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Eh oui, pas évident à notre époque d'avoir été fan en son temps de Frank Herbert au point de se taper (dans cette collection toute brillante que je dégustai avec joie et fièvre à la bibliothèque de Moulins...) tous les ouvrages du cycle et les diverses adaptations : non seulement la version longue du film de Lynch (qu'il renie lui-même) mais aussi la mini-série de six heures des années 2000. Voici donc maintenant la version de Villeneuve, ce canadien si soucieux de l'efficacité... N'y allons pas par quatre chemins, cette version toute grise et terriblement sombre (en hommage à mes fameuses couvertures ?), totalement à l'opposé de l'univers orange et pimpant (pour ne pas dire parfois pompier) de Lynch, est terriblement plombante... Écrasée par une musique tonitruante qui n'a de cesse de jouer avec la limite de nos tympans, cette œuvre pleine de bruit et de fureur ne rend guère hommage à la finesse et la nuance de l'univers d'Herbert : totalement dénués d'humour, les personnages sont des archétypes de méchants ou de personnages héroïques sans aucune profondeur, sans guère d'aspérités... Les Harkonnen sont des brutes, point à la ligne, les Bene Gesserit des teignes, les Fremen des baroudeurs bas du front, et même les seconds rôles les plus marquants comme le charismatique Duncan Idaho... ne marquent pas : une accolade virile donnée à Paul, une seconde, un combat, une mort, le type disparaît aussi vite qu'il est venu sans qu'on ait eu le temps de faire réellement sa connaissance - et cela vaut pour la plupart des personnages de la saga, même les principaux : Paul (toujours plein d'allant... et un peu niais) et Jessica (le masque, autant d'expression faciale qu'un ptit beurre) n'y coupant pas, bien que leur relation soit on ne peut plus mise en avant... On est dans l'imposant (ces grands navires de l'espace), dans le brut (tout sent le ciment, le Lafarge du cosmos), dans le solide mais sans qu'on ait jamais l'impression d'aller là encore plus loin que les apparences : l'arrivée sur la planète Arrakis est typique : des bâtiments à perte de vue, du sable, des tourbillons, une foule vue de loin... mais absolument rien de pittoresque, de particulier, de typique, on ira jamais se balader dans les rues de la cité... Villeneuve reprend les grands épisodes marquants comme ses prédécesseurs (Paul et la boîte, le sauvetage de la moissonneuse d'épices, la mort du père de Paul sous le nez du baron Harkonnen...), les combats qui charclent (ouh la faute de goût esthétique que ces écrans de protection individuelle qui floutent l'images) et ne parvient jamais à nous intéresser dans le détail à telle ou telle particularité d'un clan ou d'un peuple (ou quand il le fait, c'est assez maladroit ; "la marche "arythmée" des Fremens dans le désert par Paul (pour ne pas attirer les vers, bien entendu) : on se croirait dans un sketch des Monty Python sur les signes de reconnaissance entre franc-maçons). C'est un univers grisâtre, à l'atmosphère musicale assommante et aux personnages d'un bloc, comme sortis d'une même carrière, d'un même moule : une adaptation que Villeneuve voudrait marquer dans le marbre mais qui n'en a que la lourdeur... la version de Lynch, à côté, prendrait presque des allures de BD (quelques personnages typés (les Harkonnen notamment) qui tendent à la bouffonnerie) en technicolor... Il y aura une seconde partie ? Je peux pas, je suis sourd.

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