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Incursion de Burt à la réalisation, et je crois pouvoir dire qu'il aurait mieux fait de rester au lit le jour où il a accepté ce projet. Sirupeux et naïf jusqu'à la candeur, The Kentuckian est une sorte de western tout public, familial et bien-pensant qui, s'il a des qualités indéniables dans le jeu d'acteurs notamment, ne brille guère par sa mise en scène et son scénario. Il fait partie de ces films à la mode dans les années 50 exaltant l'homme sauvage, la vertu des grands espaces et le retour à la nature en opposition à la vénalité et la corruption du monde civilisé ; c'est un peu court. D'autant que Lancaster ne choisit comme option pour défendre ce "point de vue" que des bons vieux clichés naturalistes à la con, genre le candide chasseur face aux dangereux parvenus, ce genre de choses. Résumons la trame : Elias, brave gars pas fute-fute mais honnête, a entrepris de quitter son Kentucky et d'aller gagner sa vie au Texas, terre promise et fantasmée. Il part donc avec son fiston hyper-motivé à la conquête de l'Amérique-la-vraie, mais est stoppé dans sa course par un petit village kentuckien qui fait tout pour le retenir : frère bourgeois qui lui propose du taff, jeune institutrice qui lui fait des œillades, subite panne d'argent depuis qu'il a acheté la liberté de la jeune bonne rencontrée en chemin, tentations d'éducation pour son fiston, bref le bougre se voit bien, finalement, rester dans la rurale verdeur confortable de la région plutôt qu'aller courir l'aventure au Texas. Vertus de la tranquillité versus goût de l'aventure, suprématie ou non de l'éducation sur la vie sauvage, opposition entre rêves et réalité, on peut donc lire tout ça dans cette petite histoire sans gros enjeux, qui se terminera fort heureusement par la prise de conscience d'Elias que l'inconnu a toujours plus d'attraits que la calme torpeur des jours quiets.

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Une très solide bagarre à mains nues contre le cruel fouet d'un Walter Matthau sans pitié ; ce sera la seule scène un peu mouvementée qu'on aura à se mettre sous les yeux. Et comme elle est fort réussie, on se dit que Lancaster a fait un très mauvais choix en jetant son dévolu sur un film aussi dépourvu de moments forts. On apprécie la direction d'acteurs, et la nuance qu'il met dans les personnages négatifs : ces villageois moqueurs sont après tout de braves gens qui aiment bien rigoler, point (à part l'homme au fouet, quel salopard, celui-là). Mais quand il s'agit d'envoyer du bon sentiment, Lancaster perd tout sens de la nuance : il compose un Elias très neuneu, dont le fils est presque plus mûr que lui, et traverse le film complètement absent, avec un jeu premier degré qui surprend chez ce grand acteur. Dans la nature vert fluo du Kentucky, que le gars échoue à cadrer ou à vêtir d'un quelconque caractère, Lancaster éprouve visiblement beaucoup de plaisir à filmer des parties de chasse avec son fils, des petites tranches de vie gentillettes et des farces pendables (hihi le gars qui croit que les perles d'eau douce ont de la valeur), mais oublie totalement de nous entraîner dans son délire ou de nous proposer des choses à voir. On s'accroche à quelques détails, comme la plastique de ces deux charmantes jeunes premières, comme la jolie scène de mélo de la fin avec l'institutrice, comme la musique de Herrmann, ou cette formidable idée de Lancaster courant sur son ennemi à travers une rivière pendant que celui-ci est en train de recharger son fusil. A part ça, il faut aimer les chienchiens, les petits garçons sages et la verte rusticité ricaine.

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