41BSWHkboQLTonino Benacquista se prête à son tour au petit jeu autobiographique "du fils d'immigré qui a fait son petit trou en France", modestement, jusqu'à écrire ce livre, après tout de même bien d'autres (et notamment des polars qu'on affectionne, disons le gaiement). C'est donc parti pour les incontournables : un père (alcoolo mais cool), une mère (perdue dans ses rêves mais cool), des frères et sœurs à foison (brillants, mélancoliques, solitaires...), un oncle d'Amérique et puis forcément les années primaire, collège, lycée et bien sûr... la découverte (ultra tardive) des livres après avoir passé beaucoup de temps à écrire des récits foutraques. Ce sont là de courts chapitres qui nous baladent dans ces petits souvenirs bien légers ma foi. Benacquista ne se cherche pas de trauma à outrance (même s'il eût aimé en savoir un peu plus sur ce père taiseux (mais pas en injures) à l'haleine trop souvent avinée), ne joue en rien à l'élève modèle (au contraire, son entrée dans la lecture de la Grande Littérature se fit dans la douleur) et ne se décrit pas non plus comme le petit Rital de base enfermé dans son communautarisme... On sent chez le Tonino un regard humble, lucide, tranquille sur ces années d'enfance au sein d'une famille qui ne chercha en rien l'adaptation forcenée (l'apprentissage de la langue en particulier, pas franchement une priorité) ; contrairement à ses frères, lui, le petit dernier, il fut immédiatement immergé dans la langue française et fit son petit bonhomme de chemin en toute banalité à l'école, moins doué qu'une de ses soeurs brillante, mais plus qu'une autre indolente (mais qui durent toutes suivre des cours de sténo par la suite)... Très vite, on sent chez le Tonino un petit goût prononcé pour la littérature en marge, pour le polar notamment, genre dans lequel d'ailleurs il fit ses premières armes sans jamais vraiment se la péter ou chercher à révolutionner le genre. Il évoque également ses premières amours (sans s'étendre), ses divers petits boulots (sans s'étendre) et sa grande crise, soudaine, agoraphobe qui le cloua un certain temps à demeure. Il joue le jeu du petit roman familial mais ne peut s'empêcher sur la fin d'en imaginer d'autre totalement différents (la version ricaine puis italienne, un monde des possibles purement imaginaire) et ces fictions, finalement, semblent avoir autant de valeur, de poids que la réalité. Sans chercher à régler ses comptes, il revient sur la toute fin sur ce père qui semble resté pour lui une véritable énigme, qui gardera toujours son aura de mystère... Une petite biographie bien agréable d'un Tonino dont on aime toujours autant la fluidité de la plume et la douce ironie.