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Difficile de rester indifférent aux films de Vlácil qui nous emmène à chaque en un tour de main dans son univers si trouble, son atmosphère si particulière. On est une nouvelle fois dans un drame historique (mais si, vous connaissez les deux autres films de la trilogie), au XVIème siècle pour être précis, dans un temps que les moins et les plus de 20 ans ne peuvent pas connaître, un temps où les Suédois avaient pris pour habitude de faire des incursions dans ce doux pays tchèque... C'est eux qui sont au départ de cette "légende" : s'attaquant à un meunier tchèque, ils brûlèrent la maison d'icelui avec toute sa petite famille... Qu'elle ne fut pas la surprise des habitants de voir ceux-ci réapparaître quelques jours plus tard lors d'une célébration à l'église censée leur rendre hommage... Depuis, les descendants de ces meuniers et leur maison possèdent une sorte d'aura... miraculeuse au mieux, diabolique au pire... Le récit, lui, va se concentrer, au niveau dirons-nous du "pouvoir", sur les relations entre le régent (autoritaire et bedonnant), le bedeau (plus ou moins tolérant, plus ou moins ouvert - et magnifiquement interprété : ce type semble sortir tout droit d'un film de Dreyer ou de Bergman) et le meunier, fin connaisseur des sols de sa région. Au niveau sentimental (il est toujours bon d'insuffler une pointe de romance dans ces récits tendus comme l'arc de Jeanne), on aura également droit à une relation triangulaire entre une jeune femme, le fils du meunier et un autre prétendant pas commode. Cela posé, de quoi est-il question ici ? Pour faire simple, on dira que ce meunier intrigue : capable de trouver des sources enfouies, capable de prévoir des tremblements de terre, il rend méfiant aussi bien le régent que le pasteur. Si celui-ci, dans un premier temps, tente de comprendre de façon rationnelle les connaissances géologiques du meunier, il ne tarde pas à perdre un peu pied et à mettre en doute ses capacités scientifiques. La tension monte au sein de ce trio, ainsi d'ailleurs que dans les relations amoureuses. La donzelle sent bien que ce fils de meunier (qui a tenté d'humilier l'autre prétendant), de par ses liens avec ce père mystérieux, est de plus en plus mal perçu par la communauté religieuse qui doit donner son accord pour tout éventuel mariage... Bref, sous roche, il n'y a pas qu'anguille.

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On sait tout le talent de Vlácil au niveau de "l'habillage" : un très beau noir et blanc, des mouvements de caméra somptueux, une musique inspirée, bref, l'artisan cinéaste n'est pas un manche ; mais il y a en plus ici une étrange atmosphère qui oscille constamment entre des motifs très "terre à terre", des discussions, en particulier entre les membres de trio, d'homme à homme, directes, franches et des motifs un peu plus étranges dès lors que l'on pénètre dans les dessous de ce moulin, dans cette grotte où va se jouer toute la dernière partie du film. Ce qui dérange le régent puis le pasteur, c'est de n'avoir finalement aucune emprise sur ce meunier capable de deviner les choses, l'avenir... Est-ce, comme il le prétend, de par la connaissance de son milieu (ce qui est évident) ou parce qu'il est en lien direct avec le diable (ce qui me semble personnellement moins crédible...) ? Nonobstant, un climat de doute s'instaure et la disparition du meunier dans le dernier tiers du film n'arrange pas les choses. On aura droit à un final féérique, métaphorique, claustrophobique de la plus belle eau et c'est, pour le coup, rien de le dire. Une nouvelle œuvre (sa seconde) diablement trouble et impeccablement mise en scène. Beau piège.

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