Piranha 3D d'Alexandre Aja - 2010
A priori, un film auquel on ne peut rien reprocher au niveau de la vraisemblance. Dans un esprit proche des documentaires à la Rosselini, Aja nous narre une histoire qu'on soupçonne être vraie : une faille préhistorique se rouvre sous l'eau, libérant des piranhas monstrueux qui vont décimer une horde d'ados qui font la fête au bord d'un lac. Mais une policière, aidée de son fils engagé par un réalisateur porno, va mettre fin aux agissements condamnables de cette faune, non sans qu'on en soit passé auparavant par de nombreux étripages, corps coupés en deux et autres énucléations opérés par les poissons. On y croit, et la précision très fine du jeu des comédiens, associée au souci de véracité scientifique (on compare ces piranhas avec une roche préhistorique, comme quoi) et à la fulgurance des dialogues ("diiiiiie, you f***ing fishes", suggère avec talent Ving Rhames en renouvelant la recette de la bouillabaisse à l'aide d'une hélice de bateau) font de ce film un intéressant succédané aux oeuvres d'un Depardon, par exemple. On y croit, et on est étonné par l'intelligence et la profondeur des personnages : Jerry O'Connell, par exemple, dans une splendide création de personnage à la Al Pacino, a en charge une très belle dernière phrase avant de mourir ("Wet tee-shirt, wet tee-shirt"), qui prolonge merveilleusement son rôle de pornocrate et lui donne une tendresse inattendue. Les figurantes, également, donnent l'exemple non seulement de tours de poitrines qu'on imagine dopés par la 3D (j'ai malheureusement vu le film en 2D, ce qui m'a empêché d'apprécier à sa juste valeur cette plastique, tout comme la subtile idée de la bite qui flotte avant d'être avalée puis recrachée par un piranha, ou le poétique plan de la fille qui vomit sur la caméra), mais également d'un éventail de cris porcins qui collent bien avec la situation (être démembrée par des poissons).
On peut certes reprocher à Aja un certain manichéisme : les personnages des piranhas, par exemple, sont traités un peu d'un bloc, et ont peu de place pour exprimer la tendresse ou même une nuance dans leur voracité. On peut regretter aussi que Aja se montre aussi peu disert sur les fesses et poitrines de son casting féminin : à part les 96 scènes consacrées uniquement aux filles à poil, on a peu l'occasion, dans les 6 minutes restantes, de contempler du cul. Dommage, car ses actrices ont bien du talent pour s'exprimer avec leur anatomie ; de même que la partie masculine, à laquelle le scénario confie la partie bière et éructations, met en valeur la critique sociale d'un film qui cache derrière des airs de crétinerie arriérée un fulgurant discours sur la différence des sexes (surtout concernant leur longueur). On est également en droit d'y voir un portrait sensible de la communauté face au danger : quand des poissons attaquent (ce qui, vous le reconnaîtrez, peut arriver), comment se comporte l'Homme, entre la fuite en bateau au milieu des nageurs (et les fatales morts brutales qui en résultent) et les filles qui s'en déshabillent de peur (réaction peu banale mais qui, vous le reconnaîtrez, peut arriver) ? Ah oui : on aperçoit aussi Richard Dreyfuss. Reste à espérer que la suite de ce film développera un peu plus une piste intéressante mais pas assez creusée dans cet opus-là : les piranhas vont-ils grandir encore ? et peut-on réellement creuser une faille préhistorique avec une cannette de bière ?
Mirrors d'Alexandre Aja - 2008
Non, non, non, on a beau dire, Aja reste une crêpe même quand il a les moyens de ses minuscules ambitions. Je pose la question : quelle est la raison d’être de ce Mirrors ni fait ni à faire, qui n’est ni du côté de l’hommage au genre, ni de celui du renouvellement. C’est juste un truc informe qui passe comme ça et qui va plonger dans l’oubli irrémédiablement.
Le gros problème, c’est que Aja n’ose rien : se comportant en vraie fillette devant chaque challenge de sa trame, il ne fait que reculer et se cacher les yeux au lieu d’affronter réellement le genre à bras-le-corps. A part un ou deux figurants, personne ne meurt dans le film, et personne n’est réellement mis en danger. A chaque décision à prendre, Aja choisit systématiquement la plus lisse, celle qui ne choquera personne et évitera à son film l’interdiction aux moins de 13 ans. Mirrors est du coup absolument dénué d’impureté d’aucune sorte, on n’a jamais peur et on ne frissonne jamais de dégoût. Pour cacher sa hantise du gore, Aja noie son scénario sous une histoire
d’enquête strictement sans intérêt : et qui c’est-y qui est mort dans l’hôtel désaffecté blabla, et c’est qui, voir, cette fillette schyzo trucmuche, etc. Le film ne réussit pas plus en expliquant l’irrationnel qu’en le traitant en clip grotesque, et on s’enfonce dans l’ennui morne. Nos bâillements sont d’ailleurs humblement symbolisés par la seule scène un peu rigolote du film, une nana qui se fait tellement chier à jouer là-dedans qu’elle se décroche la mâchoire. Jack Bauer a beau essayer de trouver quelque chose à exprimer dans cette bouillie informe et creuse, on ne lui octroie que deux expressions possibles, le « Oh shit, what the hell, am I crazy » et le « Oh my god not my family please ».
L’actrice principale est d’une sobriété bressonienne, un travail intérieur sidérant de subtilité, qui lui fait se décrocher un sourcil à chaque mot ou presque : mais on se demande si sa poitrine intéressante n’est pas la
seule raison de son contrat. De toute façon, les autres comédiens sont tout aussi clownesques, je vous recommande surtout la première scène avec un acteur qui ferait passer Jim Carrey pour un janséniste paralytique.
Bref, Mirrors n’a strictement aucun intérêt, ni formel ni scénaristique : c’est juste un film commercial et sans fond, qui n’ose rien, n’affronte rien, ne dit rien, et ne déclenche rien. Ceci était la dernière entrée « Aja » de ce blog.
Haute Tension d'Alexandre Aja - 2003
On lit un peu partout que Haute Tension représente enfin une preuve que le cinéma français peut produire un vrai film d'horreur (alors qu'il suffit de voir Camping pour s'en assurer). On lit également que Aja serait un des espoirs du gore, après le récent Mirrors que je vais sûrement m'obliger à regarder un de ces jours... Eh bien, ne vous inquiétez pas, je suis là pour lutter contre les intox : Haute Tension est à chier, et Aja un tâcheron.
Le gars se contente d'ouvrir le bon vieux livre de recettes de grand-papa, tout corné, et recopie paresseusement la page "serial-killer". Une famille perdue dans la campagne, un gars cradouille qui la décime à coups de rasoir ou de scie circulaire, une ambiance nocturne à base de faisceaux lumineux qui balayent des décors usés jusqu'à la trame (une forêt, une camionnette rouillée, une station-service), des comédiennes qui crient "bouuuuahhh nan laissez-
muaaaaaaaa !", un twist final d'une pauvreté d'imagination affligeante, et hop vous êtes le nouvel espoir du cinéma de genre. Tobe Hooper a dû pleurer sa mère devant ce pauvre ersatz de son style. Les actrices semblent attérées devant l'indigence du scénario, la mise en scène ne déclenche jamais aucun début d'inquiétude, le tout baigne dans une fausse brutalité qui semble faire peur à Aja, qui la maquille sous des tonnes de hors-champ et sous un montage incompréhensible, on s'ennuie à mourir en attendant que la jolie Cécile de France se fasse enfin couper en deux qu'on en finisse. Ah si, point positif : une belle chanson de Muse.
La Colline a des Yeux (The Hills Have Eyes) d'Alexandre Aja - 2006
Je n'ai pas vu le premier opus de Wes Craven, dont cette version 2006 est le remake (mon camarade l'a vu,
et c'est là), mais je crois pouvoir dire que cette dernière est moins bien. Ce qui pouvait passer pour une critique de l'adulation yankee pour le nucléaire, dans les années bab-cool 70's, a perdu aujourd'hui beaucoup de sa subversion. Et ce n'est pas en faisant chanter à ses monstres le "Star spangled banner" que le gars Aja arrive à livrer un quelconque discours politique avec ce film.
Alors, bon, on se console avec le gore. Mais là aussi, c'est décevant : après 45 bonnes minutes de rien (et n'est pas Craven qui veut, qui effectivement arrive à rendre palpitants les moments de creux, de suggestion, de hors-champ), on voit enfin se pointer le danger : des acteurs qui ont loué leurs maquillages à "Tout pour la Fête" et qui s'amusent avec des hâches cradouilles et des tournevis rouillés. Ils ont une tendance peu saine à manger le cadavre de la maman du héros, à rigoler bêtement avant de finir à coup de pioche un des acteurs principaux, et à enfermer les autres dans des caisses pleines de membres sanguinolents façon puzzle. Aja, sans inspiration
véritable, meuble entre les pics de violence en faisant passer de temps en temps les éternelles silhouettes louches sur fond de musique flippante, en faisant pleurer des chiens, en montant des bruits de glotte ou de bavouille sur n'importe quelle image. C'est pas effrayant du tout, on finit par savoir deux minutes à l'avance quel va être le prochain effet, et on regarde passer le temps (1h48 ça peut être très long.)
Alors, bon, on se console avec le second degré. Mais non, là aussi, à côté : mise à part une fin qui rappelle les exagérations
poilantes du Sam Raimi de Evil Dead 2, on a l'impression que Aja ne comprend jamais la somme d'humour qu'il faut avoir pour réussir un film de genre. Son film est trop sérieux, s'y croit à mort, alors qu'il nous a laissés depuis bien longtemps sur le bas-côté de la route. Faut dire aussi que Alexandre Aja est le fils d'Arcady, je veux pas balancer mais bon.
Alors, bon, on se console en regardant un autre film...
