9782818055960,0-8705276La technologie moderne débarque en littérature, et ça peut donner de belles choses. Comme ce GPS, sorte de conte étrange à la limite du fantastique et du polar, prenant comme principe de base la géolocalisation. A l'occasion de ses fiançailles, Sandrine, la meilleure amie de la narratrice Ariane, lui communique sa position par GPS, et se voit ainsi représentée par un rond rouge sur le portable de la belle. Quand Sandrine disparaît brusquement au lendemain de la cérémonie (meurtre ? suicide ? fuite ?), il ne reste à son amie que ce point qui continue d'exister... et de se déplacer dans des endroits qui évoquent leur passé commun. Désormais complètement obsédée par cette présence/absence, Ariane perd le fil de sa vie, et entreprend une filature "à distance", Google street bien en main. Beau sujet, qui exploite l'aspect fantomatique de la technologie et des réseaux sociaux : qui Ariane suit-elle réellement ? Sandrine ? son assassin ? son fantôme ? elle-même ? Le monde, totalement déréalisé, devient un concept abstrait, qui échappe aux saisons, au temps, où toutes les barrières concrètes sont abolies, où on peut passer d'un pays à l'autre en deux secondes. Du coup, le potentiel assassinat de Sandrine devient un fait dénué d'affect, tout comme les faits divers qu'Ariane rédige pour un journal, et qu'elle invente ou réécrit à la moindre occasion : le monde devient un pur concept, une suite de chiffres, manière après tout comme une autre de faire son deuil. Le souci, c'est que ce point rouge qui se joue des souvenirs des deux amies devient la seule raison de vivre d'Ariane, au point de remplacer la réalité, de devenir le point obsessionnel de sa névrose, de remplacer les ballades concrètes par des promenades virtuelles improbables, sentimentales et déstabilisantes. On attend avec fatalisme le moment où Ariane va réellement perdre pied... et on est d'autant plus surpris par le dénouement, qui déjoue nos prévisions. Après un développement qui piétine parfois un peu, qui a tendance à se répéter, à s'étirer en longueur, la fin apporte une vraie force au roman. L'écriture du livre, très "POL", joue sur la distance, sur une blancheur qui atténue les sentiments : pas de grandes envolées là-dedans, juste l'enregistrement minutieux d'une folie obsessionnelle. Le récit n'est pas dénué d'humour, et s'échappe bien souvent vers une sorte de fantastique moderne, qui n'est pas sans évoquer David Cronenberg ou Kiyoshi Kurosawa. L’écriture peut paraître un peu plate sur la longueur, cet intéressant récit aurait sûrement mérité un traitement plus sanguin, plus incarné. Mais la mise à distance participe aussi au concept du roman, à cet abandon progressif des sentiments (qui va à l'inverse du mouvement de découverte de soi-même, de ses souvenirs d'enfance), de cette virtualité qui s'empare de tout. Et il fallait bien cette sorte de neutralité pour rendre l'idée principale si percutante : et si l'informatique, les réseaux, la mise à distance de nos vies, l'informatisation de tout, constituaient notre avenir psychique et sentimental futur ?