Je dois tuer (Suddenly) (1954) de Lewis Allen
" - I know you don't want the boy to see war pictures, but it seems...
- Teaching children the art of death and destrcution, the cruelties, the tortures...
- He's gotta know that these things exist and then he can fight against them when it's his turn. You can't wrap the boy in cellophane."
Il peut paraître on ne peut plus ironique voire paradoxal que le film censé mettre en garde nos amis ricains contre une "menace" qui planerait (ah ces fumiers de cocos...) sur leur président (donc sur leur vie...) - d'où le fait d'être constamment sur le qui vive et d'apprendre dès le plus jeune âge à se défendre - ait fini apparemment par inspirer... Lee Harvey Oswald (c'est en tout cas ce que dit la légende...). Aucun homme n'a alors encore réussi à descendre un président américain et Frank Sinatra, dont les états de service à la guerre demeurent troubles, a mitonné cet assassinat pour être le tout premier... Ambiance forcément tendue dans cet appart (qui a une vue imprenable sur la gare de la petite ville de Suddenly - l'étrange nom de cette bourgade jusque là bien paisible - où doit descendre le président en tournée) dans lequel se retrouvent pris en otage, par trois hommes, une jeune veuve (de guerre) pacifiste (Nancy Gates), son gamin, son beau-père (ancien membre des services secrets), le shérif de la ville (Sterling Hayden, toujours aussi couillu) qui lorgne en vain sur la Nancy et... un réparateur télé. Sinatra n'est pas le genre de mec à rigoler mettant tous les spectateurs de son côté en brutalisant au besoin la femme, en giflant le gosse qui n'a po la langue dans sa poche ou en tirant froidement sur le premier gars qui veut jouer au héros - un maigre sacrifice que celui de sa vie quand celle du président est en jeu, mais ouais. Lewis Allen ne fait pas forcément dans la finesse au niveau du fond (le gamin intrépide qui troque son pistolet-jouet contre un vrai trouvé dans l'armoire familiale), c'est clair, mais trame un polar efficace.
Sterling Hayden est un dur qui se fait massacrer le bras par une balle dès le départ mais qui a à peine un rictus de douleur quand Sinatra se plaît à étirer le membre pour le remettre "en place" (spéciale dédicace en forme de private joke à l'ami William...) ; Sterling Hayden est aussi un grand adepte de la psychologie de base décidant de faire constamment parler l'ami Sinatra, plutôt disert, pour tenter de troubler son attention. Tous nos petits otages (sauf la femme parce que ce n'est qu'une femme, hein... Mais non, allons... Même elle finira par tenir son rang de femme... fatale) mettront la main à la pâte pour tenter d'interrompre cette ignoble complot (que représente sa vie quand celle du président est en jeu...): il faut voir notamment le grand-père mettre en place un subtil stratagème avec le réparateur télé... Sinatra apparaît rapidement comme un lion dans une cage - les yeux exorbité, la bouche tordue (à croire qu'il a passé sa vie à cotoyer les gens de la mafia (...)) - prêt à tout pour faire parler la poudre et devenir "quelqu'un". On aura droit à notre lot de fusillade au bout de ces soixante-dix minutes joliment calibrées... A montrer le plus tôt possible à vos gamins si vous voulez qu'ils deviennent flics... Sinon, vous pouvez vous rabattre sur Bambi si jamais vous souhaitez qu'ils nourrissent une haine éternelle contre les chasseurs, c'est selon...
Echec au Hold-up (Appointment with Danger) (1951) de Lewis Allen
Alan Ladd est un pur et dur (misanthrope, sans coeur mais reconnu pour son efficacité), inspecteur chez les P.T.T. (Si, ça existe). A la suite du meurtre de l'un de ses collègues sur lequel il enquête, il va parvenir à infiltrer un gang, bande de saloupiots, qui projette de dérober la thune de la Poste... ("- J'ai trois millions en timbres, je fais quoi pour les dépenser ? - Ben achètes des enveloppes déjà..." - Shang dit la poilade).Voilou pour le pitch.
Notre gars Alan, d'une efficacité redoutable quand il s'agit de remonter une piste, va croiser la route - on commence par le casting féminin, comme de bien entendu - d'une Religieuse, témoin du meurtre initial (Phyllis Calvert - c'est elle la femme fatale du bazar, ohoh ? On se calme les enfants, on n'est pas chez Almodovar) - et d'une blondasse qui traînasse avec le gang. Il va faire ami-ami avec celle-ci (c'est tout, ouarfff) et ami-ami plus plus avec celle-là sans avoir vraiment le temps de la pécho - même po un baiser, ça se joue à deux centimètres et demi mais nan... Inspecteur chez les facteurs, c'est pas forcément olé-olé qu'est-ce que vous croyez. Au rayon des hommes, on retrouve de bonnes tronchasses de malfrats réunis autour de Paul Stewart, en particulier le gars Harry Morgan avec des cernes ça comme et surtout l'excellent Jack Webb qui va se prendre en passant quelques jolis pains dans la face. Lewis Allen n'est pas rat en ce qui concerne la variété des endroits visités - les classiques : la salle de billard enfumée, les alentours des lignes de chemins de fer, un complexe industriel pour l'incontournable final lors duquel le suspense bat son plein avec notre gars Alan Ladd qui se retrouve dans de sales draps (ne lisez surtout pas le titre français pour ne pas... ah flûte, trop tard...) ou les plus inattendus : un couvent, donc, ou une salle de squash dans laquelle nos hommes frappent la balle à main nue ou, accessoirement, la tête de leur camarade de jeu...
Bon, vous ne me voyez peut-être pas ultra ultra emballé par la chose même si le récit demeure assez bien mené. On se demande un peu comment Alan Ladd, qui n'est pas du genre à mégoter sur les détails, parvient à se retrouver sur la fin autant dans la panade (les flics connaissent quasiment tous les détails de l'opération planifiée par le gang mais se montrent particulièrement inefficace au moment crucial - bah, cela ajoute une pincée de piment, c'est certes de bonne guerre) ; l'intérêt principal de cette œuvre d'Allen semble être l'évolution du gars Alan, type ultra froid, qui, sous l'influence notamment de la Sœur Augustine, qui a piqué son prénom à ma grand-mère, va progressivement "s'humaniser" - mais ouais, Alan, tu vas finir un jour par être "qualifié pour faire partie de la race humaine" ; est-ce vraiment une bonne nouvelle en soi, cela est un autre problème... Le film noir préféré des nonnes et des facteurs, ce n'est tout de même par rien.
La Furie du Désert (Desert Fury) (1947) de Lewis Allen
Entre les années 40 et 60, rares sont les films noirs en couleur, quand on y songe, et vous me pouvez me croire sur parole, j'en ai vu un bon paquet. "Oui, et alors ? ", pourrait être tenté de laisser échapper le néophyte un poil dédaigneux. Ben voilà, c'est comme ça mon vieux, mais cela est d'autant plus remarquable que la photo signée des gaziers Edward Cronjager et Charles Lang est absolument fabuleuse - et cela pas seulement parce que le regard bleu laser de la magnifique Lizabeth Scott ferait passer celui de Superman en pleine action pour les néons d'un bar louche. Nos deux techniciens parviennent à apporter une somptueuse petite touche de glamour à chacun des personnages (outre Lizabeth, citons Mary Astor, Burt Lancaster et le ténébreux John Hodiak) qui paraissent dix fois plus colorés qu'une mire, à nous faire ressentir toute la torpeur de ce désert qui transpire à travers chaque image chaudement éclairée, tout en teintant les recoins d'icelle d'une étrange ombre menaçante. La musique tonitruante de Miklos Rosza permet, qui plus est, de donner à cette intrigue des allures d'orages sur le point d'éclater : les personnages étant d'entrée de jeu parfaitement campés (la chtite blonde au caractère bien trempé, son chtit copain de jeunesse un peu tendre, sa mère fatiguée de son côté rebelle et ce séducteur au passé sombre qui pourrait bien semer le trouble), on s'installe immédiatement confortablement dans son fauteuil, savourant à la fois cette image qui pète de mille feux et cette atmosphère lourde... de promesses. Dommage, eh oui, dommage, que le scénario soit autant cousu de fil blanc, et qu'on soit capable de deviner les cinq dernières minutes au bout des cinq premières - heureusement tout de même que les dialogues sont, eux, suffisamment tortins pour parvenir à nous surprendre tout du long.
Aucun doute, à faire connaissance avec ces personnages taillés dans un roc, bruts de décoffrage, que leur confrontation devrait produire des étincelles : John Hodiak, un regard de braise, une petite moustache vicieuse et un passé avec les femmes plus ou moins trouble (une aventure avec Mary Astor, la mère de Lizabeth Scott herself et une épouse morte dans des circonstances po très claires), Mary Astor, femme à poigne, directrice de casino, qui veut tout faire pour que sa fille ne connaisse point les mêmes désillusions qu'elle dans sa jeunesse, Lizabeth Scott, belle comme un diamant et prête à croquer la vie à pleines dents, Burt Lancaster, ancienne star de rodéo qui a endossé depuis l'uniforme de flic - plus plan-plan que les autres personnages, il faut aussi reconnaître que sa coupe de cheveux lui fait un sacré tort. Si Lizabeth se rangeait avec le Burt, on sent bien que cela arrangerait les affaires de tout le monde ; seulement, forcément, celle-ci va se faire un plaisir de tomber amoureuse du fougueux John ; amour de pur-sang qui sent la poudre, d'autant qu'outre Mary et Burt, le vieux pote de John (Wendell Corey) voit d'un sale œil cette amourette... Lizabeth cherche-t-elle uniquement à montrer à son entourage qu'elle n'est plus une gamine et n'a que faire des conseils et autres mise en garde, ou est-elle réellement amoureuse de cet homme apparemment peu scrupuleux ? Toujours est-il que son petit jeu avec cet homme, est, dans ces circonstances (les antagonismes sont légion), on ne peut plus dangereux...
Des baisers se donnent, de relations se nouent, des alliances tentent de se monter avant de s'écrouler comme des châteaux de cartes, la tension monte dangereusement en cette bordure de désert ; Burt Lancaster a beau constamment veiller sur le petit réseau routier du coin, chaque fois qu'une personne prend sa voiture, on craint la sortie de route... N'ayant point assisté depuis le début du film à un quelconque meurtre, on s'attend au pire... (pétard, cette oeuvre est quand même considérée comme un film noir - en couleur, ok, dans un bled paumé et dans un décor de western, pourquoi pas, mais il va bien falloir à un moment que cela saigne... ou que le destin frappe subitement l'un des personnages principaux en nous clouant le bec, nan ?)... Mouais, mouais, on sent que les gars A.I Bezzerides et Robert Rossen n'ont pas totalement lâché les chevaux au niveau du scénario, ce film de genre bouillant finissant de façon bien tiédasse (un peu comme une bière frappée oubliée pendant quatre-vingt-dix minutes sur la plage arrière de la bagnole). Petite déception au final, malgré les quelques belles envolées de ce petit vent de furie technicolorisé...





















