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Il est des films qui sont comme des bêtes de concours, de véritables oeuvres taillées pour les festivals (trois prix et pas des moindres à Sundance mais également dans une douzaine de festivals "secondaires") et qui lorsqu'on les découvre laissent un peu pantois... Faut dire, faut dire, que dès qu'on voit "based on a true story", on a tout de suite tendance à flairer impitoyablement une sorte d'arnaque... Bon ceci dit, voilà un film digne, hein, sur le fond : une Kosovar attend depuis sept ans le retour de son mari... on sait que les hommes du village ont été décimés pendant la guerre, que la probabilité qu'il soit enterré quelque part ou jeté dans les eaux du fleuve est grande, mais voilà, comment savoir... Notre héroïne, elle, bien que terriblement atteinte par ce manque, décide d'avancer, un peu seule contre tous ; quand elle commence notamment à vouloir vendre les affaires de son mari, son beau-père et sa fille la regardent de façon méprisante mais il y a pire... Quand elle décide de passer le permis puis de monter une affaire (une sauce à base de poivron, c'est quand même pacifique, une sauce), les hommes (ultra conservateurs...) du village la regardent d'un mauvais œil, la considérant dorénavant comme une femme totalement dévoyée... Mais notre Fahrije, c'est son nom, continue de vouloir avancer : elle retrousse ses manches, fabrique ses bocaux de poivrons à la force du poignet et tente de convaincre les femmes "potentiellement veuves" du village pour qu'elles la rejoignent - des femmes qui, elles aussi, doivent subir une pression de dingue des vieux mâles locaux restant...

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Pas à dire, tout y est pour être dans l'air du temps : une femme, en solo, mère courage et indépendante, qui malgré l'adversité et les tourments (elle reste bien sûr attachée à la mémoire de son mari mais à la moindre petite prise d'initiative, on la considère comme une "pute" - concept certes un peu réducteur), va décider de se lancer dans la commercialisation de produits en grand surface, dans le business, tout en essayant de motiver d'autres femmes victimes, elles aussi, d'ostracisme. C'est beau, c'est fort, c'est bien et il est difficile, à moins de voter Zemmour, de ne pas avoir d'empathie pour elle... Le film déroule ce combat, montre les frustrations, les divers obstacles (et un pavé dans ta bagnole, et un commerçant qui veut la violer, et un magasin saccagé...) et ce grand sens de solidarité entre ces femmes ; le succès, bien sûr, à la clé (c'est écrit d'avance) ne devant pas faire oublier ce mari qu'elle espère revoir un jour... C'est sympathiquement tire-larme (enfin pour des gens normaux, même si j'avoue ne pas avoir cillé sur ce coup - c'est le côté "true story" sûrement qui m'a contrarié...), mouais, mais surtout réalisé de façon très plate (on croirait presque un film anglais, dis donc, tant on est dans le fonctionnel pur...). Du coup ce Hive très hype fait un peu fausse-couche m'attendant franchement à découvrir une œuvre un peu plus ambitieuse... Dans la future liste des films étrangers sélectionnés pour les Oscars ? Certain, un truc de concours, vous disais-je. Mielleux.