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Après Pleine Terre, on continue sur les clichés sur la ruralité avec ce tout petit film d'Hathaway qui ne semble pas avoir d'autre prétention que de nous donner à mater la plastique sculpturale de Mae West et de nous faire rigoler avec bienveillance. Le pitch est impressionnant d'ambition : une star de cinéma pourrie-gâtée se perd dans la campagne et est hébergée par une famille de bouseux haute en couleurs. Bon, il se trouve que ladite star a les traits, donc, de la gironde Mae, qui en profite pour pousser deux-trois fois la chansonnette, pour perfectionner sa fameuse démarche sautillante et chaloupée, et pour nous ressortir son numéro de vamp désabusée et irrésistible sur lequel elle a basé sa carrière. Allez, ok, c'est rigolo de la voir s'en tenir à son élégance hollywoodienne au milieu des poules et des tracteurs, même si elle joue comme une patate, même si elle a à ânonner des niaiseries de dialogues, même si autour d'elle tout n'est que caricature : le garçon de ferme black forcément concon, le beau paysan (Randolph Scott) naïf et fasciné, la bécasse éblouie par Mae, l'impresario (Warren William) accablé par les provocations de la dame... Bon tout ça est gentiment raciste et binaire, tant pis, l'époque veut ça, et on pardonne à Hathaway d'avoir cédé à cet air du temps, tant son film est mignonnet et charmant. Dans un noir et blanc idyllique, la petite bande s'amuse beaucoup à balancer de légères vannes et à fabriquer des têtes d'ahuris devant la belle, omniprésente à l'écran, qui caricature de son côté la star : elle ne cesse de clamer partout son amour pour la simplicité, mais vit dans les robes raffinées et les parfums de luxe. Sous le coup d'un contrat avec son producteur, il lui est interdit de se marier, et elle ne peut donc mettre la main sur Randolph, malgré qu'elle en ait. Il faudra donc qu'elle se contente d'allumer suavement le bonhomme, au grand dam de la fiancée de celui-ci, la jolie Isabel Jewell (dix fois plus craquante et talentueuse que Mae). On sent que, sous l’œil d'un Wilder ou d'un McCarey, ça aurait pu être un tourbillon de drôlerie et de férocité ; sous celui d'Hathaway, c'est bien poussif, les répliques tombent à plat, les situations ne sont pas menées au bout, et on devra se contenter d'un esprit bon enfant relativement plaisant en lieu et place d'une satire féroce sur le star-system. Bon, un film taillé pour son interprète principale, et pas grand-chose de plus.

hathawaygo