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Voici donc la dernière image du dernier Godard de notre vie. Sentez-vous le tremblement dans ma voix à l'heure de vous présenter l'ultime œuvre de ce génie interstellaire, qui m'aura pour ma part accompagné et réjoui (ou énervé, oui, c'est vrai, parfois) toute ma vie ? Bon, en fait, ce n'est pas tout à fait un nouveau film, mais le remontage d'un court-métrage plus ancien, Dans le Noir du Temps, "pour les spectateurs de Ramallah et de la bande de Gaza" nous annonce-t'on. Bon. N'ayant guère de souvenir du film d'origine, je prends ça comme une nouvelle œuvre à déguster. Et quelle. Pris dans ses dernières heures en plein exercice de tristesse et de nostalgie, JLG nous tricote une nouvelle ode à la fin, la fin de tout, de la mémoire, du temps, du cinéma, de la parole, et, devine-t'on en filigrane, la sienne propre. Une sorte d'adieu dans les formes à un art qu'il vénère, et à tous les arts, on connaît la chanson.

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Dès que retentissent les premières notes de piano (Beethoven en guest), dès que se fait entendre cette voix si particulière, sépulcrale, prophétique, d'outre-tombe, dès que commence ce montage comme toujours kaléidoscopique, on est dans un Godard, et un des plus sensibles qui soient. Le gars monte comme toujours des bribes de culture ensemble, ses propres films, des tableaux, des bouts de films d'actualité, quelques traces de films d'autres (Hitchcock, Dreyer, Pasolini...), et se livre à une nouvelle élégie pour la disparition de l'art, commentée par des dizaines de voix qui s'entrechoquent, disposées comme une bande musicale. Ce savant mélange entre mots, musique, images fixes, images mouvantes, inscriptions à l'écran (ce mignon jeu sur le relief des couleurs des mots) fabrique un moment hors de tout, hanté et magnifique. Il y a un côté romantique surprenant dans ce film qui ne se cache pas de travailler sur le sentiment de perte, ou pour apparaitre comme un film testamentaire. On est là face à un des films les plus simples, les plus directs, du Godard des dernières décennies, l'émotion est pure, on ne cherche pas forcément le sens, qui vient justement de l'émotion. L'impression de la mort qui arrive est juste induite par cette poignée d'images saturées, comme déjà abimées par le temps, par cette musique bouleversante, par ces phrases toutes plus belles les unes que les autres ; et on ne cherche pas à décrypter la chose, comme ça a pu être le cas dans les JLG les plus sibyllins. Magnifique adieu.

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God-art the cult