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Délicieux petit western vieillissant que celui-ci, satisfaisant à tout point de vue, autant dans l'éclat des paysages que dans les dialogues pas avares de bons mots, dans le thème éternel qu'il déploie (la camaraderie) que dans ses acteurs. On  en a vraiment pour son argent, et on suit ce minuscule machin modeste et sans coups d'éclat avec bienveillance, comme un chat au coin du feu. C'est bien simple : prenez les éléments essentiels, une pincée de John Wayne, un zeste de coups de feu, quelques beaux plans sur l'Amérique éternelle, une gorette pas farouche, des chevaux, et vous voilà avec un western façon madeleine de Proust. Une veuve (l'étrange Ann-Margret) engage un vieux briscard (Wayne, 96 ans à vue de nez, mais toujours de plus ou moins beaux restes) pour retrouver un trésor caché jadis par feu son époux après un braquage de train. Son but : restituer le magot à la justice ; le but de Wayne : au pire lui obéir et empocher la récompense, au mieux partir avec le trésor, et si possible aussi la nana. Il engage une bande de briscards rompus au bivouac et hardis à la peine (dont Rod Taylor ou Ben Johnson) et les voilà partis dans le désert à la recherche du coffre. Ils sont bien sûr suivis de près par les méchants de service, une troupe impressionnante de hors-la-loi bien décidés à trucider tout le monde et à partir avec le demi-million promis.

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Le film n'a de cesse de nous faire prendre des pistes qui n'en seront finalement pas, et de nous surprendre. Le début, par exemple, laisse entrevoir une sorte de western-spaghetti, avec ces cow-boys muets guettant l'arrivée du train dans une gare-fantôme : on a vu le titre (The Train Robbers), on s'attend donc à un braquage sanglant. Que nenni, ils ne font qu'attendre leur pote de toujours. Le film, après ce départ néo-classique, prendra une tournure traditionnelle, complètement dans la veine de l'Histoire du Western. De même, les tensions entre notre John et le reste de son équipe, qui se font jour immédiatement, laissent attendre une suite chargée en trahisons au sein du groupe ; il n'en sera rien : le film est au contraire une ode assez touchante à la camaraderie. Nos garçons apprennent à se connaître et à s'apprécier, et on a même droit à un sourire angélique de l'un d'eux quand il découvre que Wayne est plutôt un mec bien. On serait presque prêt à avoir une lecture crypto-gay de la chose, si on ne connaissait pas les opinions guère ouvertes de l'interprète principal. La femme de l'histoire, bizarrement sacrifiée par toute la bande, certes gagnée par l'admiration esthétique pour ses formes qu'elle a rebondies, mais pas plus émoustillée que cela, n'est là que pour son apport financier. Elle a beau faire du gringue au (petit vieux) John Wayne, pas un poil de sa fringante moustache ne vibrera. Il a même une réplique lorsque ses avances se feront plus appuyées : "Même ma selle est plus vieille que toi", dont on ne sait pas si c'est un élégant constat ou un bon vieux vent. Le film est en effet un beau portrait d'hommes entre eux, et surtout d'hommes gagnés par l'âge, persuadés qu'ils ont fait leur temps et de ce fait un peu indifférents à leur proche trépas probable : le combat final est plus l'occasion d'un bilan de nos hommes que d'une fusillade grandiose. Pourtant, The Train Robbers n'est pas triste ou mélancolique : c'est juste une bande de mecs qui ont fait leur temps, habiles et compétents, qui vont être effacés (ou pas) par plus malins qu'eux, qui font une dernière mission sans enjeu (ils cèderont leur part de fric sans problème).

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Curieusement dénervé, avec ses méchants symboliques représentés par une simple horde au galop ou par des ombres de figurants pas très dangereux tombant sous les balles, avec ses scènes d'action rares (mais spectaculaires : on a une explosion de village pas piquée des hannetons), le film est une jolie suite de scènes bucoliques, simplement livrée au plaisir de regarder des gusses chevaucher devant des paysages magnifiques. Il est rempli de séquences inutiles montrant nos héros à cheval, inutiles mais très belles, très classiques, avec cette musique inspirée et cette photo vraiment splendide. Même si l'humour est lourdaud (le sommet du rire : un âne qui balance un gars dans une mare, ahahahah), même si on eût aimé qu'Ann-Margret joue un chouille plus de ses charmes, on est séduit par ce petit film modeste et parfois surprenant (notamment la toute fin), très plaisant et qui donne l'occasion de revoir une dernière fois (ou presque) John Wayne tenter sa démarche chaloupée (il ne la réussit pas comme autrefois).

Go west, here