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Yoon a trouvé là un sujet très fort. Overseas s'intéresse à un centre de formation philippin destiné à préparer des jeunes femmes au métier de bonne à l'étranger. Véritable institution du pays, la ménagère doit se former pour affronter toutes les difficultés de son métier : comment négocier son salaire ? comment nettoyer bébé ? comment servir le dîner ? comment repousser les avances de monsieur ? comment se défendre quand de nounou on risque de passer au statut d'esclave ? Au travers d'exercices pratiques ou devant un tableau blanc, on offre à ces femmes un aperçu de l'épreuve qui les attend, sur un ton parfois rigolard parfois doux, mais qui ne cache pas en fait l'immense angoisse qui les étreint : contrainte de quitter leur famille, leurs enfants, leurs habitudes, leur culture, elles vont partir vers l'inconnu, souvent dangereux (les témoignages de celles qui en reviennent ne sont guère encourageants). Elles considèrent d'ailleurs cet exil plus ou moins volontaire comme une peine de prison, étape obligé d'un cursus professionnel qui pourra peut-être un jour les faire rêver à autre chose.

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Sujet passionnant, on le voit, puisqu'il se situe AVANT le climax, avant que ces femmes partent réellement. Il y a dans cette attente toute une somme d'espoirs, de peurs, d'excitation, que Yoon parvient à retranscrire à l'écran avec force. A travers des plans qui doivent beaucoup à la peinture classique, qui sont même parfois très composés, elle donne à voir quelques scènes très belles, en plans fixes, à travers des surcadrages discrets et avec une belle distance par rapport à ses personnages. Toujours à quelques mètres d'elle, elle les cadre en groupe, montrant ainsi une sororité dans la détresse, une solidarité un peu pathétique à quelques jours du grand départ. Elle exprime surtout une grande détresse face à ce système violent, qui refuse de dire son nom. On sent bien que celles qui partent pour le Japon ont plus de chance que celles qui vont bosser à Dubaï ou en Arabie Saoudite, que derrière ces petits espoirs se cache la peur de la violence, du viol, de l'asservissement. Ces femmes ont l'air toutes fragiles face à ce qui les attend. Yoon a aussi la bonne idée de brouiller les frontières entre documentaire et fiction : à travers les scènes jouées par ces femmes pour les préparer aux différentes situations qu'elles devront affronter, elle exploite toutes les possibilités de la fiction, du jeu, du semblant, et son montage qui occulte l'avant et l'après des scènes fait le reste. UN film très habile donc, pas passionnant de bout en bout, dont certaines scènes frôlent même le banal ou la répétition, mais une cinéaste intelligente et pudique, qui arrive à dire pas mal de choses avec peu de moyens.

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