15 juillet 2008
Sur Ecoute (The Wire) - saison 4 - 2006
On laisse tomber pour un temps les mises sur écoute tortine, McNulty se range des voitures en menant une vie de flic paisible avec sa blonde et ses deux enfants, le "Major Crime Unit" n'est plus que l'ombre de lui-même le temps des élections municipales. Le petit jeune blanc qui n'en veut, Carcetti, veut sa place au soleil pour tenter de réinstaurer un semblant de sécurité dans cette bonne vieille ville de Baltimore. L'intrigue se concentre, en
parallèle, sur la montée en puissance, dans les rues, du gang de dealer piloté par Marlo alors que, côté cours, l'ancien détective gaffeur Pryzbylewski décide de se faire prof de math. On est encore et toujours dans les coups fourrés au plus haut niveau administratif alors qu'une poignée d'hommes sur le terrain ("Prez", l'entraîneur de boxe, "Bunny" qui met en place un parcours scolaire pour gosses en grosse difficulté...) tentent vaille que vaille d'améliorer, à leur échelle, la situation. On pénêtre une fois dans le plus dans le côté sombre de cette Amérique qui part en quéquette, l'accent étant mis cette fois-ci plus particulièrement sur le domaine éducatif. Etre prof relève chaque jour du parcours de Fort Boyard, il ne s'agit même plus d'avoir la foi mais de jouer au quotidien à Mère Théresa. Il s'agit d'une bonne saison de transition qui trouve un fil conducteur dans la multiplicité des personnages, de la vie des ado dealers au quotidien (journée à l'école puis la réalité le soir du coin de rue) aux personnages de l'ombre dévoué à l'élection de leurs candidats. C'est toujours aussi peu reluisant mais diablement crédible. Un nouveau départ s'annonce pour la saison finale avec le grand retour de la "Major Crime Unit", presque la dream team de départ, qui doit se coltiner une vingtaine de meurtres laissés en suspend. On en redemande.
04 juillet 2008
Lost - Saison 4 - 2008
On sent bien dès le départ l'envie des producteurs de rebooster le bazar avec les deux-trois premiers épisodes qui partent tambour battant. Les traditionnels flash-back laissent la place à des flash-forward, puisque l'on suit le parcours de six rescapés revenus sains et saufs de l'île - je ne dévoile rien de plus, cette information étant vite éclaircie au début de la saison. Du même coup il y a comme une impression d'éclatement entre ce futur annoncé, les deux camps sur l'île (les pro-Jack et les pro-Locke, ça change po), les virées en brousse en solo, ainsi que de longues séquences sur le bateau venu pour les sauver. On ressent comme une volonté de délaisser un peu l'île comme s'il n'y avait plus grand chose à y exploiter. Le paranormal se fait quant à lui de plus en plus présent, et on serre souvent des dents en se demandant s'ils ne vont point au final nous servir une fin proche de X files; il est clair que parfois les scénaristes ne savent plus trop quoi inventer pour brouiller les pistes, à tel point que c'est le spectateur lui-même qui semble parfois le plus lost dans le tableau. On a tout de même droit à notre lot d'intrigues classiques (Kate qui navigue entre Sawyer et Jake en fonction de la direction du vent, Sayid qui fait parler la poudre, Hurley qui mange des Mars, Locke complétement paumé qui fait semblant, en fermant un oeil à moitié, de faire celui qui comprend tout, et cette enflure de Benjamin Linus qui a toujours un coup fourré dans sa manche). Bien que l'on sente la volonté d'éclaircir ici ou là des bouts d'histoires laissés en suspend lors des trois dernières saisons, force est de constater qu'entre la fin de la troisième (superbe coup d'éclat) et la fin de la quatrième saison, on a po progressé des tonnes dans l'histoire; c'est pas le but du jeu, certes, et ne faisons point la fine bouche, d'autant qu'il se passe un peu plus de trucs que dans les saisons passées où parfois on passait 40 minutes à aller chercher du bois mort sur la plage. Bon, en progrès, mais il est temps d'en voir le bout avant qu'on fasse intervenir des extra-terrestres ou des gus de l'Atlantide.
28 juin 2008
Desperate Housewives - saison 4 - 2008
On prend les mêmes et on recommence, ad lib, dans cette petite lane de banlieue américaine qui finirait presque par faire entendre qu'il s'y passe des choses passionnantes au quotidien. Certaines affaires laissées jusque là en suspend réapparaissent au grand jour (le Mike écrasé par le Kyle, le pseudo bébé de Bree, le cancer de Lynette...) et d'autres voisins font leur apparition, comme un couple qui cache forcément de lourds secrets de famille (le fil conducteur en quelque sorte) et un couple de gays sortis tout droit d'un magazine de mode qui n'apporte absolument rien au récit - faut bien meubler certes, mais de là à jouer une carte aussi
stéréotypique, on voit guère l'intérêt... Parce que la série a un intérêt quelconque, diront les mauvaises langues ? Bon déjà, cela fait plaisir à ma femme qui m'entraîne dans ses fou-rires. Et franchement je la comprends entre un muet allemand des années 20 et un film japonais des années 30 (je viens d'ailleurs d'acquérir "un lot" dont je me pourlèche d'avance les babines en prévision de la semaine de break qui s'annonce). Bref, revenons à nos femmes à l'agonie. Pour résumer en deux mots, la série semble jouer délibèrement de la corde sensible, la plupart des épisodes se concluant sur des notes aiguës de violon. Secrets cuisants révélés, problèmes de jalousie, problèmes familiaux, problèmes d'handicap physique lourd, problème de santé, problèmes d'argent même (vite réglés faut po abuser) avec au tournant de la saison une TORNADE (il n'y a pas de raison de ne pas faire exploser le budget sur un épisode) qui prendra au final un peu les allures d'une tempête dans un verre d'eau... Désépérée mais agitée, cela sonne comme un bon résumé de la vie de nos quatre jeunes femmes qui se serrent les coudes devant les petites et les grosses déconvenues quotidiennes. L'épisode 17, l'ultime de la mouture, fait péter une fin à la Lost - saison 3 - qui explose comme un pétard mouillé. Tiens cela tombe bien, la saison 4 de nos gars paumés sur leur île m'attend patiemment depuis quelques semaines... Faut bien s'occuper en attendant le retour de Jack Bauer.
17 juin 2008
Sur Ecoute (The Wire) - saison 3 - 2004
Retour dans les quartiers malfamés de Baltimore avec au programme les règlements de compte entre bandes de dealers et les tractations politiques véreuses dans les couloirs du pouvoir. Entre les deux, toujours notre petite bande de flics "intègres" qui tente de mettre sur écoute (faut bien justifier le titre) les malfrats. Notre tribu de flicailles, qui est loin d'avoir toujours le beau rôle et d'éviter certaines boulettes, apparaît on ne peut plus entre l'enclume et le marteau, tant les intérêts personnels, les trahisons et les flinguages en bas (à coup de gros calibres meurtriers) comme en haut (à coup de plans carriéristes assassins) deviennent légion. S'il
semble parfois que la série soit un peu à la recherche d'un second souffle dans ses thèmes ou ses personnages (rien de bien neuf d'ailleurs dans l'exploration psychologique et la vie intime des personnages principaux, McNulty, en tête, éternel loser sentimental et professionnel qui à force d'ouvrir sa gueule et de déconner se fait rabrouer dans tous les sens), le ton se durcit d'un cran - on finit par perdre le compte des cadavres et des pots de vin politiques - lors de cette troisième saison. Une déchéance inéluctable de cette société ricaine à l'image de ces zones "réservées" au trafic de drogue pour garantir la tranquillité de certains quartiers; puisqu'il ne sert à rien de se voiler la face en se disant que les problèmes de drogue ne sont que passagers, les grands discours pour éradiquer les trafics tournant à vide, autant finir par l'autoriser - ou tout du moins par ne point l'interdire - dans certains quartiers désaffectés, pour avoir au moins l'impression de le contrôler. Ce défaitisme assumé -qui provoque forcément beaucoup de remous- est à cent lieues des conceptions puritaines et bien-pensantes de cette Amérique successful qui n'en finit point de se consumer de l'intérieur. Et si The Wire était au final la seule série-télé un poil réaliste?... (Plus que Star Trek en tout cas, n'en débattons point...)
11 juin 2008
Sur Ecoute (The Wire) - saison 2 - 2003
Le problème avec ces séries américaines de bon calibre, c'est qu'on tombe vite dedans comme une mouche dans un verre de vin. On délaisse quelque peu les trottoirs où ont lieu les deals de drogue pour se concentrer sur les docks de la ville : trafics de prostitution, de drogue et de marchandises, cela pullule avec le consentement des hommes du syndicat; mais là encore, pas forcément de procès d'intention : s'il y a détournement d'argent, c'est pour mieux pouvoir arroser les politiques responsables de la mise en chantier de projet pour relancer les intérêts économiques du coin. Le boss du syndicat (un Jean-François Stevenin ricain d'origine polack) ne cherche point l'enrichissement personnel derrières ces nombreux tours de passe-passe illégaux, il y a juste la volonté de défendre un business qui se meurt... Sans renier les dommages collatéraux - d'autant que les gros pontes qui les soudoient pour obtenir drogue et prostituées sont loin, eux, d'avoir des principes -, notre pauvre Stévenin se débat comme un forcené, quitte à s'engluer de plus en plus... Du côté de la flicaille, McNulty fait un peu profil bas (il est cantonné sur un bateau pendant une grande partie de l'affaire, subissant les retombées et les vengeances de son chef qu'il s'est définitivement mis à dos lors de la première saison) avec en point d'orgue une séquence de saoulerie d'anthologie où il fracasse
à deux reprises sa caisse... Pas vraiment le héros au-dessus de tout soupçon. Stévenin finit par déplorer qu'après avoir essayé de construire pendant des années, le système américain repose maintenant uniquement sur ceux qui volent dans la poche du voisin, ce qui sonne comme un aveu d'échec cinglant; l'économie du port est moribonde et tous les moyens sont bons pour essayer de sortir la tête de l'eau... Corruptions, conflits perso peu reluisants au plus haut niveau, système juridique vicié, ça continue de balancer sec dans cette seconde saison. On reste branché avec le même petit plaisir devant ces petits morceaux de déchéance humaine et économique.
06 juin 2008
Sur Ecoute (The Wire) - saison 1 - 2002
Voilà plusieurs fois ces derniers temps que l'on me parlait de cette série qui vient tout juste d'arriver à sa fin, au bout de 5 saisons, et Chris Marker l'évoquant dans l'une de ses dernières interviews, cela a finit par mettre le feu aux poudres. Après un premier round d'observation lors des deux trois premiers épisodes, le temps de se mettre au diapason des multiples personnages (des sous-fifres de la police de Baltimore au préfet, en passant par le procureur et le juge, des petits revendeurs de drogue aux gros pontes de l'organisation, en passant par les responsables de boites de strip-tease et autres gros loubards flingueurs), on rentre de plain-pied dans cette enquête que l'on suit par le menu. Pas forcément de précipitations, ni de coups d'éclats tapageurs, simplement la volonté de percer au plus près une certaine réalité de cette société ricaine post septembre 2001. A ce niveau-là, on est franchement servi et l'on plonge corps et âme dans les imbroglios judiciaires - des losers magnifiques au carriéristes véreux - et dans la démerde qui règne dans la rue - des petits trafiquants en mal de reconnaissance aux tueurs sans foi ni loi. Aucun manichéisme, juste la volonté d'étudier au plus près les grandes misères et les petites satisfactions des uns et des autres. Le personnage de McNulty, enquêteur roublard et casse-bonbon, est loin d'être sympathoche au premier abord, se noyant dans ses affaires de couple (un gars divorcé, normal) quand il se noie point dans l'alcool - ça picole sa race un Irlandais, po un cliché. Son équipe de bras cassés apparaît au premier abord comme un ramassis d'incapables mais chacun finit à un moment ou un autre par tirer sa petite épingle du jeu. Du côté des dealers, que des blackos - pas un cliché, apparemment, une triste réalité, sans condescendance - qui ont une organisation plus complexe qu'une entreprise cotée au CAC 40. Conflits d'intérêt, paperasses inimaginables et dignes de l'administration française pour avoir le droit de procéder à des écoutes, "chain of command" avec laquelle, des deux côtés, il ne fait pas bon plaisanter, et les derniers mètres/épisodes qui permettent de dénouer la complexité de l'intrigue sont au final assez jouissifs pour le spectateur, content de voir le puzzle achevé. Je me lance dans la seconde saison le coeur léger.
29 avril 2008
Prison Break - saison 3 - 2008
A défaut d'agiter les méninges, Prison Break demeure une série d'une efficacité redoutable. Passés les deux premiers épisodes, le temps de nous installer dans cette improbable prison panaméenne désertée par les gardiens, la série trouve son rythme de croisière et déménage sa race. Les rôles sont cette fois-ci inversés puisque c'est le Michael Scolfield qui se retrouve cette fois derrière le mur alors que son gros benêt de frère doit l'assister du dehors; vu les méthodes un peu primitives de ce dernier, on se dit que le Michael doit définitivement compter uniquement sur lui-même, mais on garde la foi vu que le type peut plonger dans le noir toute une prison avec un simple pendentif en argent. Grosse pression pour les deux frères, malgré tout, puisque la chtite Sara et LJ ont été kidnappés et que le Michael doit parvenir à s'échapper avec un mystérieux pêcheur qui a des liens troubles avec la Compagnie. Autant dire que l'atmosphère dans la prison est méga-tendue, tenue qu'elle est par la poigne d'un gros black qui a peu d'humour (tu froisses un mec, il te lance un pied de poule dans ta face pour te donner rendez-vous pour un combat à mort - le pied de poule, spécialité chinoise que je vous recommande guère, n'a jamais été aussi dangereux en soi) et, à l'extérieur, c'est po beaucoup mieux, le frère devant dealer et faire le lien avec une sublime gonzesse aux yeux émeraudes qui bosse pour la Compagnie mais dont les méthodes sont définitivement tranchantes. Il s'allie chemin faisant avec la copine du mec qu'ils doivent libérer qui est diablement sexy - ce qui ne gâche rien. Ramassant les intrigues ainsi que le nombre de personnages principaux, la série continue de tenir en haleine malgré les coutumières invraisemblances scénaristiques. Vivement que le Michael se retrouve coffré dans la saison 4 dans la prison d'Yzeure, il fera moins le malin avec les autochtones diablement plus farouches que les panaméens.
21 avril 2008
Nip Tuck - Saison 5 - 2008
En déménageant à Hollywood, on pouvait espérer un petit ravalement de façade pour la paire Mc Namara/Troy. Le constat est devenu de plus en plus rude, la série s'essoufle méchamment. Incapable de construire vraiment une intrigue qui tient la route sur les 14 épisodes, il y a de plus en plus de gros moments de faiblesse. On tente bien de jouer encore et toujours avec "l'image" et la mise en abyme -bon certes c'est pas du Godard...- (Sean Mc Namara fait l'acteur dans une série télé genre Urgence trash, Christian Troy accepte de filmer tout son petit monde pour une émission de télé-réalité) mais ces deux tentatives sont relativement catastrophiques, l'émission de télé-réalité frôlant le n'importe quoi absolu. Même échec lorsqu'ils se lancent dans une référence au conflit israelo-palestinien (il est important, petit, de pardonner), l'épisode patine grave. Hollywood a une fâcheuse tendance à plonger la série dans encore plus de superficialité et ce n'était peut-être pas vraiment l'effet recherché. Sean prend un poil l'ascendant sur son partenaire grâce à son succès télévisé, mais le déséquilibre retombe toujours gentiment sur ses pieds. Nos deux gars continuent malgré tout de tomber tout ce qui passe (Christian se tape deux Marylin (ouais) mais aussi une cul-de-jatte (mouais); Sean flirte grave avec sa belle-fille (divine AnnaLynn McCord aussi belle qu'elle joue mal) à peine mineure) et on rame pour retrouver l'humour et la pointe d'ironie des débuts. On tombe souvent dans le brouillon le plus total, à l'image de cet ultime épisode avec 32 rebondissements
et 18 catastrophes comme s'il fallait relancer la machine avant la saison 6. La B.O. enquille les vieux tubes un poil ringard et pompe même le Tubular Bells de Mike Oldfield sans grand brio (une fois, cela fait son effet, la douzième moins). Bref, même si on a toujours une chtite sympathie pour notre paire de chirurgiens esthétiques (essayons de trouver un intérêt...), ce serait bien qu'ils retrouvent également des scénaristes pour un vrai lifting. Ca sent le coup de scalpel rapidos sinon...
28 octobre 2007
Twin Peaks saison 2 - 1991
Incontournable, indispensable, révolutionnaire, inoubliable, Twin Peaks est définitivement La série.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette saison 2 (qui compte tout de même 22 épisodes contre 8 pour la première), c'est que l'intrigue - le meurtre de Laura Palmer - est résolue au bout de 10 épisodes et que la série continue comme si elle avait su créer sa propre existence, en dehors de toute logique commerciale. La découverte de l'assassin n'est finalement point en soi une conclusion, le héros de l'histoire restant définitivement le petit monde de Twin Peaks. Si on se rend compte que le nombre de décors est particulièrement limité (le commissariat, l'hôtel de Ben Horne, the RoadHouse, One-eyed Jack, quelques apparts...), les personnages sont quant à eux plus passionnants, troubles et loufoques que jamais; c'est le vrai miracle de la série: sous des apparences assez déjantées chaque caractère est d'une crédibilité totale, même quand il part soudainement en live. Ils donnent véritablement corps à cette série, et l'on serait à peine surpris de tomber un jour sur la ville de Twin Peaks avec ces mêmes acteurs au détour d'un petit chemin...
On pourrait ajouter à la liste de personnages frappés ou tordus - ou tout simplement attachants... - de la première saison: Nadine (à l'oeil de corsaire) qui après une tentative de suicide rajeunit de 15 ans et se retrouve dotée d'une force surhumaine (définitivement hilarante), Ben Horne qui pète soudainement un cable et se met à recréer la guerre de succession en faisant gagner le Sud, son frère Jerry, toujours surexcité et avec la banane, le deputy Andy Brennan qui a la palme de la scène la plus burlesque lorsqu'il reste pendant 2 bonnes minutes à marcher en crabe, assommé par une planche, Lucy avec sa voix aiguë et ses phrases plus longues que Proust, danseuse ravageant tout sur son passage lors de l'élection de Miss Twin Peaks, l'affreux Bob qui reste à ce jour le meilleur rôle de Jean-Hugues Anglade vieux, l'affreux Leo qui transformé en légumes sur sa chaise roulante envoie des jets de bouffe sur l'adorable Shelly, Leland Palmer qui se réveille soudainement avec les cheveux tout blancs, David Duchovny dans un rôle de travesti inimitable, David Lynch himself qui - en hommage à Truffaut dans La Nuit Américaine ? - se balade avec un sonotone ... et j'en passe, sans refaire mention du quator Shelly, Audrey, Donna et Norma sur lesquelles un homme n'aurait pas assez d'une vie pour fantasmer.
Si le feu continue de marcher, c'est qu'aucun des personnages n'est à l'abri d'un coup de folie ou tout simplement d'un coup de foudre. Dans ce monde tendu comme le vieil homme grabataire qui découvre l'agent Cooper blessé, l'amour peut surgir sur un coup de baguette magique (le flirt entre Lynch et Shelly, les regards enamourés d'Audrey pour l'agent Cooper qui finit par tomber dans les bras d'Heather Graham alors que celle-là craque pour Billy Zane) et le malheur peut frapper comme un éclair au croisement d'un chemin - Laura et sa cousine Maddy, la pauvre chtite Joan Chen, les victimes torturées de l'infâme Windom Earle... Rien n'est fait d'avance et c'est sûrement tout le génie de la série qui sous une surface très sucrée (les couleurs chaudes et boisées, les femmes douces à tomber, les goûts simplissimes de l'agent Cooper et du Shérif Truman) laisse apparaître en creux une dimension d'une noirceur infinie; même si les séquences derrière le rideau rouge restent rares, celle du dernier épisode est particulièrement éprouvante; chaque apparition de Bob ou de Windom Earle avec sa vicieuse partie d'échecs fait froid dans le dos et nombreux sont les personnages - Ben Horne ou Leland - dont les rictus inquiétants laissent apparaître une bien bizarre nature humaine.
On pourrait pérorer encore des heures sur la musique de Badalamenti, omniprésente et essentielle - avec, là encore, à peine une poignée de thèmes qui s'imposent vite comme des ritournelles, les 6 épisodes réalisés par Lynch mais avec une équipe de réalisateurs au taquet (dont en passant Diane Keaton qui signe un épisode de toute beauté)... Il y a plus que jamais dans une série l'impression d'être totalement immergé dans un "autre" monde si loin (dans les rebondissements, la géographie) et finalement si proche du nôtre (dans la véracité, le sentimentalisme, les coups de grisou des personnages). Bref, 17 ans après, Twin Peaks n'a pas pris une ride et fait d'autant plus regretter Inland Empire à l'herméneutique confondante (pas sûr que ce film, au contraire de la série, tombe rapidement dans l'oubli, je prend le pari, rendez-vous dans 15 ans). Voir et revoir Twin Peaks, c'est une nécessité. (Shang - 01/09/07)
Eh bien ma foi, à mon grand dam, je mettrai un bémol au discours énamouré de mon collègue sur cette saison 2, et un bémol de taille : après les 8 ou 9 premiers épisodes, tout ça part méchament en sucette au niveau des idées et de l'originalité, et les défauts apparaissent de plus en plus fréquemment. Certes, sur tout le début de cette nouvelle saison, on est transporté de bonheur à la vue de ces élucubrations incroyables, encore plus barrées que sur la série précédente. Les deux premiers épisodes notamment, réalisés par un Lynch en sur-forme, sont de purs chefs-d'oeuvre formels, entre un géant obscur, un petit vieux étrange qui fait 40 fausses sorties avant de s'effacer, un cheval blanc étincelant apparaissant au détour d'un plan, on ne fait que hurler au génie de bout en bout, jusqu'au dénouement (la découverte de l'assassin de Laura Palmer), qui donne lieu à une scène éblouissante. Bref, sur ces films-là, et malgré des mises en sènes diversement inspirées, on reste convaincu que Twin Peaks est bien la plus grande série qui se puisse concevoir.
Ensuite, donc, ça se gâte sévèrement. Lynch semble laisser tomber le projet, disparaissant d'ailleurs petit à petit de tous les postes du film : plus de réalisation, plus de production, plus d'écriture... Il ne vient pointer son nez qu'à l'occasion de son personnage de flic sourd qui ne fonctionne pas vraiment, et qui fait long feu. Et la série se ressent méchament de cette absence du maître. Plus aucune étrangeté dans les nouveaux personnages (un dandy surjoué, un méchant jamais inquiétant parce que trop fou, une blonde fatale complètement absente, une ex-nonne pâlichonne). Les nouveaux auteurs se contentent d'aligner les "freaks", là où Lynch construisait de vrais personnages, certes barrés, mais crédibles et toujours étonnants. Pire, les personnages principaux ressortent totalement délavés de cette seconde saison : Audrey Horne, jusqu'alors vénéneuse et machiavélique, devient une gentille jeune fille sans intérêt ; James Hurley se perd dans une sous-intrigue totalement bâclée et finit par être rayé corps et bien de la série ; Bobby Briggs devient responsable et concerné, horreur suprême ; Benjamin Horne, qu'on adorait dans sa vénalité et son burlesque, subit un mea culpa qui efface son caractère ; et même notre Dale Cooper perd toute son originalité en tombant amoureux. Les multiples intrigues sont toutes moins intéressantes les unes que les autres (l'histoire de James, donc, mais aussi les mésaventures de Josie et de Catherine, et surtout les hésitations de Lucy vis-à-vis de ses prétendants). Et puis côté mise en scène, c'est franchement à la limite du mauvais la plupart du temps, que ce soit dans les épisodes où les metteurs en scène s'effacent et tentent de copier le maître (les pires) ou dans ceux dirigés par des égotistes décidés à s'imposer (James Foley tente le film "jazzy psychologique" et se vautre gravement). Je reconnais que ça et là apparaissent encore de belles scènes (Andy qui fait de la spéléo dans le commissariet, c'est drôle, ou la "frankensteinisation" de Leo, habile), mais la série était indéniablement plus géniale du temps de l'affreux Bob.
Heureusement, Lynch revient pour un dernier salut, et réalise l'ultime épisode, absolument génialississime, histoire de montrer un peu qui est le patron. Les tâcherons qui ont réalisé les épisodes précédents ont dû en pleurer de honte. Dans ces dernières 45 minutes, on retrouve ce qui fait le génie de l'idée d'origine, et ce qui fait l'originalité renversante de Twin Peaks. Il y a notamment une scène dans une banque incroyable dans ses rythmes : Lynch se permet de ralentir presque jusqu'à l'arrêt la trame, en filmant un guichetier de 120 ans qui traverse un hall ou un employé qui apprend qu'il est papa (rien à voir dans l'histoire !), alors qu'on est tout entier tendu vers le dénouement et les aventures de Cooper. La scène de la Black Lodge est peut-être ce que Lynch a fait de plus effrayant (hurlements, lumières hyper-travaillées, violence sèche qui fait la texture des rêves). Rien que pour ces minutes-là, on ressort de cette série convaincus. Mais les producteurs ont bien fait d'arrêter la série ici, malgré les évènements laissés en plan : elle n'aurait jamais été culte sans la présence de Lynch, et commençait à prendre un peu l'eau. (Gols - 28/10/07)
08 octobre 2007
Twin Peaks saison 1 - 1990
Twin Peaks est la meilleure séries de tous les temps et je ne pense pas prendre beaucoup de risques, bien que n'ayant pas vu tous les épisodes de Star Trek...
Lynch a su créer un monde hors du temps, sans renier en rien ses fondamentaux: flirts à l'eau de rose et chansons de velours (veine Blue Velvet), personnages démoniaques, histoires abracadabrantes, héroïnes à renier sa religion, agent très spécial et doughnuts; comme ça en vrac et pour le plaisir, comment ne pas aimer une série où une femme parle avec sa bûche -qui cache bien des choses la coquine; où un psychiatre a des lunettes avec un verre bleu et un verre rouge; où l'agent du FBI trouve une piste lorsque, à l'écoute d'un nom tiré d'une liste, la pierre qu'il lance fracasse une bouteille - une méthode dérivée de ses rêves et de pratiques tibétaines (toujours su que Twin Peaks était ultra-politique); où des hordes de Norvégiens ou d'Islandais débarquent tout d'un coup pour foutre la pagaille; où un flic pleure à chaque cadavre qu'il croise et fait tomber son flingue à chacune de ses missions; où le héros est joué par l'icône Kyle MacLachlan -qui s'extasie ingénument devant tout bon café noir ou pie fourrée- et qu'il est entouré des sublimes Lara Flynn Boyle, Sherilyn Fenn, Mädchen Amick, Joan Chen... et j'en passe sinon je vais plus avoir de salive; où un ménate prénommé Waldo qui garde la langue dans sa poche tient peut-être la clé du meurtre; où les intrigues sentimentales et policières ne cessent de se faire, de se mêler et se défaire au fil des épisodes...
Avec Twin Peaks se crée la série mythique mais aussi un ton unique où le spectateur n'est pas pris pour une ménagère de moins de cinquante ans. Plus l'histoire part en live et plus on se délecte de la façon dont Lynch et Frost tentent de faire tenir tout cela debout: de l'audace, toujours de l'audace... Je me demande encore comment j'ai pu abandonner mon poste pour un temps, avide de me replonger dans la saison deux dont j'avais bien dû zapper quelques épisodes à l'époque. (Shang - 16/08/07)
Pas de problème : tout aussi emballé que mon camarade par cette série à 10467 facettes, que je suis tout prêt, comme lui, à considérer comme la plus grande série de tous les temps (avec The Kingdom de Von Trier, sans doute). Ce qui étonne le plus, c'est que Lynch et sa bande osent ce que nulle autre série n'ose : la latence (un des épisodes de cette première saison n'apporte rigoureusement rien à la trame, n'est qu'une suite de variations sur les personnages et l'ambiance) ; le rythme très lent, parfaitement en accord avec la musique et le jeu tout en minuscules gestes du grand McLachlan ; la direction des acteurs, hyper-travaillée, résolument à contre-courant des bâclages de Lost par exemple ; de vrais personnages profonds et originaux, c'est le moins qu'on puisse dire (mes préférences : Leeland Palmer, vrai personnage lynchien en ce qu'il amène le grotesque dans la tragédie la plus pure, et la standardiste quiche) ; et surtout le fait que finalement, c'est moins sur la résolution de l'énigme que repose l'attente d'épisode en épisode, que sur le miracle de la mise en scène. On attend impatiemment la suite pour voir comment le gusse va arriver à faire tenir ça debout, si cet univers incroyablement personnel va pouvoir continuer à être. Et, oui, au bout de ces 8 épisodes, l'univers ne cède jamais à la moindre concession, malgré un ou deux metteurs en scène un peu moins talentueux (Tim Hunter, par exemple, rate l'ambiance, et ne fait qu'une série parmi d'autres). C'est renversant d'audace tout en restant populaire comme un feuilleton, c'est hyper-conceptuel en se donnant des airs de polar à deux balles. Bref, Twin Peaks est l'antithèse de la télévision. Je me jette dès maintenant sur la saison 2. (Gols - 08/10/07)























