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Voilà un film plein de tendresse et de gentillesse sur un fond plutôt noir et crispant... Juste après la guerre, la classe ouvrière a pris le pouvoir ! Joie ? Pas vraiment, plutôt chienlit... Alors que des femmes qui ont tenté de fuir la Tchécoslovaquie sont retenues prisonnières, des hommes, considérés comme ayant eu des activités bourgeoises (sic) (un procureur, un philosophe, un inventeur, un joueur de saxophone, un laitier...), travaillent dans la décharge d'acier attenante à cette prison - ils sont censés se "fondre" dans cette nouvelle société comme toutes ces pièces métalliques destinées à la fonderie pour être transformées en machines à laver... Bien que sous l'oeil d'un gardien (il a épousé une Tzigane et peine à la comprendre... Mais plus il essaira de la comprendre, plus il se montrera tolérant envers les autres), les femmes et les hommes, durant la journée, dans cette décharge géante, ont de plus en plus d'interactions... Une véritable petite love story mignonne comme tout voit le jour entre la chtite brune Jitka et le sympathique Pavel ; pourront-ils s'aimer dans ce monde où les libertés sont de plus en plus surveillées (comme les trains ?) ? C'est pas gagné d'avance...

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Il y a d'abord ce décor, hallucinant, ces tas de ferraille gigantesques mis au rébut, et puis ces femmes et ces hommes qui bon an mal an tentent de s'adapter sans trop se plaindre (des petites remarques, tout de même, de temps en temps, qui sont vite synonymes d'exil, ou encore une petite grêve pour la route) à ces nouvelles conditions. Très vite, on est happé par le sourire de ces femmes, mais aussi par leur sensualité, leur bonne humeur qui ne cessent, malgré des conditions peu favorables, sous diverses formes, d'exister, de résister ; très vite, on est séduit par l'humanité de ces hommes qui font contre mauvaise fortune bon coeur, continuant de parler culture, d'avoir le sens de la répartie, d'aimer... Menzel construit son film autour de ces divers personnages mettant en scène une multitude de petites saynètes de la vie quotidienne qui nous les rendent à chaque fois un peu plus touchants... Même le gardien, dont la femme lui "échappe" (littéralement) finit par avoir notre sympathie. On est touché par ces hommes qui observent en voyeurs ces femmes qui, se sachant regarder, leur donnent chaque soir leur petite dose de nudité et de beauté, par cette chaîne humaine (pour transvaser des pièces d'un endroit à un autre) constituée de ces prisonnières et de ces hommes "punis" : les femmes demandent à ces hommes pour la plupart entre deux âges, rongés par la solitude, d'enlever leurs gants pour qu'elles puissent caresser leurs mains, par cette réunion, gardien compris, un jour de pluie, autour d'un feu improvisé au milieu des carcasses, ou encore par cet amour qui se construit jour après jour entre Jitka et Pavel ; il y a d'abord des regards, puis de petites attentions, de plus en plus de sourires échangés, puis la première occasion pour enfin, peut-être, parvenir à voler un baiser, puis ce mariage, par "contumace" pourrait-on dire puisque Jitka, encore incarcérée, est obligée de se faire représenter par une autre femme à la mairie... Tout est fait pour que nos amants, avec l'accord du gardien, puissent enfin coucher ensemble mais le destin (Pavel n'ayant pas la langue dans sa poche) semble tout faire pour les séparer... Qu'à cela ne tienne, ce n'est que partie remise, ne perdons point espoir, tant que cet amour les lie, tant que ce fil à la patte n'altère pas leur joie de vivre... C'est un film qui gagne en chaleur humaine progressivement et qui nous fait oublier, en un sens, ce décor infernal et cette mise à mal de la liberté d'expression : nos femmes, nos hommes, loin de se sentir vaincus, continuent d'avoir la foi et gagnent au final notre empathie ; Menzel frappe juste et le film sera récompensé (on est en 69...) par vingt ans de placard (un vrai gage de qualité). Alouette, je te saluerai.

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