b10e9355d367db5a5c7440a5228fcf943815cd247e34a7e5a49d909624b80908La collection "L'Iconopop" cherche à dépoussiérer la poésie (si tant est qu'elle en a besoin), de lui faire prendre de nouveaux chemins, d'aller lui chercher une contemporanéité et une accessibilité nouvelles. Noble but, illustré ici par ces petits poèmes sexués et francs du collier autour de la découverte par un couple des bienfaits du sex-toy. Dans un savant enchevêtrement entre parole féminine et masculine, on fait peu à peu connaissance avec un couple, dont la découverte du "Womanizer", gode visiblement révolutionnaire, déclenche la parole trop longtemps empêchée autour de la masturbation. Chez elle, pouvoir du patriarcat et obligation à la moralité avaient jusqu'ici fait taire ses envies, ses pulsions, ses fantasmes autour de la chose ; chez lui, obligation de virilité, pudeur mâle et auto-centrage lui faisaient nier la vérité. Le verbe se libère enfin, donnant des poèmes joyeusement débridés rendant justice à l'acte onaniste, lui faisant retrouver sa saine place dans les relations de couple, et ouvrant finalement ces deux-là vers plus d'harmonie et de reconnaissance de leur propre corps et du corps de l'autre.

C'est léger et pop, comme le veut la collection, mais on ne peut s'empêcher aussi de tiquer un brin devant ce texte qui semble arriver bien trop tard. Aujourd'hui que pas mal de tabous tombent par rapport à tout ça, où il faut vivre dans le fin fond du Cantal pour ignorer encore ce qu'est un clitoris et où mettre les piles de son vibromasseur, ce texte pro-féministe apparaît un peu daté. Les injonctions que Pizzinat adresse aux hommes pour qu'ils comprennent enfin que leurs épouses (et même leurs mères) se branlent parfois (et même souvent) sont franchement des défonçages de portes ouvertes, à mon avis. Un peu fatigué de ces auteurs qui se réveillent aujourd'hui et se rangent du côté des femmes en fustigeant les hommes pour des défauts qu'ils n'ont plus depuis 25 ans au moins (je dis cela en sachant qu'il reste beaucoup d'hommes arriérés et beaucoup de femmes niées, hein, mais sont-ils vraiment le public visé par ce livre ?). Bref, foin de polémique : Pizzinat est doté d'une plume suffisamment dynamique et taquine pour qu'on passe par-dessus cet engagement facile et qu'on prenne plaisir à ces petites choses sans façon. Les textes envisagent la sexualité de la plus simple des façons, et par-delà de la plus saine aussi, et on se reconnaîtra sans problème dans ces expériences, souvenirs de jeunesse compris. Ce n'est pas tous les jours qu'on lit des poèmes sur le godemiché, ne nous privons pas et dégustons gentiment ce livre libéré et décomplexé avec le plaisir dû.