Super 8 de J.J. Abrams - 2011
Les Goonies, c'était pas terrible dans les années 80 ; eh ben c'est pas mieux 30 ans plus tard. Drôle d'idée de la part de J.J. Abrams que celle de vouloir rendre hommage au ciné de divertissement des 80's, qui n'a franchement pas apporté grand-chose à l'histoire du cinéma (si on exclut Spielberg et quelques Joe Dante à la rigueur). Mais bon, c'est son choix, et dans un premier temps on apprécie de retrouver quelques motifs immédiatement repérables : les mômes en vélo, la petite ville résidentielle tranquille, la musique toute gaie, la photo apaisante, ce genre de choses, comme une replongée en enfance. Mais très vite, passé l'effet madeleine proustienne, le film se trouve face à ses échecs. Super 8, c'est en quelque sorte : comment gâcher un scénario brillant en 10 leçons. Encore une fois (comme il l'avait fait pour Mission impossible III), Abrams est pieds et poings liés à l'autel du divertissement commercial, et envoie toutes les bonnes idées de ses auteurs au placard.
Il y avait deux pistes très intéressantes là-dedans : celle du film sur le cinéma, et celle du film sur l'enfance. La première donne, c'est vrai, quelques scènes pas mal, quelques allégories satisfaisantes. En gros, il est question d'un groupe d'ados qui réalisent un film d'horreur, jusqu'à ce qu'un jour la réalité rentre ans le champ de leur caméra sous la forme d'un gigantesque secret militaire autour d'un alien (la réalité, on a dit). Cette idée de venir polluer l'imagination des enfants par une réalité encore plus incroyable est sympathique, surtout que la métaphore est filée parfois avec bonheur : on ne peut croire ce qu'on a vu que quand on le revoit sur un écran, ou on utilise le réel pour "gonfler" la fiction (cette façon qu'ont les mômes de se servir du déploiement militaire dans leur ville pour fabriquer un arrière-plan crédible à leur film).
La deuxième piste (celle de l'enfance) était encore plus belle, et là aussi, donne quelques belles séquences. En plus de la trame principale, il y a celle, plus intime, d'un ado qui doit faire le deuil de sa mère, résoudre ses problèmes avec son père et trouver l'amour. C'est à travers l'aventure bigger than life qu'il va traverser qu'il va trouver la force de résoudre ces soucis adolescents. La symbolique est même poussée à l'extrême, dans le très beau final, avec cette idée que le fameux alien, pour pouvoir repartir at home, a besoin de se charger de toutes les peines des enfants (le médaillon qui symbolise le deuil impossible étant la pièce maîtresse du vaisseau extraterrestre), les délestant ainsi de leur passé et les faisant passer dans l'âge adulte. Il y a de très belles scènes intimes entre le héros et sa promise, qu'il maquille en monstre pour mettre en valeur sa beauté (magie du cinéma), ou qu'il sauve "en dépit des adultes" (cette croyance, partagée par Spielberg, que les enfants sont plus forts que les grands).
Mais ces belles thématiques ne sont malheureusement que frôlées par Abrams, qui préfère de toute façon nous assommer sous des tonnes d'effets spéciaux (particulièrement laids, et qui saccagent toute la séquence du déraillement du train, affreuse : tant qu'à rendre hommage aux 80's, autant le faire avec les outils des 80's et retrouver les effets spéciaux fashion de l'époque, plutôt que ces images de synthèse amateurs) et des décibels à outrance. Au milieu du chaos infernal et de la bouillie visuelle du film, les bonnes idées sont concassées et finissent par disparaître. A la place, on a un ennuyeux et long film d'aventure très moyen (toutes les scènes spectaculaires sont ratées, le monstre est nul, on n'a jamais peur), des dialogues à deux balles et des acteurs pas dirigés. On a souvent l'impression de s'être égaré dans un film jeune public, pas pour nous (ce qui est peut-être le cas, remarquez bien), et qui développe un imaginaire usé et ringard : les grottes où on enferme les prisonniers, l'éternel extraterrestre vengeur mais qui cache un petit cœur (la rencontre entre lui et le héros est hilarante, ça m'a rappelé Peter et Elliott le Dragon), les incontournables adultes incompréhensifs et bas du front se livrant à d'obscurs rites excluant les enfants, les parents démissionnaires, etc. Je vous le confirme : il y avait déjà tout ça dans E.T. en bien mieux filmé et senti (et Spielberg avait le mérite d'arriver le premier sur le terrain, qui plus est). Super 8 : c'est sa note sur 20. (Gols 04/09/11)
L'ami Gols est parvenu à dire des choses joliment intelligentes (you are welcome) sur un film qui l'est en effet beaucoup moins. Cela faisait longtemps que je n'avais vu un blockbuster (ou un film en couleurs, ajouteront les mauvaises langues) mais je ne sais que trop bien pourquoi : à chaque fois que, par flemme - les poussives fins de semaines -, je m'en tente un, j'ai l'impression d'être pris pour un jardinier (navet / jardinier, j'explique ou ça va ?). Abrams nous a fait chier pendant six ans avec Lost et il remet le couvert en long métrage en tentant le revival eighties - heureusement cela dit qu'il y a un walkman au bout de 30 minutes de film, sinon je ne suis même po sûr que j'aurais fait la différence... Le film lui a, par exemple, bien trente ans de retard (si on fait abstraction de ces effets spéciaux "modernes" (avec plein de pixels tout pitit) à la truelle (je suis d'accord avec Gols, c'est moche comme tout ; je ne peux m'empêcher de noter au passage cette terrible tendance d'Abrams de faire dans la surenchère : pourquoi faire un train de 345 wagons alors qu'il transporte juste une bête et un lot de rubik's cube ? Et puis cette obsession à vouloir jeter, à l'image de son monstre, des trucs en l'air, c'est po un peu couillon et inutile, franchement ?). Il devait aussi y avoir à la SNCF de grosses promos sur les rails en cercle, Abrams se faisant un gros délire lors des scènes "de groupe d'intérieur" : et vas-y, au moins trois reprises, que je te filme le truc en tournant autour à toute blinde - il doit fumer le même matos périmé que Lelouch, 'tention). Comme c'est chiant comme la pluie et qu'on devine le scénar trente minutes en avance - et je ne parle pas des personnages plus stéréotypés que dans Lost ce qui est une gageure : le flic et le Kurt Cobain qui a mal tourné (a bien fait de se suicider, si c'était pour finir comme ça) remportant la palme -, on s'intéresse aux trois mille petites incohérences crétines : les gamins qui pour sortir du bus renversé doivent se mettre à deux pour faire la courte échelle à l'un d'eux - au mieux, deux peuvent sortir, quand les quatre se retrouvent sur le toit, on voit bien qu'Abrams nous prend pour des jambons ; le flic qui reste une semaine la tête en bas dans la caverne et qui, à peine décroché, pète le feu (se fait bouffer juste après, ce qui rend cette belle "résistance physique" digne d'Houdini encore plus absurde) ; les chiens qui partent dans tous les sens (font même la carte du comté avec tous les petits points rouges où on les retrouvés - n'ont rien d'autre à foutre les flics) : on se dit qu'il y a tout de même enfin un mystère bien étrange là-dessous... ah ben ouais, nan, ils étaient juste effrayés les cons ; le prof de biolo, black, qui se prend 12 TGV dans la gueule et qui finit avec juste un bobo à l'arcade sourcilière ; le petit film tourné par les gamins qui est montré lors du générique final : ils ont tourné une séquence avec juste une caméra, et ce une seule fois, mais au montage il y a des champs-contre-champs (trop fort putain les gamins) - le seul truc un peu fendard (mouais), dans ce mini film, c'est l'usine chimique qui s'appelle Romero et l'inspecteur prénommé Hathaway (on est soulagé, Abrams a une sacrée culture cinématographique). Des ersatz d'idées, soulignées par mon compère, pour un film qui au final sonne tout de même affreusement creux - 8, c'est gentil.
Mission : Impossible III de J.J. Abrams - 2006
Soyons franc : ce film ressemble plus à une version "jeu vidéo" qu'à du cinéma, le Cruise multipliant les missions (3) pas gagnées d'avance (1- L'usine désaffectée, 2- Le Vatican, 3- Shanghai) mais comme il a plusieurs vies, il s'en sort pas mal à chaque fois. Abrams fait dans l'abattage de folie dams les scènes d'action (beaucoup plus de plans que chez Bela Tarr, par exemple), abusant des gros plans comme jamais ("mes acteurs sont super beaux"... ou alors je s
uis peut-être de mauvaise foi vu que j'étais au premier rang... à Hong-Kong, la classe (!)). Abrams a aucun style (contrairement à De Palma et Woo qui avaient su tout de même imprimer leur empreinte) reprenant le coup des masques (déjà vu, pouah...), n'utilisant pour toutes ressources scénaristiques qu'une fausse piste (ah c'était pas lui le méchant!!!), tombant bien souvent dans la photo de voyage avec plus d'action certes...
Bref, plutôt que de parler dans le vide, faisons dans le trivial, le film ayant peu d'intérêt. Tout d'abord, on a de très belles vues sur Pudong à Shanghai, juste en face de chez moi, et ça fait ben plaisir. Ensuite, le méchant se cache (d'après le plan) Wu Song Lu ce qui est la rue de l'Alliance Française, mais je veux pas donner de noms. Enfin, on ne voit pas Wu Song Lu mais... un petit village des alentours de Shanghai qui doit être Zhouzhuang que nous avons visité ensemble cher compère marvejolais. Je dis bien "doit être" car tous ces villages avec canaux et petits ponts se ressemblent, mais bon, pour le symbole on va dire que c'est là... Que rajouter d'autre, vu que quoiqu'il advienne cela va faire un carton... (Shang - 06/05/06)
J'en étais sûr. Je savais que Tom Cruise était un idiot. Je savais que, producteur des deux premiers Mission Impossible, il n'avait rien compris à ces films. Je savais que les grandes qualités des I et II étaient présentes à son insu, et que cette bêtise crasse finirait par produire un épisode médiocre, à la longue. Eh ben voilà, c'est fait.
Bon alors, Tom, si tu lis ce blog : l'épisode 1 (De Palma) était un grand film sur l'importance de l'humain dans un processus régi par des machines, une mise en abyme brillante du cinéma américain, une réflexion sans faille sur l'artisanat opposé au virtuel, un essai sur le regard, une mise en scène prodigieusement spectaculaire, intelligente, et sensible. Le 2ème épisode (Woo) était une variation amusante sur le Notorious d'Hitchcock, un grand spectacle sur la trahison, sur le couple en crise, doublé d'une leçon de mise en scène rococo, et un exemple de ce que sait faire le cinéma quand il ne se prend pas trop au sérieux.
L'épisode 3 (Abrams) est tout juste un film d'action potable. Fidèle à ce qu'il a montré dans Lost, Abrams ne
sait absolument pas diriger un acteur (à part Hoffman qui est plutôt impressionnant). L'héroïne est palichonne et gavante de minauderie, on a bien envie qu'elle finisse dans d'horribles souffrances comme le promet le méchant. Cruise a tout perdu de ce qu'il avait trouvé dans les premiers films : il est beaucoup trop lisse, pose pour la galerie, croit qu'en souriant bêtement il est fatal (le pire c'est qu'il l'est, mais on est pas dans une couverture de Première, merde). Enfin, réussir à faire jouer comme un pied Jonathan Rhys-Meyers après son inoubliable composition chez Woody Allen tenait de la gageure, mission accomplie, il est nul dans ses tentatives de copier Matt Damon.
Côté mise en scène, c'est plat et creux (c'est un panini alors ?). Au début du film, Abrams trouve un truc
qui l'amuse beaucoup : faire tourner 5 ou 6 fois la caméra autour d'un acteur, ça fait super. Alors, il s'arrête là, remet ça une quarantaine de fois, et hop on n'en parle plus. Ca fonctionne une seule fois, une scène d'ascenseur d'assez bon effet, où on a l'impression que l'espace est démultiplié. Le reste du temps, ça met juste la gerbe. Oui, d'accord, ça donne le vertige quand Tommy est sur les toits de Shanghai, mais bon... Les lumières sont dignes des boums de notre jeunesse, éclairées par cinq spots. Elles rendent tout blafard, pas crédible, moche. Les scènes d'action sont "illisibles", encore une fois on compense le manque d'inspiration par un montage saccadé, persuadé que la vitesse compensera la bêtise. Raté, revois John Woo, pépère.
Côté scénar enfin : après la riche idée de placer la scène la plus émotionnelle en tout début de film, le scénar lâche tout et regarde l'action se faire, sans idées, sans surprise, sans talent. Le film n'assume même pas son courage, puisque cette fameuse scène d'ouverture est démentie sur la fin. On ne fait pas un scénario sur la frustration du public. Il y a aussi une jolie idée de "MacGuffin", allez je le reconnais. Mais le reste du script laisse songeur : qu'il soit plein d'incohérences n'est pas grave, c'est le principe de la chose, et les scènes de moto du John Woo n'étaient pas plus crédibles. Mais encore faut-il avoir le talent de faire passer ces incohérences dans une mise en scène à la hauteur. Là, on ne voit que les défauts, genre comment Tommy arrive à dénicher un lance-balles-de-tennis en plein centre de Shanghai en 3 minutes (il en faut au
moins 7 pour trouver une bouteille de Suntory, je sais de quoi je parle)...
Le seul intérêt en fin de compte, c'est qu'on aperçoit Proutouie à un moment, quand Cruise est sur le toit du grand immeuble. Enfin, je crois. D'accord avec mon camarade de jeu sur l'ensemble, je reconnais malgré tout que je ne me suis pas ennuyé. Mais un bon film n'est pas un film où l'on ne s'ennuie pas. Je propose qu'on redevienne sérieux, et que l'épisode 4 soit réalisé par Olivier Assayas. Non ? (Gols - 06/05/06)





