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A chaque fois qu'Östlund (qui avait déjà deux étoiles sur son O) reçoit la palme, on explore un peu plus sa filmo... Il est ici question d'un film assez déroutant, puisqu'il s'agit d'un montage de petites saynètes, pour ne pas dire de petits sketches, qui mettent en scène, entre le documentaire et la fiction dirions-nous, une poignée de personages - la vie quotidienne en Suède au travers d'individus plus ou moins truculents, plus ou moins frappés... Il est surtout question d'un gamin avec sa guitare : musicien des rues (Une oreille de Gols se décolle : sa reprise thrasho-punk du Roi Lion devrait lui donner les pires cauchemars...), faisant des boeufs avec un adulte qu'il chambre au quotidien, le soir, dans le tram (chacun dans un wagon, ils se font des doigts, jouent à shifumi puis se rejoignent - tout un programme), le gamin avec sa grosse tête blonde hors-norme est tour à tour hilare ou diablement sérieux... Des petits instants de complicité entre deux personnes un brin marginales... Mais on aura droit aussi à d'autres types d'individus plus fracassés : des acharnés anti-vélo qui les détruisent, les jettent à la mer ou les balancent du haut d'un poteau électrique (de sales gamins qui rient de leur petite connerie), un trio pro-arme à feu qui, à force de s'amuser avec, risque l'accident, une femme un peu azymutée qui erre dans les rues avec ses deux gros sacs et emmerde les gens depuis qu'on lui a piqué son vélo (y aurait-il un lien avec la bande de sauvageons ? Probable...), deux jeunes cons qui picolent en sous-sol, un couple aimant, des fanas de moto virulents, une bande de jeunes pas malins malins... Autant de vignettes filmées en plan fixe qui usent plus souvent qu'elles amusent... On sent que Östlund a une petite préférence pour les instants qui partent en vrille (les mauvais coups des voleurs de vélos, les obsédés de moto qui en viennent aux mains, la dame aux sacs qui titille des jeunes petits bourges dans le bus...), la scène de "rodéo" avec la bagnole sans conducteur qui tourne en rond illustrant à elle seule parfaitement cette oscillation entre une certaine cocasserie (faut être couillon pour faire un truc pareil) et une certaine tension (le propriétaire de la bagnole et les gens autour qui prennent des risques pour arrêter cette bagnole folle). On sent déjà une attirance pour ces moments "grinçants", décalés, déroutants, même si ici les farces tournent souvent très court et et qu'on frôle l'ennui plus souvent qu'à son tour... Mais le type est sur les rails, possède déjà un style propre et un oeil, et développera par la suite bien plus amplement, dans des fictions beaucoup plus ambitieuses, ce regard de "poil à gratter" de la société suédoise. Une corde.  (Shang - 05/06/22)

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A moitié convaincu pour ma part. Oui, c’est vrai, Östlund a l’œil, et sait capter l’étrangeté du quotidien, et sa violence sous-jacente, à travers des scènes drolatiques ou étranges filmées en plan éloigné, en caméra fixe et en plans-séquence. Mais on a du mal à deviner le but de cette successions de situations plus ou moins liées entre elles. Östlund, on le sait aujourd'hui, n'aime rien tant qu'enregistrer l'aliénation de la société, ou plutôt le moment où la folie s'introduit dans nos vies. Peut-être qu'avec ce premier film, c'était également son objectif : montrer de façon objective la dinguerie de notre époque, à travers ce handicapé qui dérange quoi qu'il fasse, à travers ces jeux de gamins consistant à s'assommer soi-même avec une bouteille, à travers cette voiture folle qui tourne en rond, à travers ces mecs qui foutent des vélos dans le lac, à travers cette roulette russe qui part en vrille. Fidèle à son cynisme légendaire, qui fait grincer des dents aujourd'hui, il ne fait que montrer, nous incitant à rire avec lui de ces gens complètement fêlés toujours au bord de la situation gênante, toujours à deux doigts de transformer leur gentille folie en chaos. Nihiliste mais sans jamais dépasser les limites de la plus triviale des réalités, le film joue la carte du déplaisir, de la punk-attitude mais sans en faire un mantra politique. C'est peut-être ça le plus dérangeant : qu'il n'y ait pas de discours, de slogan, de fond, de morale à toutes ces situations. Ces gens agissent comme des révolutionnaires (à la petite semaine, certes), mais ne revendiquent rien, ne réclament rien, comme si leurs actes résonnaient dans le vide. C'est la qualité et le défaut du film : il peut ennuyer parfois, être carrément grimaçant et déplaisant... mais il a le mérite d'aller chercher justement ces émotions-là chez le spectateur, et à ce titre il a toutes les raisons d'exister.   (Gols - 20/01/23)

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