couv58208629Dans Les Liens artificiels de Devers, il est question de métavers. Ça rime et c'est sans doute l'un des seuls trucs vraiment intéressants. Je sais que je porte la poisse aux bouquins sélectionnés pour le Goncourt mais faut reconnaître, ces bougres d'écrivains, qu'ils ne font pas grand-chose pour se donner une chance... On aime, pourtant, quand les écrivains français osent s'aventurer sur la voie de la SF ; Gaudé l'a même fait avec un certain brio dans sa dernière œuvre... Mais là, que dire, sinon qu'on reste vraiment sur sa faim... Il s'agit-là d'un type raté (il enseigne le piano, il se rêve en Gainsbourg des temps modernes, il ne lui arrive pas au filtre de ses clopes sans filtre) qui, un jour de lose, se lance dans ce nouveau jeu : Heaven, un monde virtuel qui serait la parfaite réplique de notre monde... Où tout est possible, tout étant encore à faire... Notre homme, pauvre, se rend compte qu'en investissant dans l'immobilier, il peut gagner de la thune (diable, c'est si différent de notre propre monde !) ; il le fait, s'enrichit (dingue !). Il tue une personne (une des quatre missions, si on l'accepte, du jeu) et s'empresse de prendre quarante gardes du corps (cool, quelle espace de liberté ce monde virtuel où il faut être avant tout précautionneux)... Tout est un peu à l'avenant, résumerais-je, comme si Devers se faisait une joie de faire évoluer son héros dans un monde encore plus merdique que le nôtre... Du coup, les péripéties de notre artiste raté (il écrit des poèmes nullissimes dans cet autre monde qui deviennent des succès immédiats) deviennent vite d'un morne, d'une morgue terrible. Même sa rencontre avec Gainsbourg (des morts ont été introduits dans cet univers) est d'un pathétique absolu et n'aboutit à rien... Devers a beau essayer de placer ici ou là quelques petites références à la Bible pour essayer de mettre en perspective le créateur de cet "Antimonde" qui se joue de ses créatures virtuelles, tout cela ne casse pas un genou à un flamant rose... Notre raté se prend au jeu de sa réussite (ouaouh !) mais on sait dès le départ qu'à force de faire le malin il se jettera de lui-même dans le ravin - autant dire que même le suspense est mort. Un roman dans l'air du taon, comme disait l'autre, qui semble déjà affreusement datée - Philip K. Dick était dix fois plus imaginatif et ambitieux en son temps - Philip K. Dick, hein, je parle pas d'Asimov ou d'Huxley. Du coup, ce petit roman albinmichelesque (quelle horreur cette couverture), aussi passionnant qu'un synopsis de Luc Besson, semble malheureusement déjà bien artificiel. Je vais lire Céline, tiens, je suis sûr au moins qu'il sera au niveau du Goncourt - même s'il s'agit de ses pires brouillons...