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Il est fort, décidément, ce petit gars Trueba qui arrive même à tirer partie finalement de ce confinement en faisant parler sa dizaine d'ados, de leur ressenti... Au départ, un projet prévu sur cinq ans où il décide de suivre plusieurs ados de quinze ans environ. Le but, les filmer au naturel... ou pas, puisque bientôt, il va demander à certains d'entre eux de "jouer" les amoureux, rendant la frontière entre documentaire et fiction de plus en plus poreuse... L'intérêt de la chose si vous voulez vraiment mon avis ? Parvenir à nous perdre sur ce terrain du docufiction, où les parties documentaires semblent souvent les mieux écrites et les parties jeu (les fameuses amourettes) les plus sincères, les plus touchantes... Car oui, chez l'ado, être bipolaire s'il en est (l'un d'eux, d'ailleurs, se coiffe et s'habille différemment sur la partie droite que sur la partie gauche de son body (photogramme ci-dessus pour être plus parlant)...), il n'est pas toujours évident de savoir ce qui relève des pulsions brutes ou des pulsions passagères... On prend son temps pour apprécier le dispositif (3h40, cela laisse de la marge dans le flottement) mais on finit forcément par se prendre au jeu, nous-mêmes, devant ces accointances (totalement feintes ?) qui se créent notamment entre ce couple de "rebelles" (l'équatorien Silvio et la surprenante et photogénique Candela) et ce couple de "timides" (Pablo et la Roumaine Rony) ; on est totalement pris par la justesse de ces premiers gestes, ces premiers regards, ces premiers attouchements adolescents et on envoie vite balader nos petites réflexions ou nos doutes sur la notion de réalité et de faire semblant ; on frissonne lorsque Silvio, en quelques coups de pagaie, emmène Candela au Portugal (on quitte l'Espagne connue pour un espace inconnu... celui des amours, of course), on chavire lorsque Rony pose peu à peu sa tête sur l'épaule d'un Pablo pas plus entreprenant que moi à six ans (et après). Trueba, au delà de l'histoire de ces couples, suit également les discussions à bâtons rompus de nos jeunes sur, entre autres, le besoin de se battre personnellement pour changer les choses, les mésaventures du voyage de fin d'année de notre cohorte d'ados - qui fument, picolent et jouent à des jeux à la con, ou encore les remises en cause, les confessions d'untel ou untel prises (ou non) sur le vif... On est totalement pris dans ce flux de vie de nos jeunes gens à tel point que le film passe comme un éclair, perdant nous-mêmes quelque peu la notion du temps, celui du film comme celui de ces ados qui vieillissent en deux plans trois mouvements. Des moments creux, oui, il y en a, mais sans doute parce que ces vies sont de vraies vies qui n'ont rien d'écrit d'avance, qui n'ont rien de faussement "dramatiques". On vibre d'émotion lors d'un concert où certains livrent sur scène une performance à couper le souffle (on devrait la retrouver un jour sur un écran cette Candela) et on compatit pleinement devant leur façon, via internet, de vivre ce confinement qui cloisonne leur vie, punit toute une génération qui ne demandait  qu'à aller de l'avant. Que dire de plus devant cette belle petite prouesse cinématographique qui flirte avec les genres ? Allez-y, lancez-vous, vous finirez forcément par vous laisser prendre au jeu de cette douce jeunesse qui pousse. Belles(s) performance(s).

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