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Que voilà un film digne et respectable, aux intentions louables et au ton juste. Le fait est que j'ai plus tendance à préférer les films indignes et irrespectueux, aux intentions ambiguës et au ton intrigant, mais tel quel, Annie Colère est un téléfilm tout à fait acceptable. Après Mungiu, après Diwan, et après plein d'autres films, Lenoir arrive avec l'envie de nous raconter comment se sont passées les années d'avant la loi Veil, celles où, pour avorter, des milliers de femmes étaient obligées de recourir à l'illégalité, au danger de mort et à la honte. Soit donc Annie, petite bonne femme coincée, qui se retrouve un beau jour contrainte à l'avortement, en ce début d'années 70. Elle découvre un groupe de femmes qui se sont organisées pour pratiquer l'acte interdit, et qui l'effectuent avec une empathie, une solidarité, une compréhension totales envers ces pauvres femmes désemparées. Sitôt la chose faite, Annie décide de rallier elle aussi le groupe d'entraide, et découvre alors la politique, le féminisme, la rage du combat, la force des convictions, et la sororité, au contact de ces "Mères Courage" toutes d'indignation. Mais qui dit engagement dit implications familiales qui s'effritent, incompréhension de ceux qui "n'en sont pas" (la plupart des hommes), veillées tardives et prises de risques. Au début, Annie manque de se faire renverser sur son vélo pas éclairé en pleine nuit ; à la fin, on la voit rayonnante sur un beau vélo en plein milieu de la route, souriant dans sa robe sexy. C'est dire le chemin parcouru par la bougresse. Le film, finalement, est beaucoup plus sur la solidarité entre femmes, l'émancipation de l'une d'elles, la découverte de son âme politique, plutôt que sur la légalisation de l'IVG ou sur les difficultés rencontrées par ses défenseurs.

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Dans ce qui nous est raconté, pas de souci, le film est intéressant, instructif, parfois même étonnant. On assiste assez médusé à ces séances d'avortement secrets, Lenoir évitant à tout prix la violence des films de ses aînés. Ici, ça se passe bien, malgré le désarroi et parfois le désespoir de ces femmes, qui ramènent toutes un petit bout d'expérience sordide de la vie sexuelle des femmes en 1974. Par la douceur, elle montre ces infirmières amatrices se dévouer à la patiente, ici entonnant une chanson douce (Rosemary Standley fait partie du casting), là prodiguant gestes rassurants et mots réconfortants. Mine de rien, tout se passe plutôt bien, malgré l'afflux de demandes impossibles à satisfaire, malgré quelques tensions de groupes, malgré l'éternelle lourdeur des hommes, malgré les larmes de peur. Ce choix de la douceur éloigne le film de Lenoir des moments ardus et sordides des autres films sur le sujet, et permet de se concentrer sur le seul qui vaille : le cheminement moral de Annie. Assez fluide, bien renseigné, envoyant dans l'ordre des scènes certes attendues mais plutôt bien écrites, le script tient la route. Pour tout le reste, malheureusement, on sera moins indulgent. Notamment pour la direction d'acteurs : Laure Calamy, pour cette fois, peine à sortir du cliché de la fille coincée qui devient forte à force de convictions, elle joue un peu faux, un peu en construction laborieuse ; et autour d'elle, les autres sont tout aussi "théâtrales", quand elles ne sont pas carrément mauvaises (Standley). Et puis au niveau de la mise en scène, Lenoir reste au niveau zéro de ce qu'on peut imaginer au cinéma ; elle filme platement ce qu'il y a à filmer, sans personnalité, sans esprit, sans idées. Les bonnes intentions du film se cassent les dents devant l’œcuménisme de la réalisation anonyme et fade. Ajoutez à ça un goût prononcé pour la symbolique lourdaude, et vous obtenez un de ces petits films sympathiquement indigné, mais à la portée très très relative.

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