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Partons au Cameroun, si vous le voulez bien, pour découvrir cet "enfant de l'autre" puisqu'il s'agit là du sous-titre français. Le film commence de façon un peu surprenante, à la (came ?) Rouch, puisque l'on suit des cérémonies annuelles traditionnelles. On sourit jaune, on se dit qu'on va encore se taper un truc anthropologique mortel et qu'on sera obligé d'en dire du bien pour paraître respectueux... Mais cette intro, toute en caméra portée, dérive bienheureusement rapidement sur un homme qui enlève un enfant, qui se voit poursuivi par la mère dudit enfant et par toute une foule en colère (on sait que les foules sont rapidement en colère dans ces pays fiévreux)... Un homme qui se bat pour son gosse ? Comment a-t-on pu en arriver là ? C'est parti pour un long flash-back qui constituera l'essentiel de ce métrage. Pour la faire simple on assistera aux amours naissants entre Ngando (homme musculeux qui ferait passer Omar Sy pour une balançoire) et Ndomé (une jeune femme au sourire accueillant et chaleureux) : il veux la marier, a besoin d'argent pour la dot, demande à son oncle l'argent. Le problème c'est que ce dernier, déjà marié à quatre femmes, n'a pas d'enfant et lorgne du même coup sur cette jeune vierge (les Femens ont les seins qui leur en tombent). Pour éviter tout dérapage de l'oncle, Ngando finit par coucher avec Ndomé... Mais cela sera-t-il suffisant pour qu'ils restent ensemble, rien n'est moins sûr...

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Après cette introduction agitée sur des cérémonies africaines toutes en bruit et en fureur, on semble rester dans une vaine réaliste où les cadres seront bienheureusement beaucoup plus posés. Le cinéaste aime à user des gros plans pour montrer la bonhommie, la gentillesse ou la colère de ses acteurs principaux ou n'hésite pas à élargir son cadre et à les filmer légèrement en  mouvement pour leur donner un peu plus de liberté (les jolies séquences de "flirt", notamment, entre nos deux jeunes amants - remarquez la rime interne, merci). Pour des scènes plus tendues, en particulier la confrontation entre Ngando et l'oncle avec au milieu femme et enfant (puisque enfant il y a aura), on aura droit à des plans (quasiment) fixes où chacun semble solidement camper sur ses positions... Si le montage n'est pas toujours d'une fluidité déroutante, si le jeu (ah le jeu de certains acteurs africains qui surjouent avec allégresse certaines émotions) n'est pas toujours dans la nuance, si la misogynie fait mal aux fesses (cet oncle évoquant ses quatre épouses stériles, des bégonias putain ; et puis tiens, toi, mange cette baffe et mords la poussière), difficile de ne pas succomber malgré tout à cette complicité entre ces deux jeunes gens qui semblent vouloir, hors des sentiers battus, hors des convenances, hors de la tradition, hors de cette coutume coûteuse de dot, vivre leur amour. Ngando se fend en quatre pour gagner un peu d'argent (et ping mon arbre de cent ans que j'abats à la hache, Hulot fait une syncope et c'est pas si grave) mais la société dans laquelle il vit se révèle définitivement plus dure à faire plier. Joli film africain vintage qui n'a rien perdu en fraîcheur.

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