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19 juin 2008

LIVRE : Entretiens avec Woody Allen (Conversations with Woody Allen) d'Eric Lax - 2007

resizeLe principal intérêt de Entretiens avec Woody Allen, c'est que, contrairement à la plupart des ouvrages d'interviews, celui-ci n'est pas enregistré sur une courte période, ne donnant qu'un état de l'artiste à un moment T. Celui-là a été réalisé au cours de nombreuses années de collaboration, et donne un bel aperçu de l'évolution des opinions esthétiques de Woody, puisqu'il commence en 1973 (à l'époque de Sleeper) et se termine en 2007 (pendant le tournage de Cassandra's Dream). Du cinéaste débutant réfléchissant au sens du gag jusqu'au vieux de la vieille n'ayant plus rien à prouver, on assiste en direct à un cursus assez intrigant. Découpé en chapitres thématique (la mise en scène, la musique, la direction d'acteurs, etc.), le livre met en lumière les questionements et les méthodes du gars Woody, dessinant le portrait du seul cinéaste (à ma connaissance) ayant réussi à cumuler art et divertissement sans jamais perdre son public ; le seul aussi à n'avoir jamais réalisé de pur chef-d'oeuvre (c'est son opinion, mais elle est peut-être vraie) tout en gardant son aura de cinéaste culte et adulé.

Le souci, c'est que Eric Lax échoue vraiment à fouiller profondément dans cette personnalité opaque. Les conversations restent souvent à l'état de discussions amicales hachées et sans conséquence. Il aurait sûrement fallu une autre sorte de rapport pour dépasser la fausse modestie du gars, sa timidité, pour aller chercher vraiment la profondeur de l'artiste derrière les paillettes. Certes, il ressort du livre quelque chose du travail de Woody, une certaine méthode, disons, une fidélité à ses choix esthétiques. Mais on sent que Woody ne se lâche jamais, ne se dévoile pas. C'est particulièrement visible à chaque fois qu'il parle des gens avec qui il a travaillé : ils sont tous "géniaux, formidables, de grands artistes, adorables" etc. Woody est un gars consensuel, peureux, qui ne dit jamais réellement ce qu'il pense, préférant se la jouer modeste.

La construction thématique du livre donne en plus lieu à trop de répétitions (on lit environ 12 fois la difficulté qu'il y a eu à tourner en même temps Zelig et A Midsummernight's Sex Comedy ou la satisfaction totale du gars vis-à-vis de Match Point). On apprend pas mal de choses, je ne dis pas, mais un peu par la bande, plus par la façon dont Woody aborde les questions que par les réponses elles-mêmes. En tout cas, il apparaît comme un homme particulièrement déplaisant, ne parlant jamais à ses collaborateurs (acteurs, techniciens, public même), très fier de lui quant à son génie comique (indéniable, on est d'accord), plein de préjugés et de hantises qu'il n'a jamais cherché à évacuer. Un être gonflé de refoulements, de terreurs, on s'y attendait un peu ; mais aussi peu exigeant par rapport à son travail, c'est plus gênant. On dirait que ses réussites sont dues au hasard, voire à une bête ignorance de son public face aux belles choses. Pour lui, Hollywood Ending ou Small Time Crooks sont des merveilles que le public n'a pas comprises, alors que Manhattan ou Stardust Memories sont des malentendus. Bon, c'est pas très grave, c'est un immense cinéaste, et tant pis s'il est aussi minuscule personnellement et même moralement.

"Il n'y a aucune raison pour que je ne fasse pas de grand film. Personne ne m'impose tel ou tel sujet, personne n'exige de voir mes rushes, ni de contrôler mon montage. Personne. C'est juste que je ne suis pas fait pour réaliser un chef-d'oeuvre. Je ne me dis pas "Je vais faire un chef-d'oeuvre, je ne ferai aucun compromis". Ce n'est pas moi, c'est tout. J'aimerais bien faire un grand film à condition que ça n'interfère pas avec ma réservation pour le dîner. (...) Je suis paresseux, c'est tout."

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08 juin 2008

LIVRE : Le Complot contre l'Amérique (The Plot against America) de Philip Roth - 2004

9782070337903Impressionnant de maîtrise, c'est le sentiment que laisse Philip Roth dans ses derniers ouvrages depuis, quoi, 10 ans, 20 ans... Il semble dérouler son style (dans le bon sens du terme) avec une facilité déconcertante, tout en étant capable de s'attaquer à n'importe quel sujet avec un brio véritablement sciant. Cette plongée fictionnelle dans l'Amérique des années 40-42 est passionnante, Philip Roth partant du postulat que F.D. Roosevelt a été balayé aux élections par Charles Lindbergh (l'aviateur, ouais) soucieux de signer un pacte avec Hitler pour préserver les Etats-Unis d'une intervention militaire dans la Seconde Guerre Mondiale. L'histoire, vue par les yeux du petit Philip Roth (on retrouve ce don de Roth comme dans certaines de ses nouvelles notamment, de nous montrer le monde à travers les yeux d'un enfant, innocent et facilement impressionnable), permet de remettre en perspective tout un pan de l'Histoire - à l'opposé, d'une certaine façon, d'un quelconque révisionnisme qui tente, lui, de travestir la réalité du passé. Si Lindbergh avait pris le pouvoir, comment la société américaine aurait-elle réagi... Comme toute société, semble nous dire Roth : avec le sens de l'opportunisme. Même si cela peut paraître un brin en dehors du propos (mais à mes yeux, bien au contraire), ce livre est pour moi comme une réponse cinglante au discours putassier de Sarko le 8 Mai dernier qui glorifiait les Résistants et fustigeait le régime de Vichy... Il est tellement facile de se positionner quand l'Histoire est écrite... Mais quid des 98% de la population française qui n'a pu que subir quotidiennement l'Occupation allemande... (passons je vais m'énerver et partir pour la journée alors que mon ordi, le traître, s'éteint toutes les 15 minutes). Le bouquin de Roth, à travers le biais des "aventures" de cette famille "Roth" autofictionnelle, montre à quel point la petite histoire est souvent bien moins glorieuse que la grande. Juive, mais fondamentalement ancrée dans la nation américaine, elle ne tarde point à être la victime des décisions  hypocrites du gouvernement de Lindbergh qui, sous couvert "d'assimilation" des Juifs à la population américaine en déplaçant des familles entières dans des Etats désertifiés, tente de détruire peu à peu l'identité profonde de cette famille, de cette culture. Il y a parmi les Juifs ceux qui acceptent volontiers ces nouvelles règles sans vouloir voir plus loin que le bout de leur nez et ceux qui dans leur petit coin tente de "résister", écrasés par les contingences économiques et la machine gouvernementale ("Il y avait deux types d'hommes forts : les oncles Monty et Abe Steinheim, prêts à tout pour gagner de l'argent, et ceux qui, comme mon père, obéissaient sans états d'âme à l'idée qu'ils se faisaient de l'équité"). Le "sauveur" Lindbergh, omniprésent - il se déplace lui-même dans son avion d'un bout à l'autre du territoire dès qu'il s'agit de "régler" un problème, en se faisant applaudir (la bougeotte excessive ou le sens du paraître - cela me rappelle qui...?) - , plonge l'Amérique rapidement dans le cauchemar, dressant les communautés les unes contre les autres (les Juifs morflant forcément). Roth règle son compte intelligemment à ce pseudo rêve américain, confrontant les terreurs d'hier et d'aujourd'hui de cette "grande nation", et signe un nouveau chef-d'oeuvre. De la Grande Littérature - ou quand le "romanesque" est plus pertinent et véridique que la réalité elle-même.         

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01 juin 2008

LIVRE : Lui de Philippe Djian - 2006

Sans_titreDans la production djiannesque de ces dix dernières années, il y a trois catégories : du pas terrible, du mauvais, ou du carrément merdique. Lui ouvre une nouvelle option : la sous-merde. Djian s'essaye au théâtre, et vous pouvez considérer ça comme une menace. On dirait qu'il n'a pas mis les pieds dans une salle depuis les années 50, depuis Pinter au mieux, depuis Billetdoux au pire (alors même qu'il me semble qu'il a traduit Martin Crimp). Sa pièce est d'une ringardise qui fait frémir, une sorte de théâtre psychologique à 3 roupies, bavard, totalement idiot dans la construction des personnages, et rempli d'effets ridicules qui feraient passer Eric-Emmanuel Schmidt pour un novateur proto-punk.

La description des rapports entre hommes et femmes fait hurler : il n'avait pas atteint une telle mysoginie, une telle ignorance, un tel schématisme quand il s'agit de comprendre les femmes, depuis le nauséabond Ca c'est un baiser. Femmes violées dont on nous fait comprendre qu'elles l'ont bien cherché, furies qui polluent la tranquillité sereine des hommes, personnages réduits à une paire de jambes, situations de films porno (la voisine sexy qui propose de changer une ampoule...). Feydeau aurait refusé d'en faire autant. Le pire théâtre de boulevard semble d'ailleurs bien être la référence de Djian, puisque visiblement, ce schématisme vise à l'humour phallocrate (ou bien c'est à prendre au premier degré ? quand même pas, si ?), avec portes qui claquent et maîtresses dans le placard ; c'est juste d'une tristesse infinie, du théâtre de petit vieux confit dans sa bêtise et sa célébrité. A part le scénario, aucun enjeu d'écriture, aucune réfléxion sur le genre théâtral, une paresse gavante, de la littérature Mac-do mais sans la sauce au poivre. Et dire que c'est publié par L'Arche !!! (qui d'ailleurs bâcle complètement son édition : ponctuation floue, fautes de frappe, erreur dans le script). On prie le Seigneur pour que cette pièce ne soit jamais montée, elle aurait du succès. Mais on doute quand même que quelque acteur que ce soit puisse prononcer des répliques comme : "Tu ne contrôlais rien du tout. Crois-moi. Cette nuit, j'ai eu la vision de l'abîme vers lequel tu nous précipitais. J'en tremble encore." Pas mieux.

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29 mai 2008

LIVRE : Doggy Bag saison 6 de Philippe Djian - 2008

Sans_titreOn respire un grand coup : c'est fini. L'opus 6 est visiblement le dernier de la série, et c'est pas pour être désagréable mais, au vu de l'ensemble, c'est pas dommage. Certes, la série nous aura fait parfois côtoyer de bons moments (je garde un bon souvenir du chien carbonisé dans un arbre, ou de l'épisode de l'ours), mais en règle générale, et du strict point de vue de l'écriture, on est plus souvent proche de l'abîme que du sommet.

Ceci dit, agréable surprise : Doggy Bag 6 est sûrement le meilleur épisode de ce côté-là. Non pas qu'on soit dans Proust, attention : Djian tient à ce qu'on sache qu'il met toute sa sueur dans son travail, il veut que le travail se voit, et il ne nous épargne donc rien de ces figures de style hautement improbables dont il a fait son grain depuis 2 ans. Mais, pour une fois, sa nouvelle trouvaille fonctionne. Il s'agit cette fois d'un rythme presque slamé, qui remplace tous les signes de ponctuation par des points très volontaires. En gros, on écrit une phrase simple (exemple d'école : "Edith l'aimait toujours"), qu'on termine par un point ; puis on rajoute un bout de truc ("Pensait-elle") ; point ; puis encore un bidule ("Enfin") ; point ; puis encore, et encore, jusqu'à constituer sans vergogne un paragraphe entier. Exemple : Edith l'aimait toujours. Pensait-elle. Enfin. L'aurait. S'il n'était pas si con. Et il l'était. Oh mon Dieu. Il l'était. Sérieusement"... etc, à l'envi. J'invente, mais l'essentiel du livre est constitué de ce curieux truc, et parfois ça donne une dynamique très agréable au livre, presque une emphase malgré la sécheresse du procédé. Du coup, les exagérations habituelles de Djian (quand un personnage se mouche, en gros, il convoque Charybe, Scylla, le cosmos, l'enfer et tous les dieux grecs) passent mieux, et on retrouve avec plaisir cet humour grandiloquent. Les aventures de la famille Sollens sont minables, finalement, mais Djian s'amuse à les rendre dantesques avec une telle application qu'il finit par arracher plus d'un sourire.

Et puis, fin oblige, le scénario de cet épisode s'approche d'une épure dans les évènements : il n'y en a presque plus, sauf, paresseusement, une reprise de cette thématique du déluge qui constitue toute les fins des Djian depuis 10 ans. Ici, c'est un froid sibérien (-50°, c'est du Djian, pas de concession) et un tremblement de terre énorme. C'est déjà vu, pas mieux écrit que dans Assassins, et un peu peinard dans ses pantoufles. On a finalement l'impression qu'il s'arrête là comme il aurait pu s'arrêter au 4ème ou au 8ème épisode. Doggy Bag, dans son projet d'ensemble, manque quand même énormément d'ambition ; pas au niveau de l'écriture, désespérément en quête de reconnaissance (comme si le style devait forcément sauter aux yeux du lecteur), mais au niveau de ce que ça raconte (en gros : rien). Même pas le charme des séries américaines, pourtant convoquées dans le projet : on n'est pas accro du tout, et on quitte la série sans regret. 1500 pages pour pas grand-chose. 

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18 mai 2008

LIVRE : La Malédiction de Râ de Naguib Mahfouz - 1939

2253933430Livre de jeunesse de Mahfouz -tout juste 28 ans le Naguib - à l'époque où ce dernier se penchait volontiers sur le temps des Pharaons. La Malédiction de Râ est relativement plaisant à défaut d'être un livre de grand style du père Mahfouz. Le livre nous emmène au temps de Kheops, le gars de la pyramide ouais, alors qu'un devin annonce une étrange prévision : un bébé qui vient de naître, fils d'un prêtre, est annoncé comme le futur pharaon; consternation du vieux Kheops, colère du prince héritier, et ni une ni deux les voilà partis pour aller zigouiller le nouveau-né... Ils pensent l'avoir déniché, le trucident, mais c'est sans compter sur le destin, déjà super retors à cette époque. Le vrai bambin échappe miraculeusement à l'assassinat et, élevé par une femme modeste qui va son chemin, va parvenir à se hisser au plus haut niveau -c'est la prédiction, je dis rien d'autre, attention. C'est rocambolesque en diable, limite tiré par les cheveux vu les multiples coïncidences, mais bon on est prêt à croire les étranges contes de ces temps reculés. Au niveau du style, disais-je, Mahfouz se lâche parfois et nous sert des phrases imagées alambiquées un peu limite, qui frôlent parfois le cliché : "Soudain je pensai à toi, et ce fut pour moi comme la lumière du phare qui sauve le bateau perdu dans les ténèbres, à la merci des flots tumultueux et des vents violents" - j'invente rien... Le Nobel est encore loin, mais il faut parfois fermer les yeux quand on s'engage à lire tout l'oeuvre d'un auteur - suis toujours un peu excessif, je l'accorde. Agréable, po plus quand même.    

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11 mai 2008

LIVRE : Jeune Fille d'Anne Wiazemsky - 2007

Sans_titreUn petit livre un peu sans conséquence que ce Jeune Fille, dont j'attendais un peu plus quand même. Anne Wiazemsky, c'est l'actrice principale de Au Hasard Balthazar de Bresson ; elle revient ici sur cette expérience de tournage, le premier de sa carrière, alors qu'elle avait 18 ans et ne savait rien de la vie. Un bouleversement intérieur, narré avec simplicité et légèreté, une aventure au sens strict, compliquée par les rapports troublants entretenus par Bresson vis-à-vis d'elle. C'est très joli, plein d'anecdotes sur le monde du cinéma, un beau document aussi sur la méthode de travail de Bresson avec ses acteurs. Mais manque une réelle écriture, ou une singularité qui aurait fait sortir ce livre du rang des simples "mémoires d'actrices". Cela dit, on ne s'ennuie pas une seconde à suivre les traces de cette enfant plongée dans le monde du cinéma d'auteur : la rencontre avec Godard (amoureux d'elle, et que Bresson renvoie dans les roses), la scène de perte de virginité, les problèmes avec l'âne (héros du film), les rapports d'exclusivité du cinéaste avec son actrice, la description de Mauriac (grand-père de Wiazemsky), la direction d'acteurs très précise du maître, son sadisme vis-à-vis de certains membres de son équipe, la découverte du monde par Anne, tout est très juste et précieux. C'est simplement un peu léger. Idéal pour ce début de printemps, quoi.

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09 mai 2008

LIVRE : L'Amour et rien d'autre (The Kempton-Wace Letters) de Jack London & Anna Strunsky - 1903

Sans_titreComment ? Un London que je n'ai pas lu ? L'excellente maison Phébus a entrepris de publier l'intégrale du génie, et un jour ou l'autre, il fallait bien que je tombe sur un inédit. D'où frottage de mains et babines baveuses. Bon, après lecture, c'est plutôt déception amère et doutes. Non pas que L'Amour et rien d'autre soit mal écrit, non non, pensez bien, mais disons plutôt que c'est assez pesant, et bon épisodiquement. La faute à cette Anna Strunsky, une amie de Jack, qui co-écrit ce livre : partout où London est vif et rythmé, elle arrive avec ses lourds sabots de poétesse académique et balance des enclumes dans le texte.

Le principe du bouquin : une correspondance entre deux hommes, l'un, scientifique, s'apprêtant à épouser une gorette quelconque (c'est la partie London) ; l'autre, vieux poète, prodiguant ses conseils à cette jeunesse folle (c'est la partie Strunsky). C'est le classique combat entre amour et intellect, entre passion et raison. Guère passionnant, à la base, mais en plus déployé ici sous la forme d'un pensum lourdingue, trop écrit, trop littéraire, trop cadré. London parvient à tirer son épingle du jeu par une cruauté sympathique, une façon de traiter l'amour en dandy désabusé (et quand on a lu Martin Eden, on se rend compte du contre-emploi) ; il parle mariage à travers la théorie des amibes, se gausse des élans sentimentaux de son ami, et traverse le livre avec effronterie et humour. Strunsky, quant à elle, endosse le difficile rôle du romantique bienveillant, et se plante gravement avec son écriture ampoulée : ses lettres tombent des yeux, ses citations datent de Mathusalem. Ce combat épistolaire se résume bien vite à une lutte entre la modernité de London, déjà ancré dans le XXème siècle, et la poussière de sa comparse, bloquée dans les ors du XIXème. On s'ennuie ferme. Mieux vaut relire les 50 chefs-d'oeuvre du bon Jack.

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08 mai 2008

LIVRE : La Vie aux Aguets de William Boyd - 2006

9782020872324William Boyd est un écrivain assez prolixe avec un certain sens de l'imagination, à défaut d'avoir un style remarquable - mais tout le monde n'est pas Céline. Il se lance cette fois-ci dans deux histoires en parallèle, celles d'une fille prof d'anglais langue étrangère à Oxford (ça crée des liens) et de sa mère, ancienne espionne pour les services secrets britanniques qui ont opéré notamment aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale (avec pour but de pousser les Américains à se joindre dans la guerre aux côtés des Alliés); si cette partie du livre reste relativement captivante, il faut avouer que le train-train quotidien de la fille ne passionne guère et joue un peu les bouche-trous dans l'ensemble du récit. Même si vers la fin du livre, on comprend que cette fille tente "de se projeter" un peu dans le destin fantastique et hors du commun de la mère, cela finit par tomber un peu à plat... Relativement bien documenté et avec toujours un grand sens des détails, les pérégrinations de la mère lèvent un peu le voile sur un aspect peu connu du grand public pendant cette période trouble. S'attachant à nous décrire cette anti-James Bond dans son travail au quotidien et ses (quelques) missions sur le terrain, Boyd parvient malgré tout à injecter une petite partie de mystère qui tient en haleine jusqu'au bout. Rien d'exceptionnel, certes non, mais un Boyd dans la moyenne. 

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04 mai 2008

LIVRE : Les Bienveillantes de Jonathan Littell - 2006

9782070780976On ne peut pas reprocher à Littell de ne pas savoir faire durer le plaisir : on a droit à 900 pages très tassées qui vous emportent dans une sorte de tourbillon de mots. A la sortie des Bienveillantes, on ne sait pas top mettre de mots sur les différentes émotions, on ne sait pas trop si on vient de passer un long moment d'ennui ou si on vient d'assister à un brillant essai contemporain sur le Mal.

En fait, le livre demeure assez mystérieux, jusqu'au bout, et on a du mal à comprendre réellement le projet initial. Dans ce portrait d'un SS qui parcourt la Guerre, on pense d'abord trouver un document très sérieux sur les arcanes du pouvoir nazi. Le livre est plein de chiffres, de faits, de réflexions, et c'est vrai qu'on y apprend plein de choses, de l'origine de l'antisémitisme allemand aux inspirations littéraires du parti nazi, de la gestion des travailleurs juifs à Auschwitz aux triviales aventures bureaucratiques, de la meilleure façon d'éliminer un ennemi aux différences ethniques russes. Littell a dû se documenter méchament, et le livre frôle parfois la folie dans la précision des informations, des dates, des faits. Mais au milieu de cette relation concrète, on trouve brusquement quelques réflexions plus "intimes" sur la puissance du Mal, sur la violence, sur les motivations des tortionnaires nazis, et on se dit que Les Bienveillantes va plutôt être un questionnement sur ce qui a conduit des êtres normaux, cultivés, raffinés, à se mettre soudain en tête de butter tout un peuple. Là aussi, cette piste est suivie jusqu'à l'épuisement, Littell traquant la moindre émotion de son "héros", Max Aue, intellectuel grande époque confronté à la barbarie, au fanatisme politique et au danger. Et puis, brusquement, le livre change encore, et on se retrouve plongé dans une intrigue policière, faite de règlements de comptes familiaux, à base d'inceste et de sexualité trouble. On ne sait plus trop alors à quel saint se vouer, et on devient un peu victime de ce livre puissant mais manipulateur, épique mais hautain.

C'est un roman courageux, ça ne fait aucun doute : Littell saisit le danger à bras le corps, tentant de comprendre ce qui amène un homme à devenir un monstre, à la première personne qui plus est. Et il y réussit souvent : Aue y apparaît comme un homme empli de nobles convictions, mais mené par un destin énorme. Ses réflexions sur l'idéologie hitlérienne deviennent d'autant plus troublantes qu'elles sont intelligentes, et énoncées dans une langue très belle. Car le style de Littell (mais est-ce vraiment un style) est d'un raffinement total : longues phrases à la grammaire presque précieuse, érudition qui déteint sur les mots eux-mêmes, beau souffle "interne" des paragraphes. Même si on se sent souvent etouffés par la masse, les rythmes du texte sont très bien gérés, notamment dans les accélérations subites (je vous conseille les pages 611 à 619 entre autres, où la ponctuation se fait hyper-précise et puissante).

Et puis, il y a cette écriture vieille école qui, parfois, éclate avec une force vraiment bluffante. Dans la partie "Air", notamment, Littell se rapproche d'un de ces auteurs à l'ancienne, qui savaient insuffler de la philosophie au sein de leur trame sans avoir l'air d'y toucher. On pense à Michel Tournier dans ces pages où le héros, en pleine défaite allemande, s'enferme dans la maison de sa soeur comme dans le ventre maternel. Il y a, comme dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique, un magnifique portrait d'une solitude désespérée ; il y a surtout, comme dans Le Roi des Aulnes, une très belle réflexion sur l'ambiguité sexuelle, et une fascination pour le chaos psychologique très intelligente. Le style, là, est d'une puissance indéniable.

Dommage que Les Bienveillantes ne soit pas toujours à cette hauteur-là, et qu'une bonne moitié du livre soit assez chiante. On comprend bien que le gars cherche dans cet alignement de chiffres une réponse au mystère de la barbarie, mais on le comprend assez vite, et il n'était peut-être pas besoin d'un bouquin gros comme un dico pour nous exposer cette réflexion. On a l'impression de ne jamais pénétrer complètement au coeur du livre, de rester toujours autour de quelque chose, et ça devient à la longue assez pénible. Qu'est-ce que c'est que ce livre, finalement ? Qu'est-ce que ça nous a dit ? Je vous tiendrai au courant une fois que le texte aura reposé, mais j'ai bien peur qu'il se fasse oublier bien vite. Inutile ou profond, je ne sais pas...

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20 avril 2008

LIVRE : Ping-Pong de Jerome Charyn - 2001

2070319431Grand fana de la petite balle blanche devant l'éternel et de Jerome Charyn, ce petit livre avait tout me plaire d'avance. Et je me suis résolument régalé. Charyn attaque le sujet par tous les angles, aussi bien par le petit bout de la lorgnette de son histoire personnelle, que par l'évocation de salles mythiques de Manhattan, des grands champions américains mais aussi d'artistes (d'Henry Miller à Georges Moustaki) qui ont taquiné la balle, tout en évoquant le fameux syndrome du gaucher ou encore des rencontres politico-sportivo-historiques entre les Etats-Unis et la Chine dans les années 70 - épisode que le gars Forrest Gump reprendra en son temps à son compte. C'est rempli de petites anecdotes, de matchs dantesques, de petits détails techniques en fonction de l'évolution de ce sport, qui forcément ne peuvent que passionner tout aficionados. En guise de clin d'oeil à Gols, Charyn rappelle que "Miller a immortalisé le ping-pong, en a fait un exercice spirituel, capable d'illuminer des octogénaires et de récompenser leur concentration d'une paisible vigueur (...) Une des choses qu'il nous a apprises, c'est que le ping-pong est bon pour l'âme". On ne peut qu'acquiescer, me remémorant mes propres combats du temps de ma jeunesse folle (Shang dit "la gazelle" pour les intimes, tout autre commentaire est superflu). En ces temps également où sport et nationalisme font méchamment la une des journaux ici ou là, rappelons cette petite phrase de Mao, qui est de bien bonne augure pour les futurs J.O.: "Considérez la balle de ping-pong comme la tête de votre ennemi capitaliste (...) Tapez dedans avec votre raquette socialiste et vous aurez gagné un point pour la mère patrie"... Plutôt que de rester sur cette fausse note, je préfèrerais autant garder en mémoire cette petite phrase qui fait ma joie depuis une semaine. Lorsque les Américains débarquèrent en Chine, ils furent surpris de l'absence totale de mouches. Et Charyn d'évoquer cette légende comme quoi "un jour Mao en a eu marre des mouches. Il a dit aux Chinois d'en tuer une chacun..." En espérant que cette petite tournure comique finira par prendre le pas sur toutes ces "manifestations" peu salutaires dans les relations internationales. Tapons dans la balle au lieu de taper sur son voisin, c'est tout ce que cela m'inspire. 

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