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Les Indiens sont des enc**és. C'est le message fraternel que nous balance ce petit western qui nous propose un portrait nuancé de ce salopard de Geronimo, responsable en gros de tous les maux de l'Amérique en ces années de guerre : sur la route de la noble conquête des Blancs pour la construction de l'Amérique-la-vraie-la-blanche, ce salopard d'Apache met bien des bâtons dans les roues des chariots et bien des balles dans le tête des soldats, semant partout terreur et gabegie, se dressant comme le dernier obstacle vers la glorieuse épopée américaine. Ni une ni douze, Grant tape du poing sur la table et envoie son meilleur émissaire, le croulant général Steele au front, avec ordre de décimer les Apaches et son chef en premier lieu. Celui-ci y va de la tactique militaire, mais est bientôt tourmenté par un problème (le même que celui que connaitra John Wayne chez Ford un peu plus tard) : la présence parmi les jeunes recrues de son régiment de son propre fils. Cette mission s'avérant périlleuse, et les chances de survie minces, le noble Steele est partagé entre un amour pour son fils il est vrai assez tardif mais sincère, et son sens du devoir qui dit que les sentiments n'ont pas leur place chez les soldats. Ce sombre dilemme se heurtera à l'impitoyablerie de Geronimo, vraiment la pire des ordures, les trahisonneries de quelques gradés, et la chiennerie d'un gros méchant qui cherche à tirer profit de tout ça. Ah on va avoir du mal à terminer sur un happy-end, d'autant  que le film est assez violent, et qu'on verra passer plus de cadavres de vieilles femmes, de prisonniers torturés et de guet-apens qu'à notre tour. On terminera même à 16 contre 3000, c'est dire la tension. 

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Voilà, comme ça, ça promet, mais le film s'écroule très très vite. Ce Paul Sloane, qui n'a laissé aucune trace dans l'Histoire, n'est pas tout à fait l'homme de la situation. Mollasson et absent, il se contente de remonter des plans de toute évidence issus d'autres films, et tente de colmater tout ça pour envoyer du spectacle. Mais définitivement peu aguerri pour ce qui est de celle-ci, il se rabat assez vite sur un poisseux mélodrame familial pas super intéressant, surtout joué ainsi binairement par un petit vieux figé et son fils qui a une tête d'écureuil. On se contentera donc des seconds rôles, un peu plus sentis, notamment un méchant parfaitement suintant, et un personnage pour cette fois un peu ambigu (dans un film connement binaire), d'abord détestable, puis qu'on apprend à découvrir au fur et à mesure de son courage grandissant. Même dans les moments qu'il paraît difficile de rater (comme ce final avec ces derniers survivants encerclés par les Indiens), Sloane se montre incompétent pour envoyer un tant soit peu de glamour. Malgré la brutalité parfois du film, il se cache derrière ses doigts dans les moments vraiment tendus, ce qui annule la part de danger des plans (l'assassinat de  la vieille pudiquement caché par le dos de Geronimo). Bref, sans s'ennuyer franchement, on regarde passer le temps sans frémir, à peine amusé par-ci par-là par les pitreries d'un mercenaire un peu philosophe ou par le joli minois de la jeune première (qui finit malheureusement bien vite enveloppé de bandages). Même sans tenir compte du racisme effarant de la chose (excusable compte tenu de l'époque, allez, je veux bien), on se demande bien comment Geronimo le Peau-Rouge est encore visible aujourd'hui.

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