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Un p'tit western de derrière le tas de bois, qui plus est réalisé par un anonyme ou presque (seul moment de gloire : un tournage avec Mitchum), on ne peut pas s'attendre à des étincelles. Eh bien ma foi, c'est beaucoup mieux que ce qu'on attendait. Dick Richards s'empare du genre, en respecte plus ou moins les codes, mais c'est pour mieux réaliser un récit d’initiation et d'émancipation assez touchant. L'histoire dickensienne d'un jeune bleu un peu naïf qui parvient à s'engager dans le convoi de Franck Culpepper, qui doit conduire son troupeau de bœufs à Fort Lewis ; dans sa tête des rêves de cow-boys fougueux, de duels au pistolet et d'aventures. Ce qu'il va découvrir le fera assez vite déchanter : un monde robuste et brutal d'où toute sensibilité est exclue, où la mort peut vous tomber dessus n'importe quand sans que personne ne s'en préoccupe plus que ça, un monde petit et mesquin quand il n'est pas violent et injuste. Au contact de ces lascars primaires, le jeune Ben verra ses ambitions à la baisse et deviendra un homme en apprenant qu'il existe d'autres voies que le flingue pour grandir.

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Une histoire de déconstruction du western activité très en vogue chez les cinéastes des 70's : respectueux de l'imagerie éternelle du genre, Richards s'efforce de démontrer que le monde un peu magique qu'il nous donne à voir, cette mythologie de cow-boys sans peur, s'effondre sous la réalité des faits. Très honnête, La Poussière, la sueur et la poudre démonte le côté glamour de ce monde ; ici, tout n'est qu'injustices et crâneries, humiliations et brutalité. Les convoyeurs sont des hommes cons comme des bêtes, sales et égoïstes, leur monde limité à qui pisse le plus loin (jolie scène à ce propos de la prostituée : les crasseux sont dehors à écouter les cris de la fille, alors qu'elle est juste en train de sauter sur son lit avec Ben) ; et Ben, plus sensible, va peu à peu s'éloigner d'eux, malgré son obéissance et son admiration pour le chef de la bande. Chef qui va s'avérer bien peu héroïque dans un final qui redistribue les cartes de la moralité : les salopards sont des héros, les chefs sont décevants, bel exemple de mesure chez Richards. Dans un effort presque documentaire, celui-ci tente de montrer l'Ouest sauvage tel qu'il l'était, loin des clichés, et accompagne son petit héros dans ce mouvement de découverte de la vraie vie : le gosse restera finalement chez les "bons", bande de Mormons non-violents (même si le chef de ceux-ci se montrera bien ambigu lui aussi). Alors certes, la mise en scène est parfois bizarrement maladroite, avec ce montage très "cut", avec ces plans étranges parfois ; mais on notera tout de même que Richards est assez intelligent dans le fait de rester toujours dans le point de vue de Ben, de ne jamais s'en départir, et habile dans sa direction d'acteurs, et implacable dans la raideur qu'il impose à son univers, dans la sécheresse des plans, dans la noirceur du film. Bien bien.

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