lonehand2

Pas de quoi se relever la nuit, non, mais on note un certain mieux dans la carrière de George Sherman avec ce petit western tout à fait agréable. Si ça n'est pas encore pour cette fois que le gars va trouver un style, ou qu'il va se différencier des 3000 autres cinéastes anonymes ayant travaillé sur le genre, il faut reconnaître que The Lone Hand est doté d'un scénario assez original et surtout de personnages tout en doutes et en faiblesses, ce à quoi les cow-boys à dents serrées habituels ne nous ont pas habitués. Comme en plus le film n'est pas dénué de spectaculaire, malgré le caractère "familial" de sa trame, on se retrouve à passer 80 minutes peinards à assister aux déboires de ce père de famille dépassé par son rôle de père et de veuf. C'est son fils, l'expressif Joshua, qui raconte cette histoire (enfin, en gros : Sherman ne s'embarrasse pas beaucoup avec les problèmes de points de vue et de subjectivité) : fou de son popa (Joel McCrea) qui cherche une ferme pour s'y installer, il va bien vite déchanter sous les coups du destin. Papa tombe d'abord amoureux de la première gorette qui passe (la pourtant transparente Barbara Hale), puis le voilà qui refuse de dénoncer des hors-la-loi qu'il a pris en flagrant délit, puis, honte suprême, le voilà même qui s'acoquine avec eux pour braquer diligences, banques et trains. A chaque fois, le paternel, de plus en plus renfermé, affirme que c'est pour garder sa tranquillité, mais le môme commence à développer un Œdipe bien sévère.

DVD_Le_Solitaire_des_Rocheuses_04

De la difficulté d'être le fils d'un salaud, c'est bien à ce souci qu'est confronté Joshua, et le spectateur avec lui. McCrea, pendant l'essentiel du métrage, joue un personnage négatif, dont les raisons d'agir restent douteuses, et c'est tout à sa gloire : l'aspect "père tranquille" de l'acteur joue parfaitement contre le personnage, et il gagne peu à peu notre antipathie totale, même s'il s'arrange pour ne tuer personne lors de ses braquages, même si son goût pour le fric semble être guidé par de bonnes raisons (il est pauvre), même si son amour pour la belle Sarah-Jane grandit petit à petit (il cherchait au départ une mère pour son fils mais peu à peu trouve aussi l'élue de son cœur). Le regard que porte sur lui son fils, narré en voix off, fait tout le suspense du film, qui est beaucoup plus un drame psychologique qu'un western dans la norme. Sherman ramène pourtant sans cesse au genre, avec de solides scènes d'action : il y a notamment une attaque de diligence digne d'un Spielberg, où un cascadeur passe du siège du conducteur à l'arrière du véhicule en passant par-dessous, de quoi se fracasser dix fois les os ; ou une séquence de poursuite du gamin dans les rochers, qui rappelle toute proportion gardée La Nuit du Chasseur dans son côté brutal, dans sa dualité innocence-ogre. La photo du film est classe, met en valeur les paysages et les chevaux, et les méchants sont bien méchants, avec ce chef de gang qui trompe son monde, sirupeux et sympathique au demeurant mais véritable enflure sous cape. Bref, efficacité, sensibilité et jolis décors, pas de quoi fouetter un âne, mais du bon boulot.

lonehand4

Go west, here