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Il est décidément fort ce Martin Ritt, puisque sur une histoire qui pouvait tomber aisément dans les effets faciles, dans le mélodrame bêta, dans la compassion à outrance, il signe un film digne, à hauteur d'homme et simplement émouvant. Vous allez une nouvelle fois insister pour avoir la trame alors que vous savez très bien que ce n'est pas ce qui m'importe. So, let's go. Nous sommes en Louisiane, dans une famille black, trois gamins, un chien, un petit lopin. Le père de famille tire le diable par la queue pour faire vivre les siens, chassant le raton laveur ou l'opossum jusqu'au bout de la nuit... Il décide, une nuit justement, de voler deux trois saucisses chez le blanc du coin et se fait bêtement prendre dans la foulée : un an de travaux forcés - oh hisse la saucisse comme on dit chez nous... Sa femme, son fils ainé, vont tout faire pour survivre et pour tenter de lui rendre visite dans son exil... Pas facile, mais la pugnacité est une foi. Voilà, sur cette trame, Spielberg en aurait tirer un monument mélodramatique avec trois mille figurants et une lumière orange. Ritt, lui, fait dans la sobriété, ne cherchant pas à accuser les uns (de droite ?), ne voulant point essayer de faire pleurer les autres (de gauche ?), cherchant simplement à planter son récit et de mettre en scène une femme courage et un gamin au taquet... On aura droit à nos moments terribles (tirer sur un chien, ça me fout au minimum deux heures à l'agonie ; quant à faire revenir un mari quand on ne s'y attendait plus, ce n'est jamais évident à gérer - d'autant que Martin Guerre nous foutra désormais toujours le doute...) : il réaliste juste, en tout bien tout honneur un film tout en sincérité, en honnêteté, en humanité.

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On sent que Ritt n'a pas à forcer son talent, dirigeant ses acteurs avec une belle maîtrise, filmant ses décors avec un certain sens du naturalisme sans tomber dans l'image d’Épinal, filmant ses méchants sans insister sur leur bêtise, filmant ses bons sans appuyer sur leur ouverture d'esprit. Si 1972 est une année bénite en soi (humainement, of course - je parle pour moi, sans doute) mais ouvre une période cinématographiquement un peu terne (je sens que cela mériterait plus d'une ligne), il est rassurant de voir que certains auteurs avaient alors un certain sens de l'équilibre pour livrer des films qui cinquante ans se regardent avec respect, avec joie, avec émotion, sans condescendance. On se lance dans la chose sans trop y croire, en se disant que l'image, l'histoire ou encore ces vieilles querelles entre noirs et blancs auront pris un sacré coup dans la gueule et on se retrouve tout chafouin (pas d'ordre de préférence, hein) devant un chien que l'on aimerait adopter, devant un gamin pétri de bonne volonté, devant une femme pleine d'amour pour son homme. On se dit qu'on ne s'est guère trompé en décelant récemment chez le Martin un vrai sens de la narration cinématographique et une véritable capacité à donner à ses personnages une belle profondeur humaine. Touché, nom d'un chien.

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