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On creuse, on creuse, et on déterre encore quelques petites œuvres qui flirtent plus ou moins avec le noir... C'est un peu portion congrue ici, au niveau de l'ambiance, mais on a droit tout de même à la présence d'un Tony Curtis pleine bourre tentant de résoudre un dilemme cornélien - avec, en bonus, San Fransisco en toile de fond... Votre ami le plus proche est assassiné (un Père qui vous avait pris sous son aile à 6 ans, grand dieu), vous accusez un homme d'être le coupable, vous tentez de vous en approcher et cet homme vous accueille chez lui comme un roi, vous donne du taff et vous pousse dans les bras d'une cousine au charme indéniable (Marisa Pavan, une trace d'accent italien pour une fois non surjouée)... Faut-il vraiment aller dans ce cas-là au bout de l'enquête ou simplement glaner ce qu'il y a à prendre ? Curtis en tout cas est aux abois, rêvant chaque jour de voir l'alibi de cet homme confirmé (ce qui le disculperait forcément) alors même qu'il fond pour cette jeune femme...

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C'est ce qu'on est en droit d'appeler un job de l'intérieur, Curtis, flic par ailleurs, décidant sur un feeling d'infiltrer le petit monde de Sylvio Malatesta... Le type est affable, connaît le père assassiné et le respecte, et mène son business de pêcheurs comme un roi. Quand Curtis se confie à lui, il lui offre une chambre, sa table, sa mère, un taff et sa cousine : bref, le type est aussi généreux que sa moustache. Curtis dès lors sert des fesses : à chaque fois qu'il a une preuve de l'éventuelle culpabilité du type, il se renferme, dès que cette preuve est balayée, il exulte, sautant dans les bras de chacun, embrassant même dans un bel élan cette si gentille cousine. C'est l'ascenseur émotionnel en continu et l'on sent bien le terrible combat qui se joue au sein de notre héros : oui, il doit retrouver le coupable, non, il n'a pas envie de bousiller ce nouveau monde qui s'offre à lui, comme un ultime cadeau de ce Père qui l'a tant aimé, tant aidé. Curtis est parfait dans ce rôle de type qui doute, qui tombe (les femmes), tentant de rester malgré tout droit dans ses bottes de boots en boots. Il est un peu dommage, à partir de là, que Pevney ne soit pas franchement capable de charger un peu plus son film en noirceur. A l'exception de la scène d'ouverture efficace et du règlement de compte final, on aura droit à un pauvre baston qui tourne court (Curtis, le joli coeur qu'il ne faut pas trop chercher) ; il faudra sinon se contenter, entre-temps, d'une ambiance familiale italienne un peu convenue et d'un romantisme bien plan-plan entre les deux tourtereaux. On aurait aimé voir le Curtis plonger un peu plus dans les affres du doute, dans les tourments, et ce d'autant que le petit coup de destin de la fin (...) amortit encore plus cette petite tempête qui se jouait sous son crâne. Une réalisation honnête, gentiment à hauteur d'homme, sans esbroufe, dommage que le scénar soit aussi sage et finalement assez policé...

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noir c'est noir