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Voilà ce qu'on est en droit d'appeler un film très austère, presque Bressonien même (la scène de la clé, évidemment), tant ce regard porté sur la vie de cette femme (Katalin Berek as Kata, une présence !) se fait à petit pas, sans trop de mots, en douceur... Un calme, dans la forme, qui tranche avec le thème du film : des hommes dominants, des familles peu aimantes, on peut dire que l'affection n'est ici pas franchement monnaie courante au niveau de cette société hongroise qui transpire le communisme rêche par tous les pores... Kata, donc, est la figure centrale de cette œuvre : elle entretient une relation avec un homme marié (László Szabó), deux enfants ; elle aimerait un enfant de lui, sans le forcer à divorcer : il dit niet - contre le fait d'avoir un autre enfant mais continuer de tromper sa femme en catimini, il reste pour... Kata trompe son ennui en faisant la connaissance d'une jeune fille, Anna, qui réside dans un institut ; cette dernière, rejetée par sa famille, aimerait pouvoir voir son petit ami chez Kata ; cette dernière est un peu réticente, puis accepte et noue une véritable relation avec cette femme au visage si doux... Kata va jusqu'à rencontrer les parents d'Anna pour obtenir d'eux l'autorisation de mariage pour leur fille... Tout ne va pas si mal alors ? Eh bien pas vraiment...

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Si Kata aime à jouer les protectrices, les intermédiaires, il faut reconnaître qu'il faut avoir les nerfs et les reins solides pour continuer de rester optimiste dans cette société patriarcale à en crever : László tout d'abord incarne le parfait mâle sûr de son fait ; c'est lors d'une visite que Kata lui rend au sein de son foyer même, en présence de sa femme (Kata passe pour une collègue) qu'on se rend compte à quel point le type est un beau fumier - une femme au foyer pour s'occuper des gosses, qui ne peut travailler et un pépère qui sitôt rentré met les pieds sous la table, servi par bobonne... Kata est horrifiée mais accepte, malgré tout, lors d'une scène qui arrache un cri de stupéfaction, de le recevoir encore chez lui dans la foulée (il faut se contenter parfois de miettes d'amour...)... De même si l'on se rassure en se disant que la nouvelle génération ne va pas perpétrer le même modèle, Anna se mariant avec une certaine allégresse, on découvre au détour d'une scène, déjà, une tension certaine entre le jeune marié et une Anna "résistante", contrite... On est à deux doigts de se tirer une balle jusqu'à ce que Kata, femme courage, ne comptant finalement que sur elle-même, face un acte qui respire la bienveillance - un peu d'optimisme pour l'avenir dans cette société si grise et sclérosée ? Pourquoi pas... Alors oui, le rythme est lent, on ne va pas se mentir, mais un peu comme chez Bresson on prend un grand plaisir à suivre ces petits mouvements de caméra qui captent ici, en particulier, les visages : en s'approchant au plus près de ces visages, on partage les tourments, les doutes, les hésitations, les envies en particulier de Kata et d'Anna ; Mészáros nous plonge dans cette intimité (du female gaze, claro) avec un soin et un tact particulier qui donne au film une épaisseur, une humanité certaine. Bref, un film à adopter sans hésitation.

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