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Un film avec Charles Denner et Michel Simon sur une musique de Delerue ne peut pas être totalement mauvais... C'est sans compter sur l'adage que tout film avec Paul Preboist et signé Claude Berri ne peut être bon en aucun cas... Adage qui forcément l'emporte devant tout autre considération... Alors oui, pourquoi faire donc entrer Claude Berri, après Claude Lelouch et Claude Zidi (une malédiction ?), dans notre colonne des réalisateurs ? D'une part parce que le film est sorti en Criterion (mouais) ; d'autre part parce que n'étant point sûr de ce qui va se passer dimanche prochain, autant essayer de voir quelle stragégie il est possible de mettre en place pour tenter de sauver une enfant métisse (bah, on ne sait jamais). Bien, une fois ces diverses constatations énoncées, qu'en est-il du film ? Je gardais le souvenir (très très lointain) d'un film bonne pâte qui exaltait les bons sentiments et l'air pur de la campagne... Brrrr, c'est quand même bien pire. On le sait, quand on a Berri aux commandes, les acteurs sont libres de tomber dans le pur cabotinage ; si l'excellentissime Charles Denner parvient avec sa truculence à nous rendre la première partie presque agréable (il est le père du gamin juif que l'on envoie au vert ; constamment désespéré de voir les conneries de son gosse, il part dans l'ire au quart de tour), que dire de notre bon vieux Michel Simon qui se complaît et se vautre grâcement dans ce rôle de végétarien pétainiste pépère ? On l'aime, bien sûr, notre gloire du cinéma français, mais nom de dieu, on peut dire que là il simonise à fond le bougre ; tour à tour bougon ou taquin, roulant des yeux ou faisant la moue, notre Michel en total free lance se lance (forcément) dans un one man show du bon vieux paysan raciste à la française avec le même sens de la mesure que Depardieu en Balzac-Obélix-Dantes-Valjean... On n'est pas dans la dentelle du Puy, je vous le dis, et notre monstre sacré de jouer bourrinement les bons vieux fachos de province comme pour mieux mettre en valeur ce gentillet petit garçon juif parisien ; un bon vieux buddy movie à la française en quelque sorte où les traits sont plus grossiers que dans n'importe quelle caricature...

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On aura donc droit ici, sur un scénario bien sûr tiré des souvenirs du Claude dont on appréciera la finesse et la justesse du trait, à l'association d'un gros con et d'un enfant naïf, tout cela pour démontrer que cette association, sous le sceau de la tendresse of course, donnera du gros con l'image d'un homme au grand coeur (il aime les enfants...) et du bambin l'image d'un gamin bien malin (il n'a de cesse de titiller le Pépé sur ce qu'est un Juif - rires, parce que nous on sait). De la cocasserie noyée donc sous les bons sentiments dans une œuvre qui fait serrer des fesses plus souvent qu'à son tour devant les grossses grossses ficelles scénaristiques sous couvert d'oeuvre "biographique" : oh la complicité des deux à ne pas manger de lapin, contre les femmes ("Les femmes c'est bien au début..." - je ne dirai rien de plus), à rire des ennemis de la France en faisant des papouilles et des chatouilles, à boire des canons et à fumer du foin... On pourrait se fendre (moui, doucement, avec une certaine mesure...) devant la mauvaise foi terrible de ce pépé vieille France s'il n'était si pathétique (si pétainique marche aussi) et surtout si on avait l'impression d'avoir franchement évolué sur ce racisme bas-du-front quelques décennies plus tard (le constat est non). Qu'importe puisque Berri noie tout son film sous des seaux de purin de tendresse qui gomment aisément les prises de position un brin couillonnes et sectaires du pépé rassis. Tout cela sur un scénario basé sur des dialogues pur jus et des acteurs grand crin... Du vieux cinéma déjà à l'époque, n'en doutons point. Mais cocasse, et tendre, et vrai, hein... le béribéri oui-oui du cinoche... Une antiquité.

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