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Un coup d’œil à cette fameuse série-événement qui fait s'entretuer les gosses de maternelle dans la cour de récréation et s'offusquer les parents, qui "fait le buzz" comme on dit tous les quatre matins, qui serait le comble de l'immoral, du cynisme, du capitalisme érigé en parangon, de la dégénérescence de notre jeunesse nationale, qui serait super violente et dangereuse-vous-imaginez-ces-enfants-de-13-ans-qui-y-ont-accès, bref sur Squid Game. Eh bien ma foi, moi j'ai trouvé ça parfaitement rigolo, très fun, et absolument inoffensif. A croire que ces moralisateurs n'ont jamais vu un épisode de Game of Throne ou de Walking dead : la violence de cette série est bien moindre, et tellement distancée qu'on ne peut que rigoler devant ces geysers de sang balancés façon Tarantino. Quant au cynisme, il y est bien, mais une série cynique dans un monde cynique me paraît viable, si vous voulez mon analyse politique pointue. Beaucoup de plaisir pour ma part à la vision de cette série idiote mais très efficace, qui vous vide la tête comme il se doit pendant ses 9 épisodes tous plus sanglants les uns que les autres.

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Le truc ne s'embarrasse d'ailleurs que d"efficacité et de fun. On cherchera ailleurs si on veut de la cohérence, de la réflexion, de la psychologie. Un groupe de 456 personnes toutes en difficulté financière, sont engagées en secret dans une série d'épreuves destinées à faire gagner à leur vainqueur un énorme pactole. Le souci c'est que tous les autres seront éliminés sur le champ, et quand je dis éliminé, je dis bien éliminé : tu bouges à 1, 2, 3 Soleil, bim une balle dans la tête ; tu découpes mal la forme d'une étoile dans un gâteau de sucre, même punition, ce genre de choses. Une série de jeux d'enfants, qui rend encore plus ridicules ces pauvres hères jouant leur vie dans l'affaire, le tout sous le regard de nantis masqués qui les regardent s'entretuer en faisant des paris. On s'attache bien sûr à une poignée de personnages au milieu de cette masse, et surtout à Seong Gi-hun, brave type un peu naïf embringué dans cette aventure. C'est aussi crédible que le programme écologie du G7, mais ma foi le concept est amusant et fonctionne très bien : au fur et à mesure des épreuves ridicules et mortelles, le cercle des survivants se resserre dangereusement, et on finit à se retrouver avec des personnages qu'on aime bien, attendant avec anxiété leur trépas programmé. Les ambiances colorées et naïves, la musique de Bontempi, le jeu très outré des acteurs (on est dans le cinéma coréen dans la grande tradition), tout contribue à rendre une atmosphère enfantine, ce qui rend d'autant plus cruelle les débordements gore On se doute bien que notre héros se retrouvera dans le dernier épisode, tout semble un peu cousu d'avance, mais les auteurs ont de l'imagination et parviennent à vous surprendre bien souvent malgré tout.

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L'efficacité de la trame, qui dispense soigneusement ses coups de théâtre en fin d'épisode pour vous inviter à en reprendre encore un petit coup, fonctionne en sur-régime... quitte à en faire trop : pas mal de pistes explorées (un hold-up programmé au sein du jeu, un suspense sur l'identité des bourgeois voyeurs, ...) ne vont pas au bout, notamment celle du flic infiltré dans le jeu pour retrouver son frère disparu. Une sous-trame qui fait pschiit, se terminant en queue de poisson sans avoir pu déployer le moindre suspense, en handicapant même pas mal le rythme général. Dommage aussi que la résolution de la série soit si médiocre, avec ces rebondissements tirés par les cheveux (Comment ? C'est lui qui dirigeait tout ça ? incroyab !) et ce ton solennel qui colle mal avec cette série très farcesque et légère. On préfère quand Squid Game ne se prend pas au sérieux, et assassine méthodiquement ses acteurs avec un entrain communicatif. Là, on a de vrais moments de frissons, et on apprécie le  message sur la lutte des classes, sur le massacre des prolos par les bourgeois, sur le cynisme total de cette société qui cherche désormais dans le meurtre l'objet de sa jouissance inassouvie, léger mais intéressant. Tant pis si c'est joué comme dans SanKuKai, si tout ça est amené au bulldozer et si ma grand-mère s'évanouit toutes les trois secondes : je me serai bien amusé. (Gols 23/10/21)

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Je n'ai point pu résister à la mode du moment même si le truc semble avoir déjà été oublié... Pensant qu'un truc qui fout le doute à Blanquer ne peut pas être mauvais en soi, je me lançai à mon tour dans cette série. J'aurais sans doute mieux fait de me servir un blanc-cass tant la chose m'a paru affreusement longue et poussive. Pour une séance d'1, 2, 3 soleil résolument sanguine (putain les règles sont pourtant claires : on avait dit "pas bouger" !) et qui montre que le Coréen sait se faire gore et sordide, on doit se taper huit autres épisodes qui ne relancent jamais vraiment la machine... Pour un jeu un peu fun (le pont), on doit se taper des trucs longuets et péniblement chiants (la partie de billes... même en accéléré c'est inregardable). Les auteurs, on le sent, on voulait délayer la recette au maximum et faute d'idées, ils n'ont pas trouvé d'autres astuces que de mettre cinq secondes entre chaque réplique ; dès que le vieux parle, notamment, tu as le temps d'aller aux toilettes vingt fois, ce qui est en soi ridicule, vu qu'une fois suffit... Quant aux autres défauts de la chose, ils sont légion ; un concept minimaliste ultra-original (l'argent, ce dieu des temps modernes...), des VIP étrangers (forcément) sans aucunes aspérités (les capitalistes, c'est nul), des gladiateurs des temps modernes qui s'entretuent... sans public, la plupart du temps, comme pour montrer le côté encore plus vain de la chose (même pas une envie de tenter au passage une pseudo critique des mass médias...), une Coréenne du Nord malheureuse (!) et totalement sous-exploitée (on fait pas vraiment dans l'interculturel... le pauvre Paki en fait aussi les frais - c'est déjà bien qu'on le tolère... il fait l'aumone et reste poli, au moins), un scénario soi-disant "ludique" sans réel surprise (à la fin, ta gueule Denis), un ultime épisode qui veut multiplier les rebondissements et qui s'enfonce un peu plus à chaque fois dans l’ineptie (autant annoncer direct une saison 2), un jeu d'acteur affreusement outré et qui devient quasi systématique (le mafieux fort en gueule et "sa" donzelle insupportable - quand ils meurent, on dit merci)... C'est pas drôle, c'est pas futé, c'est pas franchement finaud (l'endettement, ce mal qui ronge la société...), et ça manque autant d'intérêt qu'un épisode de Koh Lantah. Zéro ventouse. (Shang 03/11/21)

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