9782234089549,0-7487100Un joli nœud rose en récompense pour le beau livre de Clara Dupont-Monod, pour ses services rendus à la cause des handicapés, pour la beauté de son style, pour son choix judicieux d'adjectifs, et pour sa contribution à la grandeur de la littérature française de qualité à retrouver sur toutes les étagères de vos bibliothèques, mesdames. On applaudit bien fort, je vous rappelle que le buffet de petits fours est offert par la mairie. Ah oui, un bien joli livre que ce S'adapter ; mais "dur" comme disent les petites vieilles à la sortie du cinéma, qu'elles aillent voir un Haneke ou un Sautet. Jugez plutôt : Clara Dupont-Monod y parle d'une famille au sein de laquelle se trouve un enfant handicapé, un aveugle très retardé qui ne sait pas tenir sa tête, ni parler, ni communiquer. Drame ? Oui et non. Autour de cette présence s'organise la famille, et surtout la fratrie : à travers le témoignage de ses frères et sœurs, dont on suit tour à tour les réactions par rapport au petit "inadapté", on voit la vie continuer à battre, à se battre, et les destins se nouer par-delà cet enfant handicapé et même souvent grâce à lui. Du grand frère amoureux fou du petit à la sœur d'abord hostile et qui apprend à vivre avec lui, en allant jusqu'au petit dernier, né après la mort de l'enfant, et qui grandit dans son ombre, autant de comportements observés très justement et qui tendent à dessiner une possible réconciliation avec le handicap. C'est tout à l'honneur de Dupont-Monod de s'attaquer à ce sujet délicat, et tout à sa gloire de réussir un texte sensible et sûrement très juste sur lui. La dame ne s'épargne pas et y va de l'adverbe et de l'adjectif choisi pour rendre compte de ce mélange de malheur et de bonheur avec lesquels une famille s'organise autour de cette naissance extraordinaire, de cette présence envahissante qui demande des soins de chaque instant. Une pluie de récompenses s'est donc abattu sur ce livre, tant mieux pour lui et pour le combat de son auteur.

Pour moi, je me suis contenté d'un bâillement poli devant cette écriture surannée, précieuse, d'un autre temps. Le sujet, bon, après tout, si elle veut, je n'ai rien contre ; mais le style... Étonnant de voir qu'une auteur puisse encore de nos jours écrire avec une telle paire de gants de soie rose, sculptant chacun de ses mots comme un petit bijou d'orfèvrerie, traitant la langue française avec des pincettes. Toutes les options d'écritures choisies par la dame semblent avoir été abandonnées depuis un siècle, disons avec Colette ou la Comtesse de Ségur. Le choix de faire raconter cette histoire par... les pierres du jardin de la maison (!!!), la langue savante et légèrement hautaine, le choix des mots les plus poétiques qui transforment le récit en herbier un peu passé, les élans lyriques qui sont autant d'émois de jeune fille en fleurs, la justesse confortable et un peu bourgeoise de ce qu'elle raconte, tout accuse la bonne élève championne de rédaction depuis la sixième, et qui croit toujours que la littérature se traite avec la délicatesse dédiée aux tasses en porcelaine. Alors oui, c'est bien écrit, c'est honnête, c'est noble et irréprochable. Mais ça semble dater des années 1910.