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Après Into the Inferno, l'ami Herzog rend hommage à deux vulcanologues français émérites, les époux Krafft, morts sur le champ d'honneur au Japon. On est toujours content de voir le réalisateur s'intéresser à ce genre de personnalités de l'extrême animées par le même feu que celui qui bout au sein d'un volcan, par exemple (oui, je suis fatigué en ce moment, j'aime la facilité). Le doc commence d'ailleurs avec des images des époux Krafft sur le lieu du futur drame. Maurice est guère impressionné par la petite coulée pyroclastique (je suis devenu spécialiste, du coup, à force de me taper des reportages sur le même thème) à laquelle il assiste. Du pipi de chat. Et si on allait y voir de plus près ? C'est là sans doute l'erreur fatale des Krafft qui emmèneront dans leurs cendres, malheureusement, d'autres Nippons... Mais avant d'en arriver là, de revenir sur les derniers instants des Krafft qui partiront fatalement en fumée, petit tour d'horizon des lieux éruptifs visités par le passé par lesdits époux. On sent dès le départ que ce qui intéresse Herzog dans ce portrait, c'est la transformation des deux vulcanologues en réalisateurs, en chercheurs d'images lavesques pyrotechniques, en cinéastes de terres dévastées encore fumantes... On avait l'impression d'avoir déjà vu certaines de ces images dans Into the Inferno, on s'en reprend une couche (de cendre) sans moufter. S'il faut reconnaître à la fois une certaine majesté dans ces images de feu, si on comprend toute la fascination qu'elles peuvent produire en particulier lorsqu'on se trouve aux avant-postes, si Herzog se permet même de sortir des sentiers battus (et de son sujet original) pour montrer les Krafft filmer autre chose que cette terre en fusion, on est un peu déçu de ne pas en apprendre un peu plus sur ce couple d'aventuriers qui s'est connu tout jeunot en Alsace... De l'image impressionnante, il y a, mais rien en contrepartie sur leur travail scientifique, sur leur investissement auprès des populations visitées, sur leur complicité, etc... Herzog monte des images des archives de Krafft sur des musiques (du monde) lyriques à souhait, on reste comme toujours totalement éberlué sur ces images mêlant notamment feu et eau à Hawaï, mais on reste un peu simple spectateur sans avoir l'impression qu'Herzog se fatigue à faire des commentaires, des mises en abyme, un peu plus pointus... Un requiem, oui, c'était dit dans le titre, mais sans la petite pointe caustique d'Herzog cela manque un peu de sel, tout de même... Des images dévastatrices qui possèdent une étrange beauté, un bel hommage à deux êtres ayant le feu sacré, mais un opus un peu rat en herzoguismes ironiquement pertinents.   (Shang - 26/09/22)

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Je me suis bien laissé porter, pour ma part, par les images impressionnantes qui font l'essentiel de ce film solennel et majestueux. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir déjà vu ces images dans Into the Inferno, qui m'avait un poil déçu : ici, les plans pris dans des cadres très rapprochés d'explosions, d'éruption, de flots de lave, de pans de montagne qui s'écroulent dans le feu, sont si beaux qu'ils confinent souvent à l'abstraction, comme un tableau d'art contemporain ; et on reste fasciné par le spectacle proprement hallucinant de cette nature en train de se laisser aller. Les musiques, très judicieusement choisies (et Bach, Ana Gabriel, Verdi ou Jackson Wilson ont dû avoir un coup au cœur en se voyant qualifiés de "musique du monde" par un Shang pour le coup peu mélomane) soulignent la plupart du temps la grandeur des images, mais savent aussi se faire moqueuses ou évocatrices d'un état d'esprit, d'un pays, d'une époque. Si le film n'a en effet que peu le ton "Herzog" qu'on aime tant, on reconnaît pourtant bien derrière ce spectacle notre cinéaste allemand préféré. Dès le départ, sa façon de densifier ce qu'on voit à l'écran par une voix-off anxiogène, racontant un peu plus que ce qui nous est montré, réussissant à charger de suspense la moindre expression de visage, la moindre petite fumée, simplement par une voix off qui souligne, par une gravité du texte... Beauté du montage ! On reconnaît aussi Herzog dans sa volonté de rendre ses personnages plus grands qu'eux-mêmes ; ici en appuyant sur leur possible dissension conjugale, sur la possible domination de monsieur sur madame, sur sa responsabilité dans la mort de tous ces gens. Herzog ne peut pas s'empêcher d'interpréter ces images, et de nous les donner à lire selon ce que lui a choisi, manière de détourner le réel de son caractère, de le rendre plus flamboyant. J'adore cette façon de faire qu'il a toujours eue, et dont il reste ici quelques traces. Très personnel malgré le fait que ces images ne sont pas de lui, Au Coeur des Volcans est un film fasciné non seulement par les soubresauts de notre planète mais aussi par le poids du destin, par la mort, par le hasard. Deux minutes plus tard, et le couple aurait disparu dans les flammes en telle année dans telle irruption ; trois mètres plus loin, et ils auraient grillé sur place. Par-delà l'aventure extraordinaire de ces fous de volcans ayant été au bout de leur passion, c'est le style de ce cinéaste caché derrière les images qu'on aime dans ce film. Grand petit film, qui m'a cueilli presque par surprise.   (Gols - 08/10/22)

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Venez vénérer Werner