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Vous me trouvez là en plein désarroi, les sentiments bien partagés par ce western à la fois tout pourri et intéressant. D'un côté, la mise en scène et le montage témoignent d'un amateurisme et d'un je-m'en-foutisme flagrants. Levin veut faire un western classique et en même temps ancré dans une forme moderne, c'est comme faire entrer un carré dans un rond. Il y a des plans pris depuis un avion, de la caméra à l'épaule, du montage cut, autant de motifs très actuels à l'époque ; mais c'est pour filmer des chevaux et des cow-boys : ça pourrait être intéressant, mais ça crée un hiatus très gênant, embarrassant, et qui fait sortir constamment du film. D'autant que Levin n'a aucun talent pour le rythme des séquences et des plans, et réalise un western confus, maladroit et qui pique même souvent les yeux... ainsi que les oreilles, la musique de David Whitaker, elle aussi complètement anachronique dans le contexte, tombant là comme un cheveu sur la soupe. Pour parachever le tout, ajoutez à ça un scénario assez improbable et lourdement psychologique : une bande de Sudistes hors-la-loi, dirigée par l'impétueux Parson Galt (Jack Palance) profite de la guerre pour semer le chaos et commettre force vilenies dans les environs. En son sein se trouvent les trois fils de Parson, bibliquement nommés David, Adam et Jacob. Or, David ne supporte pas les exactions commises par ses père et frères. Désobéissant de plus en plus à l'autorité paternelle, et reniant du même coup son camp sudiste, il finit par se retirer sous un faux nom, avec femme et enfant, dans le paisible Texas. Mais la bande à Galt, même une fois la guerre finie, continue à piller, violer et tuer, et se retrouve bientôt sur les traces de notre honnête garçon. Comment celui-ci viendra-t'il à bout de la malédiction familiale, et parviendra-t'il à se débarrasser complètement du joug de son père et de ses frères sans pour autant les descendre ? 

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Une sorte de East of Eden en stetson, pour ainsi dire, et traité avec nettement moins de subtilité. IL faut dire que les acteurs n'y vont pas avec le dos de leur fauteuil de psy pour nous prouver que le complexe d'Oedipe marche et qu'il a fait des ravages. La Palme dans le genre est incontestablement attribuée à Palance, qui a dû regarder en boucle Mitchum dans La Nuit du chasseur, et qui en ramène un jeu hallucinant de cabotinage : le bougre hurle comme un coyote dans la montagne, sort des rictus de hyène à faire frémir, rugit façon tigre en rut, un vrai festival... qui ne mène malheureusement qu'à notre hilarité, Palance n'étant pas le nouveau James Dean, et sa composition de personnage laissant apparaître des traces de "Method" mal digérées. Pas mal de points négatifs, vous l'aurez compris, dans ce western tout maladroit et branquignole. Mais mais mais, il faut aussi reconnaître que The Desperados a indéniablement un ton, et un ton très noir qui plus est. Tout en ménageant les scènes d'action incontournables dans ce type de production (elles sont un peu confuses, elles aussi, mais passons), Levin s'intéresse avant tout au personnage et au destin. Il y a quelque chose de la tragédie grecque dans cette histoire de paternité mal assumée, de fatum, et d'impossibilité d'échapper à ses origines. En choisissant cet acteur "normal" (Vince Edwards) comme personnage central de son récit, il se range dans le camp de la véracité, surtout psychologique. C'est lourd, oui  mais c'est efficace à plein de moments, notamment dans l'implacable dénouement très noir du film. On aime cette histoire de cow-boy cherchant à se racheter mais rattrapé par son passé, sa famille, son dilemme moral. C'est déjà ça de pris. Confiez un tel scénario à Kazan ou à Ray, et vous avez un chef-d’œuvre.

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