissimulés de projection de l'auteur sur ses acteurs.

Vicky_Cristina_Barcelona_Movie_Stills_M1mEEuyUVEglBref, on s'amuse bien, c'est frais et enlevé, brillant dans la mise en scène (les nombreux dialogues sont parfaitement filmés) et très agréable. Dommage que Woody charge tout ça d'une symbolique épaisse (l'oiseau dans une cage pour exprimer la frustration d'une femme mariée, mouaif) et de longueurs inutiles. Le génie du gars est loin, il faut bien l'admettre, et nombre de scènes sont un peu poussives et attendues (le pique-nique, les rapports de Vicky avec son mari, l'histoire parallèle du vieux couple qui s'ennuie). Mais allez, je l'ai dit : je suis bien luné, et donc : un Woody dans la moyenne, ce qui est déjà bien, vu que sa moyenne est élevée. (Gols 12/11/08)


Ca tombe bien que l'ami Gols en ait parlé avant moi, car j'avoue être un peu sec devant ce film très plaisant, sexy - mais point trop n'en faut -,  qui revient inlassablement sur les multiples figures amoureuses (l'ex-femme difficile à oublier, le ménage à trois, une ptite pointe de passion, la désillusion, VickyCristinaBarcelonaGl'amant d'un couple embourgeoisé, la tentation, la peur de passer à côté de quelque chose et celle de faire un peu n'importe quoi): c'est un véritable festival qui n'apporte finalement que peu d'eau au moulin. Les images d'Epinal se suivent avec un certain charme ("ils ont visité une vieille église et c'était très beau") mais l'originalité reste un peu en carafe. Le fantasme parfait du vrai New-Yorkais en perpétuelles vacances en Europe (y'a personne qui bosse en fait) où tout correspond parfaitement à l'image qu'il veut s'en faire ou qu'il s'en fait en matant des films (la soirée almodovarienne sur un petit air de guitare espagnole, ou encore les balades julesetjimesque, à trois, en vélo). Woody Allen trouve en ces terres étrangères, comme le personnage joué par la Scarlett, une petit atmosphère de liberté loin du puritanisme américain et on comprend qu'il s'y sente un peu plus à son aise pour nous faire part de ses éternels fantasmes. Bon je me suis personnellement jamais fait tirer dessus par une ex-compagne, mais faut dire qu'elle ne se prénommait jamais Penélope, ça doit jouer. Le film vient de remporter le Golden Globes de la meilleure comédie comme si finalement, aux Etats-Unis, on attendait de lui uniquement ce genre de films, parfaitement calibré avec un petit air canaille. Tant mieux pour lui, et on attend, de toute façon, comme toujours, avec impatience, le prochain opus - Whatever Works - qui le ramène chez lui après cette longue parenthèse européenne dont le summum restera le magnifique Match Point. (Shang 12/01/09)          

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13 décembre 2008

September (1987) de Woody Allen

69dd2eff9b6a421d5ce262b093bdab23September est dans la veine bergmano-intimisto-minimaliste du Woody, et franchement c'est tristoune comme un arbre de Noël sans guirlande. Comme dans le suivant, Une autre Femme, il y a cette peur de l'héroïne, jouée par une Mia habillée comme une "réfugiée polonaise", de passer à côté de sa vie. Faut dire qu'entre une mère forte en gueule qui l'a entrainée dans un secret de famille lourd comme un boulet et le jeune homme qu'elle a rencontré qui n'a d'yeux que pour sa meilleure amie (excellente Dianne Wiest), il y a de quoi se tirer une balle... Elle a d'ailleurs déjà essayé les somnifères, sans trop y croire. Un unique décor meublé en bois suédois, une photographie orangissime de Carlo Di Palma éclairée, semble-t-il, par l'affiche de Folon, des plan-séquences de toute beauté, mais franchement, on en ressort avec un bourdon terrible. On aurait presque envie de faire le chemin inverse de La Rose pourpre pour secouer tous ces personnages qui tirent des tronchent d'enterrement. On comprend bien que la situation est po simple : le vieux Howard en pince pour la jeune Mia qui veut vivre avec le gars Peter qui flirte avec la Dianne qui est déjà mariée - et avec en bruit de fond, la mère de Mia qui vocifère des anecdotes dont presque tout le monde se fout - bon, au moins la vieille a la patate, mais elle parle fort quand même. Ah ben oui, la vie est mal faite, ah ben on est toujours attiré par ce que l'on ne peut pas avoir, ah ben en plus on se fait trahir chez soi, juste son nez (le baiser entre Peter et la Dianne dans la remise terrasse la Mia). Certes la vie est parfois triste comme une noisette vide mais l'atmosphère générale est tellement plombante (même les plombs finissent par sauter d'ailleurs) qu'on finit par pousser de gros soupirs en attendant que le Woody retrouve la photo_septemberpatate ou la bananas. C'est formellement nickel, faut l'avouer - par peur de s'endormir, on finirait presque par réfléchir au positionnement de la caméra à chaque plan (et c'est évidemment somptueux) - mais loin d'être un Septembre rose... Même d'ailleurs quand cela finit par exploser, on continue à serrer des fesses, tout tendu qu'on est par cette ambiance mortifère... Bon, il doit me rester un fond de whisky.

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