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Rhhaaaaa oui, bon, ok, j'admets, ce film est mauvais. Mais finalement beaucoup moins que Secrets et Mensonges ou certains Hal Hartley. Pour peu qu'on soit dans une humeur bienveillante et client de films en costumes empoussiérés, on peut même prendre un certain plaisir à suivre ce film modeste narrant un peu de l'existence de W.S.Gilbert, auteur, et Arthur Sullivan, compositeur, stars incontestées de l'opérette dans les années 1880 (Shang vient de s'évanouir). Pour être précis, on les attrape ici en période de crise : le duo célèbre bute sur les insuccès, après avoir fait les beaux jours du théâtre Le Savoy. Sullivan, malade et dépressif, rêve de grand opéra ; Gilbert échoue à se renouveler et raconte toujours la même histoire ; c'est la crise, et le duo parfait se fissure, entraînant avec lui toute la joyeuse équipe qui l'entoure depuis toujours. Mais la mode japonaise naissante va à nouveau inspirer les bougres, qui vont offrir à la bonne société anglaise leur plus grand succès, "Le Mikado". On assiste ainsi à la décadence puis à la renaissance de deux artistes populaires, qui apprennent à faire avec ce qu'ils sont (des amuseurs), au travers de la mise en place de leur spectacle le plus marquant. Oui, bon, pendant 2h30, ça fait un poil long, et on voit bien que Leigh se fait plaisir, garde tout de son scénario, l'utile comme le raté. Et le fait est que de l'utile, il y en a peu, et du raté, beaucoup.

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C'est toujours pareil avec le cinéma anglais : c'est nul, mais super bien joué. Ça se vérifie une nouvelle fois ici, avec cette bande de comédiens parfaits, d'une justesse épatante, au service d'un scénario convenu jusque dans la tasse de thé servie à la scène 14. Tout est académique dans la mise en scène de Leigh, tout est attendu, la caméra est toujours dans l'axe qu'on attend, le montage est toujours exactement comme on l'imagine. A croire que c'est une machine qui produit tout ça, du scénario aux finitions, de la musique aux costumes. La même machine qui sert à James Ivory par exemple. Au sein d'une telle série de clichés épuisant, Leigh parvient toutefois, reconnaissons-le, à trouver une petite place entre deux perruques empesées et trois dialogues laborieux. Les scènes d'opérette sont plutôt plaisantes, parce que filmées au premier degré, sans un soupçon d'ironie, en réel amoureux de ces chansonnettes et de ces costumes kitchounets. Et on se prend, mais oui, à dodeliner de la tête devant l'énergie de ces ritournelles à deux balles, et à se fendre la pipe devant les petites inventions scéniques de l'époque. On peut voir aussi dans le scénario un autoportrait de Leigh, qui accepterait enfin de se voir comme un honnête artisan et non plus comme le grand cinéaste palmé qu'il a peut-être eu l'impression d'être à un moment. Ce qui lui donne un petit cachet sensible pas désagréable. Pour le reste, on s'ennuie sévère, hein, on ne s'attendait pas non plus à un miracle de la part d'un des plus mauvais représentants d'une des nations les moins portées sur le cinéma : tout est lissé, trop écrit, trop "intentionnel", trop classique, trop laid, et on soupire devant cette photo boueuse qui voudrait jouer sur un souvenir de noir et blanc, devant cette réalisation convenue et devant ce scénario sans intérêt. Mais allez, c'est fait, gars Shang.

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