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André Berthomieu est bien oublié aujourd'hui, mais s'il ne nous a offert que des films comme Scènes de ménage, on peut en comprendre la raison. Voilà en effet une adaptation bien pataude de trois petites pièces de Courteline, déjà pas prodigieuses en elles-mêmes. Le compère écrit un fil directeur pour relier trois scènes, et se contente ensuite d'un "théâtre filmé" très paresseux, c'est pas terrible. Bon : soit trois dames du monde à une table dans une brasserie parisienne. Ça regarde les autres femmes en ricanant, ça s'envoie des vacheries, ça se moque et ça projette du fiel sur les hommes, bref, des femmes, quoi. Chacune d’elles va alors raconter une histoire domestique qu'elle a vécue, toutes tendant à prouver que l'harmonie est impossible entre hommes et femmes. La première est une dispute entre mari et femme rentrant de soirée, la dame s'étant faite draguer par un militaire, le monsieur étant de ce fait fumasse. Il est pleutre comme tout, elle le cherche à qui mieux mieux, j'aime autant vous dire qu'il y a de la vaisselle cassée. Bon, comme c'est Bernard Blier qui campe le sieur, on rigole quand même un petit peu, l'acteur a indéniablement le sens du rythme, contrairement à sa partenaire Sophie Desmarets, qui a bien du mal à se hisser à sa hauteur. Ce qui afflige, au-delà des imprécisions de jeu et du texte bien démodé, c'est le filmage de Berthomieu, qui semble ne pas avoir quitté les rangs du théâtre de la Michodière, et filme ça avec une paresse extraordinaire. On n'est même pas dans le savoir-faire pépère, et on ne peut même pas apprécier le texte dans ces conditions, tout lacéré qu'il est par ce montage amateur. Autant revoir une bonne vieille VHS avec Jean Le Poulain et Micheline Dax.

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Il en va de même pour les deux sketches suivants : un mari qui décide de mettre des amendes à sa femme à chaque fois qu'elle l'emmerde, avec là aussi un comédien pas mal (François Perrier tout en moustache) et une comédienne pas à la hauteur (Marie Daems), mais avec un texte cette fois-ci un peu lus marrant. La façon dont Madame parvient à retourner une situation verrouillée à son avantage est assez rigolote. Enfin, le sommet du film : une adaptation des Boulingrin, où ce brave Des Rillettes (Jean Richard) est torturé par l'infernal couple (Louis de Funès, très en retenue, et Marthe Mercadier, en forme). C'est enlevé pour le coup, les acteurs s'amusent bien, nous un peu moins, mais l'énergie est là. La lecture par Berthomieu de la pièce est hyper simpliste, il n'y voit aucune ambiguïté ; et sa mise en scène est toujours proche du hideux : décidément le bougre transforme tout en gadoue. Mais il n'y avait de toute façon pas grand-chose à attraper dans ce projet sans envergure, qui ne fait que filmer des pièces de théâtre sans y ajouter quoi que ce soit de cinématographique.