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I Comete, les comètes en Corse, est un film assez fulgurant, au niveau de son concept, un peu dur d'accès au niveau de sa construction narrative mais goûtu comme un saucisson d'âne... Mais fi des stéréotypes, des références faciles, d'autant que Tagnati se montre ici relativement habile pour prendre à contre-pied les clichés sur l'île de Beauté. De beauté, certes, il y a, dans ces paysages montagneux mais l'idée est plutôt ici de filmer les individus, en caméra fixe, lors de saynètes plus ou moins longues, plus ou moins drôles, plus ou moins passionnantes... Des caméras de surveillance ont été installé dans le village pour un coût astronomique et Tagnati semble d'une certaine façon vouloir montrer ce qu'elle pourrait capter, gommant ici en un sens toute mise en scène factice. On assiste ici, façon puzzle, à des séquences où l'on retrouve certains personnages (Bastien, une grande gueule, ex prisonnier qui se la pète - et qui est souvent pété ; Théo qui revient au village et compte s'y installer après une expérience infructueuse en Bretagne ; une grand-mère ; une jeune fille adepte de vidéo où elle excite son correspondant ; François-Régis un black qui "dénote" dans le paysage (le corse est corse, je le rappelle, généralement caucasien) mais qui fait rapidement figure de sage du pays...), des personnages que l'on voit évoluer au fur et à mesure et dont on tente peu à peu de définir le caractère, le rôle, les valeurs... Si le spectateur peut se retrouver quelque peu désarçonné au niveau du fil rouge, de la structure narrative, cela lui permet aussi non pas de se perdre dans un quelconque suspense surfait ou de se laisser happer par une dramatisation artificielle mais plutôt de le laisser se concentrer sur les liens entre les personnages et surtout sur les liens qui les lient à cette terre.

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Au cours de cet été, certaines personnes reviennent sur leur terre d'origine et Tagnati de questionner justement ce lien perdu ou à retrouver. Loin des sentiers battus (la personne la plus dangereuse, la plus "mafieuse" est incarnée par une gamine qui dit froidement ce qu'elle pense à son entourage, le gars François-Régis apparaît résolument comme le dit un personnage "plus corse que les corse" et rompt résolument (pas seulement physiquement) avec tous les clichés de l'autochtone de base...), le réalisateur nous montre au cours de ces instants pris sur le vif, de ces dialogues au débotté (même les simples discours sur le foot finissent par questionner l'attachement sentimental à ses origines, à ses valeurs...) le véritable caractère de chacun, son attachement à cette terre et sa fonction au sein de sa petite communauté... Tagnati, en nous montrant le gars Bastien qui se noie progressivement dans l'alcool avant un nouveau baptême en forme de résurrection, le gars François-Régis qui tente de faire entendre raison à ces divers protagonistes sans forcément jouer les moralisateurs, certaines tensions au sein du village qui éclatent ou encore certains conflits larvés qui se règlent, dresse finalement le portrait en pointillé de ce petit coin du monde en nous laissant une grande liberté d'interprétation, en nous laissant intelligemment combler les vides... On s'amuse de certaines saynètes (et parfois... de leur fulgurance - cette leçon de piano, waou) comme on salue ce concept ambitieux - même si parfois, avouons-le, on perd un peu pied pour ne pas dire un poil patience devant ces systématiques coq à l'âne. I Comete demeure un film original, de toute beauté comme cette île unique, certes un brin destabilisant parfois mais cela est tellement rare dans la production française actuelle qu'il serait bien mal venu de s'en plaindre... Comi, vidi, conquis.

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