07 mars 2012

La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy - 2011

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Il est charmant ce petit film, léger comme une plume et inconsistant comme une comédie des années 20. Encore une fois, l'univers de Abel et Gordon fait merveille à l'écran, grâce à ce sens du gag sans prétention, direct et simple, qui cultive l'absurde tout en prenant place sur un fond ordinaire et banal, grâce à cet humanisme bienveillant toujours réconfortant, grâce à ces décrochage chorégraphiques qui n'appartiennent qu'à eux. Les références sont plus qu'explicites, Chaplin, Keaton, Tati, toute l'histoire du cinéma visuel et tendre, populaire et divertissant. C'est la rencontre entre un veilleur de nuit lunaire et une fausse fée enfantine, qui se déroule en plein Havre (très joliment cadré comme une station balnéaire), et accompagnée de quelques personnages secondaires décalés : un patron de bistrot myope ("L'amour flou", qu'il s'appelle, son bar), une équipe de rugby féminine, un bébé casse-cou, des candidats à l'immigration clandestine, un duo de flics à VTT et un Anglais à chienchien. Beaucoup de gags fonctionnent, surtout ceux qui flirtent avec une certaine insolence : Fiona qui avale des médicaments comme des bonbons avant de s'écrouler comme une masse, un bébé balancé d'une falaise (...), un chien coincé dans les égouts, un accouchement à mains nues sur le coin d'une terrasse d'immeuble... Le film est gentil, mais parfois il y a comme ça des pointes de sarcasme qui sont précieuses. Il y a surtout un sens des corps qui, une nouvelle fois, remporte complètement le morceau : Fiona Gordon, surtout, est un des physiques les plus intrigants du cinéma, avec ces jambes musclées, cette façon de bouger à la fois virile et gracieuse, cette recherche d'une certaine brutalité qui mène à la beauté et à la légèreté pure. Les quelques scènes de danse, qui s'assument complètement comme des digressons dans l'intrigue, sont en ce sens magnifiques, car elles ne cherchent pas la prouesse, mais simplement la complicité parfaite entre ces deux corps étranges. De même que les scènes de poursuite dans la rue, jolies parce que simplement vouées à l'énergie des mouvements, à la grâce des corps. Nul doute que le duo fonctionne, comme des clowns poétiques et modernes. Nul doute aussi que les scènes sont millimétrées, tant au niveau des cadres (impeccables) que des idées.

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Mais voilà... On sent, après 3 films, un certain essoufflement de la part des cinéastes. Ils refont ce qu'ils savent si bien faire, c'est donc agréable, mais on aimerait maintenant les voir sur d'autres domaines, peut-être un peu moins lisses, peut-être un peu plus risqués. L'intrigue est relâchée, les rythmes ne sont pas toujours bons, et certaines séquences sentent le remplissage "pour faire long métrage", comme la scène, pourtant réussie en elle-même, de la chanteuse rugbyman, ou comme celle, plus poussive, de l'homme qui vole. On apprécie cette poésie, certes, mais on voudrait que Abel et Gordon affrontent maintenant la réalité, comme ils semblent vouloir le faire à travers ce trio d'immigrants africains : on ne comprend pour l'instant pas du tout la nécessité de cette petite touche politique dans le film ; elle se justifie par le contexte géographique (Le Havre et son ouverture sur l'Angleterre), mais elle ne donne rien à l'écran, aboutissant même à un gag récurrent vraiment raté (les gars qui s'enferment dans le coffre d'une voiture pour traverser la Manche, et qui en sortent toujours du mauvais côté). A mi-chemin, le rythme devient sporadique, l'intrigue se perd complètement (adieu, l'idée pourtant mignonne de la fée cleptomane) et l'ennui rôde. Considérons ce cycle comme une trilogie terminée, et attendons de voir le prochain, en espérant que nos précieux compères vont arriver à pousser le bouchon un peu plus loin, et à abandonner leurs pantoufles. (Gols - 02/10/11)

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19773655Le Havre était décidément The ville cinématographique de 2011 et The ville des petites gens : Dom et Fiona vivent d'amour, d'eau salée et de sandwichs au pain de mie - avec beaucoup du ketchup (c'est la dèche à ce point en France ? On se croirait presque dans The Road de McCarthy... Quelqu'un peut-il me confirmer en France qu'il a les moyens de s'abonner à internet, svp - sinon je n'écris plus qu'en chinois - ahah). Le fil du film repose en effet sur po grand chose, les petits gags croquignolets (le chien dans le sac, la femme cachée dans le manteau de Dom - photo ci dessus) ou plus ébouriffants (le bébé sur le coffre arrière de la voiture) s'enchaînant avec des séquences plus molles du genou : elles sont effet plutôt originales, ces finaudes chorégraphies (la scène sous-marine visuellement très réussie), mais elles tirent aussi parfois un peu en longueur... Du coup entre deux petits rires secs (nos héros ayant le don de se retrouver dans des situations... peu banales), il y a parfois de longs couloirs (jamais été un grand fan du rugby féminin... Ça va continuer) de petits riens - on aurait pu couper une bonne demi-heure du film, plutôt d'accord là-dessus. Dom et Fiona avec leur faciès de Pierrot - et de Pierrine - lunaires tentent de saisir leur chtite parcelle de bonheur dans ce monde étrangement désert et silencieux (ils n'avaient pas les moyens de s'acheter des figurants ou ne reste-t-il plus qu'une poignée d'habitants au Havre ? Si vous êtes au Havre et que vous avez internet, faites-moi signe pour me rassurer). C'est marrant sinon - si j'ose dire - cette petite touche politique sur ces trois blacks qui veulent se rendre en Angleterre, comme si Kaurismaki et le trio de réalisateurs de La Fée avaient décidé de s'échanger des idées ; dommage qu'ici nos trois candidats à l'émigration clandestine se retrouvent sur le même plan que les autres personnages : finalement simplement de la chair à gags sans vouloir être mesquin. La Fée demeure un film très léger, sans doute un peu trop, mais qui repose l'esprit par cette gentille et gracieuse mise en scène de la futilité des choses. (Vous m'en ferez quatre pages). (Shang - 07/03/12)

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22 novembre 2008

Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy - 2008

18934252_w434_h_q80Un grand plaisir de retrouver le trio infernal de L'Iceberg, d'autant que l'invention et l'imagination sont toujours au taquet. L'humour d'Abel et Gordon est indicible, indéfinissable, brasse plein de genres tout en trouvant une voie absolument unique. Comédie du remariage, burlesque tatiesque, cruauté billplymptonesque, duo à la Laurel et Hardy, galerie de bras cassés à la Jérôme Deschamp, tendresse à la Capra, il y a tout ça dans Rumba, références on ne peut plus nobles. Mais le film ne crole jamais sous ces modèles, et décline un style étrange, utilise un humour vu nulle part ailleurs.

18934251_w434_h_q80Les réalisateurs étirent chaque situation jusqu'à son non-sens, jusqu'au bout du bout, et une situation a priori banale (l'achat d'un pain au chocolat, un chien qui mange un beignet) est capable en bout de scène de bouleverser complètement la trame. Ce qui fait la qualité du truc, c'est donc la surprise : on ne sait jamais où vont nous emmener les compères. Si on croit, au début, qu'on va assister aux aventures d'un petit couple fou de danse et à leur ascension dans les concours, on est très vite détrompé au bout de 20 minutes, le scénario nous embarquant dans une voie parallèle insoupçonnée. Chaque nouvel évènement est renversant d'improbabilité, d'autant que les auteurs ne sont pas en reste quand il s'agit de trouver des prolongations inattendues au moindre détail. Ca ne fonctionne pas 18934253_w434_h_q80toujours, et c'est vrai que les gags sont souvent moins drôles que dans L'Iceberg ; parfois, on voit ce que les auteurs ont voulu faire, mais sans que ça déclenche vraiment le rire : la faute à cette volonté justement d'explorer chaque idée jusqu'au bout, quitte à déboucher sur un échec. Le personnage du suicidaire, notamment, est mal campé, mal dessiné, peu intéressant, et ses scènes sont trop longues. Mais à côté de ces quelques hoquets dans le moteur, Rumba use d'une cruauté dans les situations qui force le respect. Très loin du politiquement correct, on est souvent bluffé par l'audace : le regard sur les enfants est très ironique, et il y a même une séquence burlesque autour de la maldresse d'une unijambiste assez sidérante.

18934254Et puis, il y a surtout la mise en scène, d'une rigueur incroyable au vu de la légèreté de l'ensemble. Le film est constitué à 99% de plans fixes, cadres hyper-mathématiques et impressionnants de contrôle, qui prouve une nouvelle fois la maîtrise impeccable du trio. Du coup, les quelques mouvements de caméra sont des évènements qui impriment directement la rétine : un panoramique à 360° sur un couple qui danse (une des plus belles scènes de l'année, incontestablement), ou quelques subtils travellings latéraux le long de décors parfaits. L'écran se remplit de formes géométriques dans lesquelles les acteurs, malgré la folie douce de leurs actes, restent d'une rigueur impitoyable. Ca ne déborde pas, ça reste parfaitement cadré, et pourtant quelque chose d'anarchique jaillit de cette forme austère. L'utilisation des couleurs (costumes, décors, paysages), du bruitage, et surtout du corps des acteurs, finit de convaincre qu'on a affaire à de grands cinéastes, qui ne se contentent pas de faire rire, mais le font en connaissant pas coeur la grammaire du cinéma. Une comédie contemporaine superbement mise en scène, vous en connaissez beaucoup ?

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19 décembre 2006

L'Iceberg de Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy - 2006

18472165Sur le papier, ça peut faire peur : une femme s'enferme par erreur dans la chambre froide d'un MacDo. Elle y passe la nuit, et à sa sortie, se met à développer un fantasme obsessionnel pour la glace. Elle quitte sa famille, et embarque donc avec un marin sourd et muet pour atteindre un iceberg... et permettre à une inuit qui parle l'inuktitut de trouver l'amour. Quiconque a déjà vu le couple Abel & Gordon sur scène ne sera pas étonné par ce scénario absolument dingue. A l'écran, leur style surréalistico-poétique passe parfaitement, d'autant que les gars ne sont pas manch18472166ots pour ce qui est de la mise en scène. L'Iceberg est pratiquement muet, sans musique, et constitué presque entièrement de plans fixes. Parfaitement cadré (les plans sont préparés soigneusement pour faire entrer les corps dans tout l'espace, dans un dispositif mathématique), très étrange dans son rythme et ses rebondissements, il est en tout cas hilarant. La référence évidente semble être Tati (même sens des plans larges, mêmes "mini-gags" de situation), mais ça va souvent aussi faire un tour chez Podaly18472173dès (les bruitages, le burlesque "discret"), chez les splasticks (Laurel et Hardy surtout, ou Harold Loyd), voire chez Mr Bean (pour le travail d'acteurs), voire même, en moins drôle, chez Roy Andersson (immobilité des motifs, rythmes et durées étirés). Les réalisateurs se permettent des audaces qui font mouche, comme de déplacer un groupe de figurants qui gêne la vision du sujet principal plutôt que de bouger la caméra pour recadrer. Il y a de très jolis clins d'oeil au théâtre, dans les décors en carton-pâte assumé ou les "à-plat" de la photo ; et des techniques de bon vieux cinéma (j'adore les transparences dans toutes les scènes sur le bateau, avec les baquets d'eau jetés visiblement par un technicien planqué sous le cadre). Bon, tout ne marche pas, certains gags sont un peu trop gentillets. Mais L'Iceberg est une excellente surprise en dehors des canons de la comédie épileptique habituelle. Il sera dans mon top 10.

Posté par Shangols à 23:50 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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