vlcsnap-2022-04-08-14h12m33s682

Ah on peut dire que pour certaines odyssées (celle sur les films Criterion en l'occurrence), il faut savoir faire preuve de patience et de pugnacité. Voilà des plombes que je n'osais me lancer dans la vision de cette adaptation olivieresque de Shakespeare de 2h40, je peux dire maintenant, l'esprit tranquille, que c'est fait... Une pièce sanglante pourtant que j'admire, si si, même si la langue shakespearienne est ici aussi retorse que l'esprit de ce héros parano et sans pitié. C'est Laurence Olivier, forcément, qui endosse le rôle de ce monstre, de cette bête, de ce crabe, de ce crapaud qui cahin-caha trace sa route, laissant derrière lui trahisons multiples et cadavres divers. Olivier, réalisateur, aime à jouer autant sur les ombres envahissantes du personnage que Olivier, acteur, sur le côté tordu comme un cep de ce futur roi torturé. C'est un individu torve, complotiste, ambitieux, affreux et Olivier tend à le rendre parfaitement odieux, avec ses petits yeux chassieux, sa coupe au bol ignoble et son nez plus long que sa dague. Bon, alors oui, il faut aussi se taper tout ces décors qui sentent la naphtaline, tous ses costumes un peu lourds, tous ses personnages (qu'on finit parfois par confondre...) qui tournent autour des puissants et qui tombent comme des mouches. Olivier privilégie le plan séquence, le fin mouvement de caméra bien huilé, pour mettre en avant le verbe... pour le rythme, on repassera. On révise du coup un peu notre ancient English lors de ces longues tirades où l'on sent bien tout le poids des métaphores dans le texte de William mais aussi rapidement tout le poids de la fatigue devant cette mise en scène un tantinet empesée. Oui, disons-le, Olivier n'est pas Cassavetes, on est plus dans la tenture en velours que dans la fine dentelle virevoltante, et on se surprend plus souvent qu'à son tour de s'exciter uniquement devant les meurtres barbares : ah ah l'autre qu'on plonge dans un tonneau de vinasse, eh eh les deux gamins auxquels on fait bouffer l'oreiller - on sent bien que ce n'est pas très sain comme réaction.

vlcsnap-2022-04-08-14h13m20s695

vlcsnap-2022-04-08-14h14m07s148

Ce qui beau, chez Richard, c'est que même lorsqu'il est tout en haut, il demeure terriblement suspicieux. Ce n'est pas le pouvoir qui l'intéresse finalement, mais la peur de le perdre, la peur constante des autres. Et vas-y qu'on repart pour des assassinats, des trahisons, des suspicions... Le petit homme fait peur et risque forcément, à force de se croire plus fort que tout le monde, un sacré retour de bâton (toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite - ouais, ouais, vous verrez, riez, va...). Enfin, tout de même, après deux heures au supplice, on sort des studios et des toiles peintes pour se rendre sur une morne plaine dans une couleur mordorée. The final battle. Richard avec sa cuirasse de crabe est encore plus ridicule qu'avant mais nous livre quelques moments tant attendus de doute (l'âme des morts venant troubler son sommeil - "despair and die") et de panique ("my fucking kingdom for a fucking horse") - avant la fin de la chasse à courre où il incarne à la perfection son emblème : le sanglier (tout se paie putain, au moins en enfer). Alors oui, c'est fastidieux, on est dans la grande tradition du truc en costumes avec un certain respect pour les mots, c'est ambitieux, c'est beau hein même, ce soin dans les accessoires, mais ça donne aussi un peu envie de pisser dans sa tasse de thé tiède - je m'emballe. Bref, un classique tiré à quatre épingle où Olivier se fait plaisir, pfiou, c'est vu, mais nan je me tape pas Richard IV dans la foulée. Et le Macbeth du frère Coen sinon ? Putain, laissez-moi souffler.

vlcsnap-2022-04-08-14h13m05s452