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Mathieu Amalric, dans son jeu d'acteur autant que dans ses réalisations, aime bien ne pas faire comme les autres, et aime bien qu'on remarque qu'il est un garçon original. C'est la qualité et le défaut de Serre moi fort, comme de son film sur Barbara ou son adaptation de Simenon : il vous prend une histoire simple, et il vous la pulvérise façon puzzle pour lui donner une forme plus sophistiquée, plus intello, plus complexe que ce qu'elle paraît. Bon, on peut trouver ça délicieusement moderne, ou on peut trouver que la simplicité siérait mieux au sujet ; en tout cas, voilà : le scénario de ce film, basé sur une pièce assez savante mais simple dans sa construction (Je reviens de loin, de Claudine Galéa, que je vous conseille à grands coups de cor de chasse), brouille les pistes avec un brin de satisfaction et de supériorité. On met donc un certain temps (entre 20 minutes pour les plus malins, dont je fais partie, jusqu'à 1h30 pour les moins concentrés, suivez mon regard) à comprendre les tenants et aboutissants de cette trame, parfois un peu énervé par le côté "petit malin" d'Amalric, parfois émerveillé devant cette façon de mettre du mystère là où il n'y en a pas. Soit donc, a priori, une femme, Clarisse, qui part, qui quitte sa famille un beau matin pour se payer une tranche d'évasion. Reviendra-t-elle de son escapade à la mer, ou est-ce une rupture franche ? Le film prend d'abord des allures de road-movie (rehaussé par cette bagnole magnifique et mythifiée), portée par la belle et grave Vicky Krieps : d'un côté la dame qui se fait la malle, de l'autre sa famille qui se réveille doucement en ce vendredi matin et découvre peu à peu son absence.

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Mais peu à peu, un faisceau d'indices, un léger dérapage des scènes, un travail subtil sur la présence/absence de Krieps au sein de cette famille, quelques phrases sibyllines en voix off, nous orientent vers une autre piste : et si tout ça n'était que dans l'imagination de la femme, si toutes ces scènes n'étaient que le fantasme d'un esprit fou, si rien n'était réel de ce qu'elle nous montre de cette famille un peu "ami Ricoré" ? Et la vérité se fait jour peu à peu : le mari et les deux enfants de Clarisse ont disparu dans une avalanche, leurs corps sont ensevelis sous la neige, et il faut attendre le dégel pour les récupérer. Dans cet espace-temps entre la brutalité de la nouvelle et la possibilité de faire son deuil, dans cette saison où la tragédie n'est pas assez concrète pour devenir réelle, l'esprit de Clarisse vrille, et, mélangeant fantasmes, souvenirs, réalité, mensonges, projette une vie possible qui continue. Sujet absolument magnifique et poignant, que Amalric traite en digne traducteur des émois ravageurs de la dame. Il y a une sensibilité dans ce film qui tord le cœur : l'emploi superbe de la musique, qui monte peu à peu, le montage très savant et la belle idée de mise en scène de faire entrer la voix de Krieps dans les scènes quotidiennes d'une famille qui n'existe plus, les beaux plans sur cette voiture qui traverse le pays, le brouillage des pistes temporelles, tout ça constitue un film très fiévreux et tourmenté, et affiche une sincérité par rapport au sujet qui fait plaisir à voir. L'émotion, prenante, monte petit à petit pour culminer à la toute fin, où les mouchoirs seront de mise pour peu que vous ayez un cœur. Mais malgré ça, comme je le disais, je suis resté un peu à distance de ce film, trop formel pour vraiment répondre à son cahier des charges : vous vriller le cœur. Les personnages, foncièrement antipathiques (des gosses franchement tête-à-claques, un père pas finaud), des acteurs inégaux (Krieps est super, mais Arieh Worthalter prend des poses), quelques éléments de scénario un peu surlignés, ajoutent au déséquilibre de la chose, qui fait d'incessants va-et-vient entre beauté et ennui. Beau sujet traité avec sensibilité, mais ça n'est pas encore ça : après 8 longs-métrages, Amalric n'est toujours pas le grand cinéaste qu'on attend.

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