Sans titre

Avec Tout s'est bien passé, Ozon est définitivement aux abonnés absents depuis sa première disparition officielle (Grâce à Dieu, film pas déplaisant mais qui constituait sa première œuvre sans style, sans ton, sans regard). On pouvait jusqu'à présent l'aduler (Gouttes d'eau sur pierres brûlantes) ou le conchier (Une nouvelle amie), mais il était toujours là dans ses films, et il savait leur conférer à tous son caractère. Ici, il réalise la chose, point final, mettant la caméra là où il faut la mettre, sans imagination, sans envie, sans intelligence, terrorisé certainement par le sujet. Le sujet : les rapports entre un père et sa fille, lui victime d'un AVC et voulant en finir par euthanasie, elle engagée bien malgré elle dans ce procédé, puisque son paternel lui a confié la tâche de s'occuper de tout. Le père, égoïste et capricieux, ne voit pas du tout ce qu'il exige de sa fille ; elle, désarçonnée mais fascinée par ce monstre de nombrilisme, nage dans les eaux troubles, et organise vaille que vaille la mort du gars. Bon, on le voit, on n'est pas dans la clownerie la plus délirante ; le livre de Bernheim dont est tiré cette histoire cultivait pourtant déjà une certaine distance et, oui, un certain humour, et le film, très fidèle, y va aussi : on est étonné de ne pas tomber dans le mélo pur, d'avoir même quelques occasions de sourire devant les veuleries et autres geignardises d'André, et de suivre un film sur la mort qui l'envisage de façon assez apaisée. Plutôt bien joué par Sophie Marceau et Géraldine Pailhas (dans le rôle de la sœur mal-aimée, par son père et par le film aussi, qui la sacrifie un peu), honnêtement réalisé au plus efficace, la chose se laisse regarder, comme un vieux téléfilm à thèse de la télé, et on attend après le générique la voix sépulcrale d'Armand Jammot annonçant "Aujourd'hui, dans les Dossiers de l’Écran : pour ou contre la mort assistée ?"

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Tout ça serait bel et bon (mouais) si on n'avait pas vu le nom d'Ozon au générique. Et là, on se dit que le gars a bien vieilli pour nous servir un film qui sent comme ça les années 80 et le repas familial à débats du dimanche soir. E, convoquant Sophie Marceau, n'a-t-il pas, d'ailleurs, voulu nous faire une petite piqûre de retour dans le temps ? En tout cas, tout est fade, tout est tranquillement grisâtre dans cette œuvre, rien ne saille. Dussollier en fait des caisses dans le rôle, et échoue à faire oublier qu'il est Dussollier, et que sa lèvre pendante n'est pas fabriquée au maquillage ; les acteurs de seconds rôles (tous issus des années 80, tiens tiens) tiennent la chandelle et cachetonnent sans avoir grand-chose à jouer : Hanna Schygulla, Charlotte Rampling, Judith Magre, Jacques Nolot, Daniel Mesguisch, Nathalie Richard, n'en jetez plus, on se croirait dans un Robin Davis ; et tous, absolument tous les passages obligés de ce genre de sujet y passent, sagement rangés dans l'ordre et traités comme on s'y attend. C'est donc avec un bâillement poli qu'on quitte la salle et ce film qui vise pourtant l'émotion dans les chaumières. Ni fait ni à faire.

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