Sans titre

Et bim, un Yvan Attal, ça vous apprendra. Ce grand cinéaste méconnu à découvrir absolument filme ici une histoire toute de subtilité et d'intelligence : comment une fille de banlieue mal dégrossie va devenir une championne d'éloquence grâce à son prof de fac, raciste et misanthrope ? Le premier plan nous montre une Camélia Jordana en basket-survête arriver en retard dans l'amphi bondé, sous l’œil acide de Daniel Auteuil qui la fusille de considérations douteuses. Et on sait tout, absolument tout ce qui va se dérouler dès lors dans la suite du métrage : comment ces deux êtres que tout sépare vont finir par se comprendre, voire s'apprécier, comment la chtite va trouver sa voie dans l'expression verbale et l'affirmation de soi, comment le vieux xénophobe va teinter son amertume au contact de cet ange, comment tout va se terminer bien. Le film déroule alors son programme sans dévier d'un iota de ce qu'on attendait : tout y sera, et on s'ensevelira de plus en plus dans l'ennui, la guimauve, la bien-pensance. Yvan Attal pense bien : il est contre le racisme, pour que la banlieue soit réhabilitée, contre les cons et pour l'amour. Le Brio sera un long exposé de ces thèses révolutionnaires, dans une suite de clichés tous plus lourdauds les uns que les autres, et dans une mise en scène très très moche (ces cadres affreux, cette photo grisâtre, et surtout ces appartements de banlieue, censés être pauvres, et qui sont de magnifiques duplex avec terrasse et ascenseur). Si vous arrivez à croire deux secondes à cette image de la banlieue, au personnage du prof, aux figurants hilares, et à l'ascension de cette jeune femme dans les hauteurs de l'éloquence, alors c'est que vous avez 13 ans, d'une part, et d'autre part que vous êtes bon public. Car tout sonne faux, peut-être parce que le discours final (tout le monde peut être gentil si on creuse) est tellement crétin que les chemins pour y arriver paraissent complètement artificiels. Le pauvre Attal aimerait bien nous tirer cette fameuse larme qui semble être son Graal (faute d'intelligence, autant traquer l'émotion), et multiplie les scènes roses-bonbon à la musique trop mélancolique ; mais il y a longtemps que son film, amas sans forme de clichés politiquement corrects et de dialogues pas drôles, de numéros d'acteur fatigué et de provocations à deux balles, nous est tombé des yeux. Nul ? Nul.