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Voilà un film sain et franc qui fait du bien par où il passe, c'est-à-dire par vos yeux avec un détour vers votre estomac retourné. Ti West réussit l'exercice forcément périlleux de résurrection d'un genre propre aux années 70, le "slasher", en en respectant non seulement les codes mais le style même, si bien qu'on a l'impression, dans le grain de l'image, dans le montage, dans la photo, d'être replongé dans un bon vieux Tobe Hooper ou dans un Wes Craven des débuts. Il y a quelque chose de la crasse des films de ces grands maîtres, et, avec un respect qui confine à la dévotion (et comme on le comprend), West rend un hommage énamouré à ce cinéma-là, sans jamais tomber dans une ironie à la Tarantino, avec un véritable amour pour les anciens. Le plus beau étant qu'il parvient, même au milieu de cette forme si codée, à exprimer des choses contemporaines : la peur de la vieillesse, le sexe comme épouvantail moral à l'heure du porno, le rapport à sa propre image. Ces thèmes sérieux ne parasitent jamais le plaisir gore qu'on a à voir des têtes gicler et des yeux crevés : bref, le plaisir régressif est total, le cerveau pas oublié, et notre petit cœur avide de sang comblé.

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D'une situation presque clicheteuse quand vous avez vu Massacre à la Tronçonneuse ou Evil Dead, West déploie une thématique très intéressante. Une bande de jeunes s'isolent dans le trou du cul de la campagne ricaine, avec ses stations essence pourries et ses autochtones bas du front, on sent bien que leur espérance de vie s'amenuise. Ils occupent une maison louée par un couple de vieux (mal maquillés) et se consacrent dès lors à ceux pour quoi ils sont venus : tourner un film de cul. Durant la première demi-heure, classique, il ne sa passe pas grand-chose, excepté ces dames dénudées qui s'envoient en l'air dans toutes les positions inventées par notre Seigneur. C'est la partie fesses de cette histoire, tout film d'horreur des années 70 se devait de montrer un peu de sexe et de flirter avec la légalité. Ces ébats sont observés par la voisine, petite vieille en plein désarroi depuis que son mari se montre incapable de l'honorer. La frustration sexuelle, alliée à une démence sénile, va pousser notre mamie à décimer ces petits jeunes, aidée par son mari, dans une débauche d'hémoglobine tout à fait réjouissante. S'ouvre alors la partie gore, et Ti West se montre particulièrement compétent dans le genre : fini les petites coquetteries du cinéma d'horreur récent, le gars filme net et droit, sans s'embarrasser de pudeur mal placée. Il prend même un plaisir communicatif à broyer des têtes ou à pulvériser des corps, retrouvant quelque chose du malaise et du dégoût des premiers temps du gore. On ne peut qu'applaudir à cet hommage direct au genre : on s'amuse beaucoup à regarder ces crétins réduit à l'état de viscères fumantes par une grand-mère complètement folle, qui agit sans aucune explication psychologique fumeuse, avec une ferme résolution.

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Pas d'explication, certes, mais une jolie variation autour des corps, ceux qu'on déifie, ceux qu'on repousse. En miroir des scènes de sexe du film porno, il y a celle, malaisante, de ces vieillards qui baisent plein cadre, vision presque aussi dérangeante que celle de la violence crue à venir. Le film, s'il interroge quelque chose (ce qui reste à prouver), interroge notre regard sur les corps : après nous avoir attiré avec ces corps jeunes et nus, il leur oppose des corps vieillissants ou disloqués ou ouverts, créant ainsi un vrai trouble dans notre regard. West a compris que le gore travaille sur une objectivisation des corps, sur une mise à plat de ce qu'est un corps. Il le fait dans un objet brillant et fun, très divertissant, ce qui n'enlève rien à la belle intelligence de ce film surprenant (et fort bien joué, notons-le au passage) qui nous arrive d'un cinéaste dont on n'attendait pas un tel cadeau.

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